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Le pays du Tseu

Une enquête patoise à Trivy

15 Juin 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #enquêtes

Une enquête patoise à Trivy

Le 1er mai dernier, les frères Danjoux, Roger et Robert, deux septuagénaires du hameau de Chalenforge à Trivy, se sont prêtés, avec une bonne humeur communicative, aux questions, souvent inattendues, que je souhaitais leur poser. La prise de contact avait été préalablement établie par notre amie Simone Vallet, elle même native de cette commune, et sans qui cette enquête n’aurait pu avoir lieu.

L’après-midi patoisante que nous avons passée ce jour-là ne pourrait pas non plus avoir aujourd’hui un tel retentissement médiatique sur le réseau du Tseu sans la complicité active d’Olivier Chambosse, venu en voisin de Sivignon, et qui s’est tout de suite glissé avec aisance dans le rôle polyvalent d’assistant enquêteur, ingénieur du son, photographe et vidéaste (en plus de webmaster).

Pour l’anecdote, j’étais parvenu à convaincre ma vieille maman, elle aussi née à Trivy (en 1925) de faire le déplacement depuis les environs de Chalon-sur-Saône, où elle habite aujourd’hui, afin de participer à l’événement. Je crois pouvoir affirmer que sa présence n’a pas manqué de contribuer à animer la séance, surtout lorsqu’elle à montré à tout le monde une photo de classe prise à l’école communale au bourg de Trivy au tout début des années 30. Nos hôtes ont immédiatement reconnu leur instituteur d’alors (Monsieur Pisseloup) et se sont beaucoup amusés à mettre des noms sur les visages enfantins.

La méthode

L’essentiel, dans ce type de recherche, c’est avant tout d’établir un climat de confiance et une atmosphère détendue avec les personnes que l’on souhaite interroger. Les témoins, ou informateurs (rien à voir avec la police) ne doivent surtout pas avoir l’impression que des inconnus armés d’un ordinateur portable et d’un enregistreur numérique viennent leur faire passer une sorte d’examen. Il est donc essentiel de prendre le temps de faire connaissance, en conversant avec bonhomie et en évoquant le passé. Ce n’est qu’au bout d’un temps plus ou moins long que peu à peu on retrouve les accents d’autrefois, et que l’on évoque les anecdotes de l’époque où l’on parlait patois à la maison. A partir de là, notre enquête a pris un tour plus ludique, nos deux frères se prenant au jeu et rivalisant d’efforts de mémoire pour relever cette sorte de défi qui leur était lancé.

Pourquoi une enquête aujourd’hui, ?

J’avais déjà mené, à la fin des années 80, une série d’enquêtes sur le patois de Trivy, qui ont par la suite donné lieu à la publication d’un petit ouvrage intitulé « Le Pays de la Noue, Patois et Traditions ». J’étais en effet, à l’époque, en contact avec une association locale qui s’appelait « le Pays de La Noue », la Noue étant un petit ruisseau qui se jette dans la Grosne, à quelques kilomètres de Trivy.

Ces premières enquêtes avaient été réalisées en grande partie grâce à la collaboration amicale de Pierre et Claire Lapalus, un couple de patoisants qui habitaient alors le hameau du Rachet et qui étaient tous deux nés à Trivy dans les années 20.

Ces témoins de naguère sont malheureusement tous deux décédés. Leur disparition, ainsi que celle de tous ceux de leurs contemporains patoisants qui nous ont quittés, représentent de toute évidence une perte irrémédiable pour la connaissance des parlers d’autrefois.

Les paysans d’alors ne s’amusaient pas à « patoiser ». Le patois, c’était leur langue maternelle. Ils le parlaient quotidiennement et le connaissaient mieux que le français. Comme l’a fort justement fait remarquer l’écrivain et ethnologue malien Amadou Hampâté Bâ « Lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». C’est un peu ce que l’on peut ressentir lorsque l’on observe l’appauvrissement du patois aujourd’hui.

L’intérêt de l’enquête de mai 2013 était à la fois d’essayer de combler quelques lacunes des enquêtes précédentes, vérifier certains traits de prononciation et aussi de constater l’état du patois auprès de personnes nées dans les années 30.

Tout en étant très satisfait de notre rencontre, lorsque notre petit groupe a pris congé des frères Danjoux je ne pouvais qu’être frappé par la tendance au dépérissement, plus rapide que je ne l’aurais cru, du vieux parler.

Bien que la moisson de mots et expressions ait été à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer, je suis malgré tout amené à reconnaître que, si les deux frères se rappelaient bien certains termes, en dépit de toute leur bonne volonté et de leurs efforts pour se souvenir du parler d’antan, beaucoup de mes questions sont restées sans réponse. Alors que la génération précédente parlaient encore couramment patois, même si celui-ci était émaillé de français, les témoins de Chalenforge parlent plutôt un français parsemé de mots patois.

Ce processus semble inexorable. C’est pourquoi il n’y a pas de temps à perdre si nous voulons sauver tout ce qui peut encore l’être de ce patrimoine humain autant que linguistique.

N’oublions pas que la connaissance du patois permet aussi d’accéder à l’état d’esprit, aux coutumes et aux traditions populaires qui façonnaient encore la vie quotidienne des paysans dans la première moitié du siècle dernier.

Alors, doux rêveurs, amoureux du parler Tseu, à vos magnétophones, …euh, non, pardon, (je me crois encore dans les années 80), à vos enregistreurs numériques !

Une enquête patoise à Trivy

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michel lapalus 16/06/2013 17:35

Il y a, surtout chez les retraités, des gens qui se retrouvent pour parler en patois. Prendre un crayon "épi un bot de papi", écrire deux ou trois mots, une petite phrase n'est quand même pas impossible. Aucune importance pour l'orthographe, chacun écrit à sa façon.
" Y va ti?"........"Hé bin, y va meû achteûre,, y é depeu qu'dz'écri quéques mots d'noton patois"

Marie-Jeanne 16/06/2013 16:05

Yétôt eune recontre bié tsaleureudze ,mais dze partadze l'avis d'Eric ,le vrai patois s'perd ,nous les pu dzeunes nous écortsant bié des môts ,pi p'l'éciture yé enco pire !! les "vieux patoisants sfont bié rare ,faut les tsertsis yé po gagnis !!

Olivier de Vaux 16/06/2013 16:51

Y'est ben peur çan qu'nos ans créé l'Réseau du Tseu apeu çte cardzonique (cardzot létronique, si vos volez, y m'chimbe pyus parlant que l'byog, nos vans pas patoiser l'angliche tot d'minme !).
Y z'y faudra du temps, mas nos vans y'arriver, dz'vous-y dis ! Les gârs d'vés nos quand i'ant quitsouze derri la téte, is l'ant pas sos leus-tés sabots !