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Le pays du Tseu

Une petite histoire en patois de Bourgvilain

15 Juillet 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Une petite histoire en patois de Bourgvilain

Cette petite histoire rapportée par Emile Violet dans les annales d’Igé (1937, tome II, pages 160 à 162) donne une idée de l’état du patois de Bourgvilain ("Brevllin" dans le texte) dans la première moitié du 20ème siècle.

Ce parler se situe aux confins du "Pays du Tseu" : on y trouve les articulations TS et DZ du Charolais-Brionnais, mais aussi quelques traces un peu plus marquées du francoprovençal comme par exemple la forme hésitante de l’article indéfini masculin singulier qui alterne entre "un" et "on". On trouve une hésitation similaire entre les sons "an" et "on" pour "lendemain" : "lendemein" et "londemein".

On peut noter également la coexistence de deux formes de l'auxiliaire être à l'imparfait: "étot", qui est une forme bourguignonne, et "ère" qui est une caractéristique des parlers francoprovençaux.

Pour le reste, l'état de ce patois dans les années 30 n'est pas très différent des parlers actuels.

Quant à la graphie, l’accent grave sur le "a" précédant "y" dans "làyer" (lier) indique la prononciation "la-yer" (nos amis linguistes apprécieront sûrement.)

Curieusement, Emile Violet mettait deux s à TS, ce qui donne, par exemple "pèrtssat".

Le TS (avec deux s) est présent dans tous les mots qui le réclament à une exception près: le mot "chemise" qui est écrit "çemise".

Dans son introduction sur la graphie et la prononciation Emile Violet explique que le son noté "ç" représente un son "s" prononcé "sur la pointe de la langue", donc peut-être un son intermédiaire entre /s/ et le "th" dur de l'anglais, ou encore un son proche de celui qu'on entend dans l'espagnol "Ascención"?

Pourquoi ce mot a-t-il échappé à la "règle" qui veut qu'au CH français corresponde habituellement un TS? Peut-être parce que le mot "chemise" était perçu comme un mot français plus que comme un mot patois, si bien qu'on le prononçait de manière approximative?

Le double "l" indique la prononciation d'un "l" mouillé dans le mot "rempllyi" (rempli.)

Enfin, l'utilisation d'un caractère beaucoup plus petit pour représenter un son vocalique, comme c'est le cas pour le "è" dans le mot "pèrtssat" signale le fait que cette voyelle est très atténuée et à peine perceptible à l'oreille.

Comme cette transcription du parler de Bourgvilain nous le rappelle, la graphie d'une langue purement orale représente un défi pour tous ceux qui s'aventurent à l'écrire. Emile Violet, bien avant les actuels "académiciens du Tseu", a dû transiger entre phonétique et lisibilité, avec un résultat qui pourra peut-être paraître discutable à certains, mais qu'importe puisque ce texte est néanmoins parfaitement lisible . Ne désespérons pas : l'orthographe du français a mis un certain temps avant de se stabiliser. Qui plus est, la réforme de l'orthographe de notre langue nationale n'est-elle pas toujours d'actualité?...

UN TONNEAU REMPLI D'ECUS D'ARGENT

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michel lapalus 18/07/2013 16:02

Il me semble que le "partsâ" est simplement le plancher fabriqué avec des perches sans référence au sec( bien qu'il soit utile pour terminer le séchage du foin, si besoin)
(pas de brouillon aujourd'hui, impossible d'ouvrir mon fichier sur les lieux-dits alors que c'était possible hier...!!)

michel lapalus 17/07/2013 10:30

_Ple pertssat, nos di arri fau piantsi
_Les habitants de Bourvilain s'appellent des Brevelindiauds d'après Le langage populaire de Mâcon paru en 1926
_Encore un nouveau Tsseu!
_Que la vie serait belle si l'on pouvait tromper ainsi tous les diables qui gouvernent le monde
Tot iro meû si nos po-yo se débaréssi des diabes que menan le monde

Olivier de Vaux 17/07/2013 14:43

A Seuvgnon nous cause arri du partsâ ; dz'craÿos qu'y voulot dère "par dessus le char", mas, tot bié pesé, y vindrot pÿutôt de "perche et sec". Si nos vout, y'est pt'éte un mélandze des deux.
L'noviau, y srot qu'le parler Sampoignard sat un parler pacifisse, y nos frot bié du bin !
Un djabe que tint ses proumesses, y'est dédzà un bon djabe qu'nos pourrot doûner en ezemple aux ptiets enfants a peu aux hommes politiques arri !

Olivier de Vaux 17/07/2013 14:33

Brevlindiauds, Brevlindiaudes, dz'vos ai copris ! Y m'chimbe bié normau cment nom p'les dzens d'Brevlin ! Y'est pas des andzes qu'i faut peu s'débarrèchi des djabes qu'meunant l'monde, y'est arri des djabes, is cmenchant aute tsouze a peu is finissant p'faire cment les autes, des cops y'est miñme pÿus pire !

Eric Condette 17/07/2013 13:28

_A Trivy, j'avais noté "partsâ" (voir mon lexique).
_Un scoop (comme on dit en patois d'Outre-Manche): un autre Tsseu actuellement en préparation va bientôt faire son entrée dans le blog: celui du parler "Sampoignard" (toujours selon Lex et Jacquelot.)
_Pe ç'qu'y est du pou diâb' de çte ptiète histouère, o m'chimbye bié meû honnête qu' tos ç'tu-là que m'nant l'monde au dzord'eû: o vou bin t'ni ses promesses, lu.

Eric 16/07/2013 17:57

La femme se serait-elle montrée aussi avisée si son mari lui avait expliqué qu'un inconnu lui avait promis un tonneau de vin rouge au lieu d'un tonneau rempli d'écus d'argent?

Andiamo 16/07/2013 11:15

Excellente histoire ! La femme est l'avenir de l'homme, qui en doute encore ?

Olivier de Vaux 16/07/2013 13:17

Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des "pauvres diables" et des "diablesses de femmes" !