Les laitages
Le lait et ses dérivés ont toujours constitué une activité non négligeable dans notre région.
D'abord, il fallait « tiri les vatses » (traire les vaches) en recueillant leur lait dans une « seuille » (seau à traire). On avait également besoin d'un petit tabouret à traire : la « sitelle », afin d'être plus à l'aise pour tirer sur les « biaux t'tons » (expression humoristique pour désigner les «trayons). Ensuite le lait était transvasé dans une « topeunne », seau à lait muni d'un bec verseur (le « beurson »), servant à le transporter.
Il arrive quelquefois qu'une vache se montre réticente à « âgni » (donner son lait). Ce problème est résolu dès lors qu'on lui donne un « âgnon » (une poignée de foin ou d'herbe qu'on lui fait manger pour la mettre dans de meilleures dispositions.) Avant de terminer la traite, il était habituel de lui « agotter la posse » (de la traire à fond) car il reste souvent un « p'tiet agotton » (quelques gouttes de lait) dans la « posse » (le pis).
Le lait de vache sert essentiellement à la fabrication du beurre. Pour écrémer le lait on le versait dans la « coloure », sorte de grand entonnoir fixé à la machine à écrémer. La crème était ensuite recueillie dans une « crémire » (un grand pot à crème), avant d'être transformée en beurre en étant battue dans la « beûrrire » (la baratte). Pour une meilleure conservation, le beurre était en partie fondu. L'écume de ce beurre fondu, la « beûrraiñne », pouvait être consommée (surtout par les enfants) sur des « routies » (des tartines).
Pour traire les chèvres, on utilisait un seau plus petit, muni d'une anse : le « copon ». Le lait de chèvre se transforme en « cailli » une fois présuré. Puis, on l'égoutte dans une « cope à fromadze »(une faisselle). Les fromages une fois formés sont séchés dans une « tsésire » (cage à fromage). On dit qu'un fromage de chèvre sec est vraiment bon à déguster quand il « pique au bieu » (quand il se couvre d'une croûte bleue). Il est à noter que dans notre région on a coutume d'ajouter un peu de lait de vache (encore tiède) au lait de chèvre au cours de la préparation des fromages (qui ne sont donc pas à proprement parler "pur chèvre") Cette façon de faire donne lieu à quelques plaisanteries :
« Vé nous les tseûvres coutsant d' ave les vatses »
(Chez nous les chèvres couchent avec les vaches)
ou:
« Nous ans des tseûvres à grandes coues »
(Nous avons des chèvres à grandes queues)