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Le pays du Tseu

Les lieux-dits de Trambly : complément d'étude

9 Septembre 2014 , Rédigé par Mario Rossi Publié dans #Toponymie

Les lieux-dits de Trambly : complément d'étude

Le professeur Mario Rossi s'est penché à son tour sur les lieux-dits de Trambly et il nous a fait parvenir des commentaires relativement à certains d'entre eux. En voici la teneur.

Ci-contre, photo de la page de couverture de son ouvrage, publié en 2009, consacré aux noms de lieux du Brionnais-Charolais.

La Belouze : pour Michel Lapalus, il s’agit d’un terrain fertile ; cette explication est possible étant donné l’origine gauloise du mot : bel = clair. Mais les choses sont plus complexes en Charolais, et ailleurs, voir ce que j’en dis dans mon livre sous Beluse.

La Combe Louire : il s’agit très vraisemblablement de la Combe aux loutres. A Avrilly  on rencontre Les Louires; il s’agit d’une variante de l’ancienne forme du XII° siècle loirre, dérivée elle-même de lorre qui désignait la loutre et a abouti à leurre en Charolais-Brionnais.

La Tête à l’Âne : Les toponymes ne sont pas forcément tous des formes complètement patoises, tout dépend de l’époque de leur création. Ici la construction du complément de nom La tête à l’Ane est bien la forme patoise et équivaut à La tête de l’âne en français ; mais le vocabulaire usité dans cette comparaison est de toute évidence emprunté au français. Étant donnée la configuration de ce sommet, on a très bien pu le comparer à une tête d’âne. On rencontre une métaphore équivalente à Saint Bonnet de Joux dans le toponyme Le Dos de l’Âne.

Le Crot au Loup : Michel Lapalus précise que ce Crot au Loup se situe en haut d’une colline ; mais le Crot et sa variante Crou, ne peuvent en aucun cas désigner une hauteur : ce mot d’origine gauloise (croso = creux) désigne soit un vallon relativement encaissé, c’est-à-dire une faille géologique, soit un creux, soit une mare ; seul l’examen des lieux permettrait de choisir. Ce Crot au loup serait alors un creux, une faille ou une mare fréquentée par le loup.

Toutefois on peut établir ici un parallélisme avec Fontloup à Châtenay : Fontloup est une fontaine qui se situe sur une hauteur : loup est ici dérivé de lob, nom préceltique de la montagne que l’on retrouve dans les Alpes (Pra Loup, Les Gorges du Loup, Le Pas du Loup, Le Vallon du Loup, etc.) et en Languedoc-Roussillon (le Pic Saint Loup) ; par étymologie populaire, le nom a été confondu avec celui du loup. Le Crot au Loup, c’est-à-dire le Crot du Loup serait donc le Crot de la montagne, autrement dit le Crot d’en Haut.

 

Les Liennes, Es Yeunes : Effectivement ce nom semble bien désigner un terrain défriché, puisqu’on y cultivait des céréales dont il reste le nom des gerbes : Yeunes, nous sommes là Es Yeunes, c’est-à-dire sur ou dans les Yeunes.La yeune est dérivée d’un verbe qui signifie glaner : à l’origine la yeune était donc la gerbe dont on avait glané les épis.

La Vareille, En Vèr-ye : Ce toponyme rappelle celui du Brionnais Vareilles qui dérive du diminutif latin vallicula, la petite vallée ; ce toponyme est fréquent sous les formes Valeille (Loire), Valeilles (Tarn et Garonne), Vareilles (Yonne), Vareille (Ain) et Vareille au XVIII° à Anzy Le Duc. La forme Vèrye s’explique très bien à partir d’un dérivé de vallicula accentué sur la première syllabe : -ye est simplement la réduction de eilles ; Vèr, pour Var est dû à l’influence de y.

Le Ravlin : Est plutôt le petit champ de raves ; le ravin n’est pas un mot du patois, me semble-t-il ; le mot patois pour le ravin n’est-il pas garodin ?

Tsan Fransin : Fransin est dérivé de Franc, l’homme libre ; de Franc est dérivé la franchise, terme de droit médiéval : la franchise est une exemption de droits dont le maître fait bénéficier ceux qui lui sont soumis ; le Champ Fransin serait donc un champ exempté des droits du souverain. Fransin est donc une variante de Franc que l’on rencontre dans les Bois Francs, fréquent dans les lieux-dits..

Les Bos vreus : Les Bos Vreux ou Bois Verts pourraient être l’équivalent de Bois Jeunes ; il désignerait des Bois implantés lors de la dernière période de reboisement intensif aux alentours de 1850. Après le reboisement intensif ordonné par Colbert au XVII° siècle, les forêts sont abandonnées, après la Révolution, par leurs nouveaux propriétaires, les acquéreurs de biens nationaux ; elles sont également épuisées à l’époque de Napoléon pour la construction d’une flotte importante ; on ne voit plus partout que de Chétifs Bois.

Le reboisement intensif du XIX° siècle aboutit à l’implantation de forêts essentiellement constituées de conifères qui, toujours verts été comme hiver, peuvent également justifier le toponyme Bos Vreus.

En Germain : Germain est vraisemblablement le nom d’une famille qui fut propriétaire des lieux.

Les Races, Les Rasses : la rasse est une corbeille allongée à fond rond ; il s’agit là vraisemblablement d’une métaphore qui décrit la forme des champs que ce toponyme désigne.

Champ Pellerot, Tsan Peulrot : Effectivement un peleux est un champ en friche et à Baudemont, Le Pelon désigne un mamelon dénudé. Peulrot pourrait être un dérivé de Peleux.

Mais on ne peut écarter l’hypothèse d’un patronyme : les Pellerot sont nombreux dans la Sarthe et dans d’autres départements : s’agirait-il ici du nom d’une famille venue de l’extérieur ?

Le Butin, l’Beutin : Dans le patois de Matour, le Beutin désigne une grande quantité. Ce toponyme ici pourrait alors désigner soit un champ très étendu, soit un champ très fertile qui produit beaucoup.

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le m'tse 10/09/2014 10:16

Meci à Mario Rossi de participer une fois de plus à nous faire mieux comprendre tous ces mots pleins d'histoire paysanne.
Vous pouvez retrouver Mario Rossi sur le site de Propières: http://www.patrimoine-haut-sornin.fr/histoire5.htm

Olivier de Vaux 10/09/2014 12:28

N'hésitez pas à aller voir le site internet de Propières dont Michel donne le lien, il est tout simplement remarquable.