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Le pays du Tseu

La nature humaine et ses travers

18 Octobre 2013 , Rédigé par Eric Condette

La nature humaine et ses travers

II va sans dire que le sujet que nous abordons maintenant ne manque pas d'alimenter les conversations; les qualités, et plus encore les défauts de nos semblables, sont à l'origine de toute une mine de vocabulaire et d'expressions diverses. Voici donc un aperçu des reproches qu'il est possible de faire à autrui :

Le manque d'intelligence :

Dans la plupart des villages, existe un individu que l'on peut qualifier de simple d'esprit. Chez nous on l'appellera un "bredin" ou "beurdin". Ce mot appartient au français régional et dépasse largement les limites de notre département. Bien entendu, ce terme est outrageusement galvaudé et s'appliquera à toutes sortes de gens que l'on ne saurait pour autant décrire comme des débiles mentaux. On entendra donc dire assez fréquemment : "ol est-t-y don beurdin ç'tu-là, o n'a don point d'ain-me" (il n'a pas le moindre sens commun).

Sans être idiot, on peut tout de même être un peu empoté, pas bien malin; on sera alors "empeûdzi", "enfeurdzi" ou "gnin". De quelqu'un qui n'est pas très dégourdi, on dira aussi qu'il est "embeurdzi", ou encore qu' "ol est pas bié keût" (mot à mot pas bien cuit), sans doute parce qu' « y manquot un fagot ». Un variante consiste à dire qu' "ol avot été enforné d'après l'tartòyon" (le "tartòyon", sorte de clafoutis, était habituellement enfourné après la cuisson du pain; à ce moment-là le feu était éteint et c'était le reste de chaleur irradiée par les briques réfractaires du four qui permettait de cuire ce gâteau).

Enfin si un individu est en plus affligé d'une maladresse rare, on dira : "Ol est adreût c'm un tsin d'sa coue" (il est adroit comme un chien de sa queue).

L’avarice :

Parmi les travers qui retiennent le plus l'attention, il y a certainement l'avarice. De celui qui se montre un peu trop âpre au gain, on remarquera que c'est un « arcandier » ou un "engossou", qu' "ol enval'rot bié la cape à Dieu" (qu'il avalerait bien la cape à Dieu) et que , probablement parce qu'il craint de se retrouver un jour "ékeûssi" (sans le sou), "ol a pou qu'la tarre lu manque" (il a peur que la terre lui manque). Il aura alors toutes les chances d'être "pyen d'sous c'm un tsin est pyen d'puzes" (plein de sous comme un chien est plein de puces). S'il s'agit véritablement d'un grippe-sou , on ajoutera : "ol est sarré d'la creûpire" (il est serré de la croupière : la "creûpire" désigne une longe de cuir que l'on passe sous la queue du cheval que l'on attelle; il n'est pas rare en effet de comparer l'avarice à une sorte de constipation. Une autre explication se rapporte à la petite martingale située au dos des gilets portés autrefois. On suppose que si cette martingale est trop serrée, il n’est plus possible de "mettre la main à la poche".)

Finalement si l'on souhaite exprimer qu'une personne atteint le comble de la cupidité, il existe une formule particulièrement imagée : "ol écorts'rot un piou p'ava la piau" (il écorcherait un pou pour en avoir la peau).

La paresse :

Lorsqu'il y a du "travau " (de l'ouvrage), il ne saurait être question de rester à ne rien faire, à "boffer les gaudes" (à ronfler, par analogie au bruit que l'on fait en soufflant sur un plat de "gaudes", sorte de bouillie de maïs, trop chaud). Il ne faut pas non plus passer son temps à "r'garder pissi les alouettes" (sans commentaire).

L'arrogance :

Outre l'avarice et la paresse, un autre défaut peu apprécié est le mépris des autres, le fait d'être un "peutreûyat" (un prétentieux qui s'affiche bruyamment).

Il ne faut pas non plus faire mine de dédaigner un repas auquel on aura été convié et de se montrer ainsi "déniaqué", "déneûrri" ou "dévidaire" (dégoûté), autrement dit de se contenter de "beurneûyi" (de grignoter du bout des lèvres) au lieu d'apprécier comme ils le méritent les mets que l'on vous sert. Le bon sens paysan met bien en évidence l'hypocrisie de cette attitude en disant d'un tel individu : "o mandze c'm eun’ ujau, ma o tsi c'm un ts'vau" (il mange comme un oiseau, mais il ch... comme un cheval). On peut surenchérir en ajoutant : "o mandze bin à tos les batsés" (il mange bien à tous les râteliers; en fait un "batsé" ou "batsat" désigne une auge à porcs).

La gourmandise :

A l'inverse de ce que nous venons de voir, l'attitude consistant à manger ou boire de façon immodérée ne constitue pas vraiment un défaut ; on se contentera de dire (parfois avec une nuance d'admiration) : "t'as eune bonne cornioule" (tu as une bonne descente, mot à mot : un bon gosier).

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le m'tse 22/10/2013 10:34

Deux expressions de Trambly :
_bête à prende à la main....? peut-être comme le poisson qui remonte à la surface dans les trous d'eau les années de sécheresse et qui se laisse facilement capturer (c'est encore plus facile avec un panier ! )
_ le monde san nian de crâre que noton botse a du lâ........les gens sont niais de croire que notre bouc a du lait........il paraît que c'était la phrase préférée pour tester la connaissance du patois d'un inconnu.

le m'tse 22/10/2013 21:15

Je l'ai entendu, mais très peu souvent

Eric 22/10/2013 15:53

Je ne connaissais pas "le botse", mais j'ai entendu dire "le boquin". Ce dernier mot est-il aussi utilisé à Trambly?

Andiamo 21/10/2013 11:36

adroit de ses mains comme un chien de sa queue.
Ma mère Parigotte pur jus disait souvent : tu es adroit de tes mains, comme un cochon de sa queue !

Eric 21/10/2013 19:47

Comme quoi les "Parigots" ont, eux aussi, leur côté rustique.
Mais je crois surtout qu'une telle expression, populaire plus que campagnarde, a peu de chances de s'entendre encore à Paris à l'heure actuelle, compte tenu de l'évolution sociologique de la capitale.
Ma grand-mère paternelle, une veuve de guerre (14-18) qui faisait des ménages pour subsister, habitait autrefois un quartier de Paris dont les couches populaires ont été chassées depuis longtemps par la spéculation immobilière et que les "bobos" s'arrachent aujourd'hui à prix d'or.
Je ne suis pas sûr que ces derniers aient su préserver la verve gouailleuse des Parisiens d’antan.

Eric 18/10/2013 20:38

J' invite moi aussi nos "nombreux" amis du Pays du Tseû à prendre part à notre ébauche de dictionnaire collaboratif. Toutes les interventions sont non seulement bienvenues mais aussi précieuses pour compléter et préserver la connaissance de la langue de nos ancêtres.

Quant à l'illustration, ce n'est pas un miroir, comme tu t'en doutes, mais sûrement la tête que doivent tirer nos quelques intrépides lecteurs en lisant le début de ton commentaire...

Olivier 18/10/2013 14:20

Je trouve géniale ton idée de mettre à la place d'une photo, comme d'habitude, un simple miroir pour illustrer ton propos ! J'invite nos nombreux lecteurs à compléter cet article qui par nature (la nature humaine) ne peut être exhaustif. Personnellement j'ouvrirai le bal avec celle-ci, qui s'applique à l'ivrognerie : Ô boit autant qu'eune téte de pré !