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Le pays du Tseu

La graphie des parlers de Bourgogne

2 Juillet 2013 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #bourguignon

La graphie des parlers de Bourgogne

Lors des Rencontres Amicales des Langues de Bourgogne qui se sont tenues le 12 juin 2013 à Mont-Saint-Jean il a été décidé de consacrer les prochaines rencontres, en 2014, au thème de la graphie des parlers bourguignons. Afin de préparer ces rencontres, le Pays du Tseu ouvre une nouvelle rubrique, intitulée (il fallait faire court) "bourguignon". Cette rubrique permettra de recueillir les points de vue, les expériences, les critiques, les propositions de tous les bourguignons quel que soit leur parler (morvandiau, bressan, charolais, etc.). Elle devrait permettre d'échanger, de confronter pour préparer la prochaine rencontre des Langues de Bourgogne. J'ai donc placé ci-après un premier article dans lequel je donne l'esprit dans lequel on entend harmoniser la graphie et quelques pistes de réflexion.

Le patois, en sa qualité de langue orale, a bénéficié d'une totale liberté orthographique et celles et ceux qui le pratiquent encore tiennent parfois à cette liberté. Mais la transmission de la langue passe surtout par l'écrit et si l'on ajoute à la multiplicité des patois une anarchie graphique autant dire qu'il n'y aura pas de transmission du tout. Alors, c'est à tous ceux qui entendent écrire en patois pour transmettre que je m'adresse : il faut que nous arrivions à un minimum de règles pour éviter le grand n'importe quoi : ce sera long et difficile, mais nous pouvons y arriver.

ATTENTION, ce premier article est particulièrement INDIGESTE !

Tout abus peut entraîner des nausées. Je vous propose de le lire intégralement puis de n'étudier qu'un des problèmes soulevés (ce n'est pas évident car ils sont souvent imbriqués), de poster en commentaire le fruit de vos réflexions en évitant d'être désobligeant pour les intervenants dont l'opinion vous semble irréaliste. L'orthographe (comme la politique ou la religion) est un sujet où les intégristes pullulent ; essayons de surmonter nos passions pour oeuvrer à l'élaboration d'une graphie à la fois simple, rationnelle, respectant l'étymologie, ne charcutant pas les mots, et faisant ressortir, avec une approximation suffisante, la prononciation des mots. Cette première étape franchie, revenez régulièrement sur le blog pour savoir si d'autres personnes sont intervenues sur tel ou tel aspect de la graphie des parlers bourguignons. Vous pouvez être tenus informés de l'arrivée d'articles ou de commentaires nouveaux en utilisant les procédés classiques (e-mail ou flux rss si vous avez un agrégateur).

Il n'y a que l'alphabet phonétique international qui permette de retranscrire un mot donné avec sa prononciation. Cet alphabet ne peut être maîtrisé, que ce soit en lecture ou en écriture que par des personnes le pratiquant très régulièrement et son emploi est totalement exclu dans l'écriture de nos parlers régionaux. Il est donc impératif d'utiliser au mieux les 26 lettres de notre alphabet ainsi que les caractères d'imprimerie se trouvant sur les claviers d'ordinateur "azerty", et qui ne provoquent pas de modifications dans l'ordre alphabétique, à savoir : l'accent grave, l'accent circonflexe, le tréma et le tilde. Nous connaissons bien les trois premiers, examinons maintenant le dernier.

Le tilde : ~ Ce signe diacritique (du grec diacritikos : qui distingue) est inconnu en français, il est par contre utilisé en espagnol. En "bourguignon" il pourrait être utilisé différemment. Formé avec les touches AltGr + é, il doit être saisi avant la lettre qu'il surmonte, comme l'accent circonflexe. Le tilde peut se placer sur trois lettres seulement : le a : ã, le o : õ et le n : ñ. Dans la zone du Tseu (Charolais-Brionnais) on l'utilise parfois à la place du tiret pour prononcer correctement des mots tels que année : an-nie ou an-née. On écrit alors añnie ou añnée. Les linguistes auraient tendance à placer le tilde sur le a plutôt que sur le n : ãnnée ou ãnnie mais ce choix qui correspond à leurs pratiques de spécialistes n'est pas idéal pour les simples patoisants. En plaçant le tilde sur la consonne n on peut forcer, par convention, la prononciation séparée de la syllabe formée par le a ou le i ou le o suivi du n quand bien même on n'aurait pas un deuxième n après. Ainsi, non seulement le n tildé permet d'écrire an-née añnée mais il permet également d'écrire on-ye (ongle en pays charolais) oñye, donc sans couper le mot en deux.

En outre le tilde peut alors être placé sur un a ou sur un o dans un but totalement différent.

Avec le clavier classique d'un ordinateur on peut doter le a des accents suivants : grave, circonflexe, tréma et tilde, ce qui donne la possibilité de distinguer en bourguignon, 5 a différents en utilisant le tilde : a, à, â, ä et ã. De même aux trois o usuels : o, ô et ö on pourrait en ajouter deux avec ò et õ.

Le i également peut, comme le o, être doté d'un accent grave (AltGr + è).

Les 6 voyelles du français pourraient donc, avec les signes diacritiques existants devenir 25 :

a, à, â, ä, ã

e, é, è, ê, ë,

i, ì, î, ï,

o, ò, ô, ö, õ

u, ù, û, ü,

y, ÿ,

Avec 25 voyelles on devrait arriver à quelque chose. Vous remarquerez que 3 signes sur 5 peuvent surmonter les 5 voyelles principales, l'accent grave, l'accent circonflexe et le tréma (le cas du y sera traité à part pour plusieurs raisons).

Ce serait peut-être l'occasion de différencier leur longueur et ou leur diphtongaison. Pour l'instant tout le monde ou presque s'accorde à attribuer à l'accent circonflexe la fonction d'allonger fortement la voyelle chapeautée. Je vous propose de réfléchir aux possibilités offertes par ces trois signes.

Par contre l'accent aigu est réservé exclusivement au e et le tilde au a et au o. Leur emploi limité pourrait nous conduire à les employer différemment. Seule la confrontation de l'ensemble des problèmes rencontrés permettra d'aller vers une solution commune à tous les parlers de Bourgogne.

Le cas du y.

Je ne parlerai ici que des parlers brionnais-charolais. Donnez-moi le point de vue des autres zones bourguignonnes.

Chez nous, le y, en tant que voyelle, nous dérange :

nous ne disons pas le pays (pai-i) mais le pa-i

nous ne disons pas le boyau (boi-iau) mais le bo-iau

nous ne disons pas le tuyau (tui-iau) mais le tu-iau

de ce fait il serait beaucoup plus pratique pour nous d'écrire : le païs, le boïau et le tuïau.

A l'inverse,

nous ne disons pas la table (ta-ble) mais la ta-bye

nous ne disons pas le gland mais le yand

nous ne disons pas la boucle mais la boukye

de ce fait le y peut être considéré comme une "consonne" se substituant au l dans nombre de cas, ou au gl parfois. Nous disposons de deux possibilités de représentation du y : avec ou sans tréma, il faut se pencher sur le cas du y, non seulement en Charolais-Brionnais mais aussi dans toute la Bourgogne.

Deux autres lettres de l'alphabet français pourraient se voir attribuer des fonctions spécifiques en Bourgogne, ce sont le k et le w. Personnellement j'utilise le k pour des mots qui, sans lui, devraient s'écrire avec cue comme dans cueillir, coeu, comme dans coeur ou avec qu, mais ce serait alors au détriment de l'étymologie. Quant au w il pourrait remplacer les ou que l'on voit de-ci de-là pour remplacer un v. Ainsi la woîtûre remplacerait avantageusement la ouâtûre.

Encore un mot du h : totalement muet en patois Charolais-Brionnais, on pourrait concevoir de le supprimer purement et simplement. Est-ce bien nécessaire ? Celà ne perturberait-il pas le non patoisant qui s'approcherait d'une èche (herse), d'un eurchon (hérisson) alors qu'en conservant ce h on écrit une hèche et un heurchon qui sont alors un peu moins énigmatiques.

Un autre caractère d'imprimerie susceptible d'un emploi bien plus fréquent qu'en français serait le ç. Employé seul il permet d'écrire çrise et non srire (la cerise sans son e). Employé avant un h (çh) il produit un son ch plus chuintant, situé entre le se et le che. C'est utile au pays du Tseu.

Un autre problème orthographique récurant en Charolais-Brionnais, c'est l'amuïssement. Certaines phrases font l'objet d'amuïssements multiples, rendant la compréhension malaisée pour un locuteur débutant et l'écriture hérissée d'apostrophes. Très souvent dans une seule phrase, même écrite par un patoisant accoutumé à l'écriture du patois on voit se cotoyer des mots ayant subi un ou deux amuïssements avec ou sans apostrophe. Ainsi le verbe sécher, en patois charolais se dit stsi mais lorsqu'il est conjugué on trouve dze seutse (je sèche), ô seutsot (il séchait) alle seutsra (elle sèchera). Idem pour pchi (pisser) et beaucoup d'autres. Une réflexion est à entreprendre dans ce domaine.

Vous êtes arrivé(e) au bout ? Bravo ! Maintenant notez vite fait bien fait quelques réflexions, laissez mijoter un bon moment, vous verrez, vous allez changer plusieurs fois de position, c'est inévitable dès que l'on approfondit la question. Et puis, après avoir laissé reposer votre commentaire un moment (il faut servir froid), relisez-le (ok, vous confirmez ?) et postez-le. Soyez assuré d'avoir au moins une réponse, la mienne, et dans le meilleur des cas plusieurs réponses.

Cment l'Piârre de la M.P.O. dz'vos sarre brâment la pogne ! A d'achtôt les Borgognons !

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JB 03/07/2013 19:19

un spécialiste = une idée = une graphie. Y'é mau ayyé c't aiffare ! Pour ma part je milite pour une graphie la plus proche possible du français ex pour écrire pays = pa-yi,tu-yau pour tuyau. Coller le plus possible (en graphie) au français peut faire perdre certaines nuances locales. Néanmoins je me méfie pour ma part des graphies compliquées avec des k des z partout, que l'on trouve parfois en créole (Guyanais ou des Antilles) sans doute pour nous faire croire que créole et français n'ont rien en commun, ce qui n'est pas vrai. Bon courage à ceux qui se lancent dans ce beau projet : "il n'est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre et de réussir pour persévérer". A la revoyôte.

Olivier de Vaux 03/07/2013 20:03

Oui, il est important de rester le plus près possible du français, les patoisants étant d'abord des français, on ne va pas les perturber inutilement. Ce critère est essentiel dans l'harmonisation des graphies mais il n'est pas le seul : il faut aussi s'approcher de la prononciation, ne pas s'éloigner de l'étymologie et éviter de couper des mots qui ne méritent pas ces coups de sécateur. Aucune langue ne tolère que l'on saucissonne ses mots, le patois bourguignon a droit, lui aussi, à un peu de respect pour l'intégrité de son vocabulaire. Donc, ce sera dur, et nous nous reverrons à coup sûr !

JB 02/07/2013 18:48

pas si indigeste que cela :) très intéressant !