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Le pays du Tseu

LE LOUP ET LE RENA

23 Juillet 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

LE LOUP ET LE RENA

Voici une petite histoire en patois "sampoignard" (c’est à dire de Saint-Point.) Il s’agit ici, comme pour le parler de Bourgvilain, d’un document rapporté par Émile Violet dans les annales d’Igé (1937.)

La forme de ce récit est celle d’un fabliau, un épisode étant d’ailleurs inspiré de la "partie de pêche" du loup Ysengrin dans le Roman de Renart.

Mais par delà l’ histoire en elle-même, dont le ressort comique un peu naïf laisse penser qu’elle s’adressait probablement aux jeunes enfants le soir à la veillée, ce sont ses particularités linguistiques qui doivent retenir notre attention.

L’omniprésence des TS et DZ et le vocabulaire employé ne laissent aucun doute sur l’appartenance de ce parler au domaine du Tseu. On remarquera cependant qu’un certain nombre d’autres traits le rattachent clairement aux parlers du Mâconnais. Nous avons de toute évidence affaire à un patois mi-charolais, mi-mâconnais.

Le fait que ce parler soit situé au contact des deux aires que nous venons de citer explique sans doute les nombreuses hésitations que l'on rencontre dans la forme des mots et leur prononciation.

Par exemple, l’article indéfini féminin singulier apparaît sous trois formes :

- in-ne

- ène

- ne (avec un e final prononcé, qui indique sans doute une trace de francoprovençal)

le mot « encore » apparaît, lui aussi sous trois formes :

oncoure

t’encô

encôre

Plusieurs traits morphologiques rattachent ce parler au Mâconnais :

- Le démonstratif équivalent à celui-ci / celui-là sera « celeu-tié », comme dans le Mâconnais et la Bresse au sud de la Seille, et non ç’tu-tié comme c’est généralement le cas dans le Charolais-Brionnais.

- Les finales en "a" des verbes du premier groupe à l’infinitif et au participe passé (« al l’a sauta dessus et p’al l’a dévoura » ou encore: « sa kùye qu’a tôte été brûla. »)

- L’usage des formes dérivées du latin ERAM à l’imparfait de verbe être ("ère", "éreint"), typiques du francoprovençal. La forme bourguignonne "étot" est également présente, mais se fait beaucoup plus discrète, puisque elle n'est utilisée qu'une seule fois.

Il ne faudrait pas pour autant en conclure qu’il s’agisse d’un parler francoprovençal en tant que tel, car aucune trace de voyelle finale atone n’y est décelable si l'on excepte la forme « ne » de l’article indéfini féminin singulier, qui peut éventuellement constituer un indice.

Comme le suggère le nom patois de la commune, dans lequel "Saint" se prononce "San", il s’agit probablement d’un patois d’origine francoprovençale, comme c'est le cas des parlers mâconnais.

On peut supposer que ce caractère s'est progressivement atténué au contact du français au cours des siècles et que le patois "sampoignard" à évolué jusqu'au point de se transformer en une forme de langue d'oïl à partir du moment où il a perdu ses voyelles finales atones (premier rattachement du Mâconnais à la couronne de France : 1239, rattachement définitif après 1477.)

Il serait sûrement intéressant de renouveler l'enquête d’Émile Violet aujourd'hui afin de constater l’état actuel du parler de Saint-Point.

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michel lapalus 25/07/2013 17:01

Je suis d'accord avec toi, pour dire que c'est bien la langue d'oïl (le français) qui a pesé de tout son poids et de mille manières sur les dialectes locaux et non l'inverse. On voit mal par exemple le francoprovençal influencer un parler d'oïl. Avec quels moyens?
Pas mal, le "tire...loutire"
On ne trouve pas de poignées de chanvres bien bouffantes dans les chenevières, mais plutôt dans les greniers.On sait bien que les petites histoires ne sont pas toujours très précises; peu importe, ce n'est pas là, leur but.

Olivier de Vaux 24/07/2013 08:43

I m'chimbe que dz'ai arri écrit un ptiet fabliau vlà quéque temps. Si dz'le rtroue, dz'le mets su l'cardzonique (blog = cardzot ou forum électronique).