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Le pays du Tseu

Toponymie et microtoponymie de la commune de Trivy

25 Juin 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Toponymie

Toponymie et microtoponymie de la commune de Trivy

Lorsqu’un ancien parler à disparu, une des seules traces de son existence se trouve parfois dans les noms de lieux qui constituaient son aire géographique.

A titre d’exemple, voici quelques éléments de réflexion à partir de mes recherches sur le plus ancien cadastre de la commune de Trivy encore consultable de nos jours.

Nomenclature des noms de lieux d’après l'ancien cadastre manuscrit de 1836

Section A: Le Villars

aux Têtes

la Brosse à Main

en Boulanty

aux Molards

le Combereau

les Terres de Chaux

le Cropeau

le Devant

les Brosses

le Picot

la Combe des Fièvres

le Pâquier du Devant

le Feneau

au Villars

le Champ Mazoit

la Bourba

la Tanière

la Recelle

les Truges

le Revot

la Combe

la Léchère

les Aiguillesains

la Clou

le Solin

en Tréleux

Section B: le village

le Chaume

à la Butte

la Verchère ronde

la Terre de la Gorde

les Orveaux

les Combes Aiguillons

la Gland

les Mets

les Autrevaux

la Praie

le Saigné

la Saigne

les Crots

les Augères

le Pré des Goyards

la Perrière

la Channeau

le Bois de Losère

la Molière

les Seneaux

la Croix des Fleurs

les Hauts de la Goutte

le Fonalon

la Queue de la Herse

les Champs de la Guille

la Mouille

la Merlesse

les Epinasses

la Garde

la Pierre à l’Oiseau

les Quartiers

la Place au Bâtard

Terre de la Raie au Borgne

le Chêne Pelé

la Nuzière

Pontarly

la Saigne aux Rosses

le Pré Menaud

le Plâtre

en Trésolles

les Races

les Sandits

les Bernards

les Sollins

les Je an-Martin

les Gauthiers

la Serve

Pré de la Praye

Bois de la Praye

les Sécherons

le Pré Monon

en Carlon

Bruyères au Dey

les Grandes Blouzes

les Petites Blouzes

en Seigneron

en Bonnafou

les Bares

Section G : Chalenforge

Terre des Perrets

en Beaumont

Terre au Gris

à Chandon

Pré Charvot

les Ecottats

la Pinerie

les Avalloux

le Pré Corbeau

la Vernaie

Pré du Rachet

le Reposoir

Champ de la Vigne

la Gravi ère

le Haut de la Planche

le Bois Pille

le Pas des Places

Convalin

les Granges

le Verdy

les Corneries

Champ des Vallerins

Pré du Vivier

Champ de la Courte

La Combe aux Corneilles

les Crouzavaux

aux Préaux

au Molard

en Servendon

Pré de Légat

le Champ Priât

en Blangue

Quelques remarques au sujet des noms de lieux

L’étude des noms de lieux est parfois rendue difficile lorsque, selon l’époque ou la fantaisie du copiste, nous rencontrons des variantes dans la manière dont ces mots sont orthographiés (surtout lorsqu’il s’agit d’agronymes.)

A titre d’exemple, l’ancien cadastre de 1836 (qui est le plus ancien que possèdent les archives départementales pour Trivy,) fait apparaître certains noms de lieux sous des formes qui nous sont aujourd’hui devenues inhabituelles. Ainsi dans la section A (Le Villars) nous rencontrons un lieu-dit « la Recelle » alors que les documents plus récents indiquent l’Arselle ». Bien entendu la prononciation est identique.

De même le hameau de la Vernée se trouve parfois orthographié « la Vernaie » et passe même à l’occasion du féminin au masculin et devient « le Vernay ».

Un nom qui s’écrit actuellement « Champriat » se trouve sous la forme « le Champ Priat ». D’une manière encore plus intéressante pour la connaissance de l’ancien patois, le nom d’une parcelle de terre (que je n’ai malheureusement pas pu localiser avec précision) se francise ou se francoprovençalise sans raison apparente, et nous avons tantôt « la Bourbe » et tantôt « la Bourba ». Il est à noter que la carte topographique de l’IGN n°2928 ouest (Matour) indique le nom d’un écart de Dompierre-les-Ormes sous cette même forme francoprovençale : « la Bourba ». La forme patoise actuelle de ce nom est « la Borbe ».

Le genre des noms recèle parfois quelques surprises. Ainsi trouve-t-on : la Clou, la Gland et la Praie (ou la Praye.)

Hormis ces remarques sur la langue, on peut relever certains noms particulièrement pittoresques, parmi lesquels :

La Brosse à Main

La Combe des Fièvres

La Combe aux Corneilles

La Queue de la Herse

La Place au Bâtard

La Terre de la raie au Borgne

La Saigne aux Rosses

La Pierre à l’Oiseau

La Merlesse

Le Chêne Pelé

Le Pré Corbeau

Explication de certains de ces noms

On parvient en général à trouver l'origine d'assez nombreux noms de lieux à partir de quelques directions de recherche simples:

1) les propriétaires des terres:

Souvent le nom du propriétaire ou de l'occupant d'une terre a fini, à la suite d'une ellipse, par désigner le terrain lui-même. C'est ce phénomène que nous reconnaissons dans des noms comme: les Bernards, les Gauthiers, les Jean-Martin, le Pré Menaud, le Pré Monon ... auxquels nous serions tentés d'ajouter: la Place au Bâtard. Dans le cas du Champ Mazoit, nous discernons le même radical que dans le terme "mazoyer" (nom de famille très courant dans toute notre région), qui s'appliquait autrefois au tenancier d'une terre (le "manse", que l'on retrouve dans le terme "mansaire", qui désignait autrefois un valet de ferme). Un interprétation différente consisterait à voir là un dérivé du patois "mazouère", la fourmi. Peut-être s'agit-il d'un endroit où l'on trouve (trouvait) beaucoup de fourmilières?

2) une caractéristique du terrain ou du lieu-dit:

-la Serve: ce nom désigne en patois une petite pièce d'eau dans un pré, une mare.

-les Crots: ce mot s'applique à des trous d'eau plus petits qu'une "serve" .

-les Brosses : laissent supposer qu’il s’agit d’un terrain (à l’origine du moins) broussailleux.

-les Augères, un nom très fréquent dans la région, et que l'on entend sous la forme patoise "les Audzires" désignent des abreuvoirs en pierre pour le bétail.

-la Cheneau désigne une rigole.

3) la destination du terrain:

-le Paquier du Devant: en patois le « pâqui » est un petit pré non loin de la maison.

-le Saigné / la Saigne: les termes patois "sagnet" et "sagne" désignent tous deux des enclos à porcs.

-la Verchère Ronde: Une "veurtsire" en patois, est une bonne terre proche de la maison dont on faisait parfois un verger.

4) la nature du terrain :

-II peut s'agir d'un endroit très caillouteux comme la Gravière (la « Grévire ») et « la Perrière ».

-Le Solin (et les Sollins): désignent en patois des terres en friche. Il se peut que ces mots soient dérivés de "sole" qui a donné le mot assolement.

-Le pré des Goyards (en patois le pré à Goyâ ou le « pra Goyâ ») est un terrain très humide , (les"goyâs" sont des trous ou des flaques d'eau).

-La Vernaie est un hameau situé au bord d'un joli lac qui porte le même nom (Etang de la Vernaie) et qui tire son nom de l'appellation locale de l'aulne (le "verne"), arbre qui pousse fréquemment au bord de l'eau.

-Les Truges (terme prononcé "treudzes" ) est un mot qui appartient à l'ancien patois et qui signifie « le carrefour », ou plus précisément la croisée de trois chemins.

-Le Molard : le « molé » est en patois une petite colline (on parle ainsi du « molé d' Dompiarre »).

-La Combe ne nécessite pas de commentaire particulier car il s'agit d'un nom très courant pour indiquer une dépression ou un vallon.

-La Bourbe (ou la Bourba) est, comme son nom l'indique, un endroit humide et bourbeux.

-La Mouille est un autre terme pour décrire un terrait humide .

-Les Blouzes désignent des terres argileuses.

-Pour finir, signalons encore le hameau de la Butte (forme que l'on trouve sur toutes les cartes et dans les cadastres). Loin de se trouver sur une hauteur comme on pourrait s'y attendre, celui-ci est blotti au fond d'un vallon! En effet la forme patoise de ce nom (la "beutte") signifie bel et bien le creux, le trou.

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Marie-Jeanne 28/06/2013 18:18

Pour les angères " andzires en patois on disait aussi " la batsesse"

Eric 28/06/2013 22:08

Yé bin vrai.

Olivier de Vaux 28/06/2013 21:31

Y srot-ti pas des cops qu'les audzîres étint dans les pâquis tandis qu'les batsèches étint dans les côs ?

Eric 28/06/2013 20:09

D'accord. Mais es-tu sûre d'avoir entendu "andzires" plutôt qu' "audzires" (avec un "n" à la place du "u"?)
N'oublions pas, toutefois, que le but de cet article était de commenter le cadastre de Trivy de 1836 (consultable aux archives départementales). Depuis lors certains noms ont disparu et d'autres on pu les remplacer...
Amicalement.

michel lapalus 27/06/2013 10:22

Il existe encore dans la mémoire des gens âgés (j'en suis) des mots de lieux-dits en patois difficile à traduire, du moins pour le moment. En voilà quelques uns de Trambly :
Bieurga
Queut'gnon
En Volindzes
La Lampe
Cotsampou
Le Pas d'la Sue
La Mouille des Roses
En Coconau
Et sans doute d'autres encore.......

Olivier de Vaux 27/06/2013 21:58

Bien sûr ! D'un côté il faut des données anciennes fiables, de l'autre, la transmission orale avec toutes ses imperfections.

Eric Condette 27/06/2013 14:39

Tu as sûrement raison. Je ne doute pas un instant que la pratique de l'Atelier Patois itinérant vaille la peine d'être mise en œuvre.
Mais pour ce qui est de la recherche des formes patoises des lieux-dits et écarts, je crois qu'il faudra quand même commencer par examiner les anciens cadastres des communes en question afin de se faire une idée suffisamment précise des questions à poser.

Olivier de Vaux 27/06/2013 13:23

J'ajouterai qu'un moyen d'après moi efficace d'arriver à cela, c'est l'Atelier de Patois itinérant : on se rend dans tel ou tel village, de préférence un après midi, en semaine, et l'on anime une réunion organisée par la municipalité ou le club des aînés locaux. Là, les anciens, rassurés par la présence des amis de toujours, arrivent plus rapidement à répondre aux questions du "meneur de jeu".

Eric Condette 27/06/2013 12:50

Cela vaudrait la peine d'étudier de près les cadastres anciens relatifs à Trambly, ainsi qu'aux autres communes de notre région, les noms de lieux étant souvent les témoins d'un état antérieur de la langue.
Beaucoup des noms que l'on trouve dans ces documents ne sont plus connus aujourd'hui. Quant aux formes patoises qui ont survécu, il est évidemment urgent de les recueillir avant qu'elles ne tombent dans l'oubli.
J'avais, pour ma part, commencé ce travail pour Trivy il y a une bonne vingtaine d'années, mais je dois reconnaître qu'il est très difficile de faire une enquête exhaustive à ce sujet.
D'où l'intérêt d'être suffisamment nombreux à nous atteler à ce type de recherche.