Le loup et le renard (version en patois de Germolles)
J'ai trouvé, dans un ouvrage de 1887, dirigé par Léon Clédat et consacré à l'étude des patois, une version du "Loup et le Renard" recueillie par M. Combier et écrite selon le système de transcription mis au point par M. Clédat à la fin du XIXe s. Voici tout d'abord les premières phrases de ce conte, que j'ai saisies sur mon clavier puis, en pièce jointe la reproduction de la page sur laquelle figure la fin du conte.
Le Lou é le Rena Le loup et le renard
Enne vòe le Lou é le Rena s'antandron Une fois le loup et le renard s'entendirent
pe fére on viar de mòeti. Pour faire un écobuage de moitié.
K'man su viar étô lwèn de... Comme cet écobuage était loin de...
Vous constaterez à quel point ce système de transcription éloigne inutilement ce patois du français et le rend difficilement compréhensible au commun des mortels alors qu'en adoptant une graphie plus familière aux français que nous sommes il serait facilement accessible à tous les gens du Tseu moyennant quelques renvois de bas de page pour expliquer quelques mots. Il faut bien se rendre à l'évidence, jamais au grand jamais l'écrit ne pourra rendre compte parfaitement de la prononciation propre à chaque région, chaque village, chaque individu ; soyons modestes, utilisons une orthographe accessible à tous, celle de notre langue, le français !
Enne vòe le Lou é le Rena s'antandron pe fére on viar de mòeti.
Eune foîs le Loup et le Renâ s'entendront pe faire un viar* de moèti. Voilà qui est plus lisible non ?
K'ment su viar étô lwèn de...
Cment çu viar étot loin de... Là encore, le k est inutile, de même que la virgule, le ç évoque mieux le démonstratif que le s pour écrire çu ; la conjugaison du verbe être peut conserver ses terminaisons françaises sans déchoir et lwèn me semble ridicule pour écrire loin autrement qu'avec l'orthographe du français.
*viar est traduit par écobuage, on devrait plutôt parler de jachère. Vous noterez l'emploi systématique du passé simple dans le récit et des termes qui semblent plus résulter d'une mise en patois que d'un patois authentique,(acutzi : accoucher ; dobledzi : obligé) qui est inévitable dès lors que l'on veut raconter une histoire, aussi courte soit-elle avec un minimum de vocabulaire.
Nous aurons l'occasion d'en reparler, la littérature a besoin de mots pour s'épanouir ; lorsqu'ils n'existent pas, il faut les forger en s'inspirant de ce que l'on connait déjà et le résultat n'est pas toujours heureux. Dès lors que nous voulons faire du Tseu une langue écrite nous acceptons qu'il ait sa littérature, donc nous acceptons d'élargir le champ lexical de nos patois ; ce choix est loin d'être accepté par tous les patoisants, or il est fondamental dans l'optique d'une transmission d'un patois vivant.