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Le pays du Tseu

L' pàysan d'Paris

8 Octobre 2013 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Textes

L' pàysan d'Paris

Ce titre, clin d'oeil à Louis Aragon, qui n'avait rien d'un paysan, pour montrer comment il est possible d'utiliser notre parler Tseu afin de décrire la vie d'un gamin de Paris dans les années quarante. Le texte d'un ami de blog, Andiamo, m'a semblé idéal pour effectuer cette transposition. Vu la longueur du texte je vous livre seulement le début de ma traduction.

Ma bañyieue, vos cmenchez à la cognaîte, çhti du Nôrd-Est de Paris, alle avot eune coleûr : le gris, "gris cheûre de frâgne", eune brâve coleûr, cment les "ciments Lambert".

Les baraques étint pas peindues, y'avot pas d'sous p'çan ! Alô, i'étint totes pas bié gaies ; des cops y'en avot eune que s'fayot rmarquer, montée davo des briques (de briques et d'broc, dirint les mau-disants), y'en avot miñme en bôs, capées d'eune toile godroñnée, tote nère, tiendue p'des liteaux d'bôs, y'avot d'allure, faut pas crère !

Point d'biaux meurets en "claustra", cment les moutsarabieh, ou que rtsignant les meurs provençiaux, cment si les pàysans du Midi s'amujint à çhtés beurdineries d'ritses, i'avint aute tsouze à foute !

Les palissades, y'étot des beuchons, des boutsûres , pas râpées du tot, cment les tsveux du Gainsbourg, y-z'y'avot des ptinguins qu'i fallot seurtot pas mandzi pasqu'y étot d'la poison !

Ah, vain diou ! Nos pout dère qu'fallot s'garder d'tot dans çhtés foutus beuchons ! Dz'en ans bouffé, peur seûr, dzafes, peurtûjis, peûrris, toudze pe faire le faraud ! Apeu, pyeiñnes d'arâgnes, des grôsses bardates, grises et byintses, qu'nos fàyint trop pou ! Nos les laissins s'engrintsi su eune trique apeu nos coursins les feuilles, is s'évolâtrint cment des polailles.

Mas, d'achtôt qu'les arâgnes étint rmontées l'long d'la tavelle, nos lâtsins tot, et PAN, un cop d'talon apeu les bestiaux étint treuillis bié cment y faut ! I'étint coradzeux les Tarzans d'bañyieue !

Et voici l'original, par Andiamo, un vieux gamin d'banlieue.

Ma banlieue, vous commencez à la connaître, celle du Nord-Est de Paris, elle avait une couleur : le gris, "gris souris effrayée", une jolie teinte, genre "ciments Lambert".

Les baraques n'étaient pas peintes, il n'y avait pas assez de sous pour ça ! Alors elles étaient toutes un peu tristounettes, parfois l'une d'elles se distinguait, faite de briques (et de broc diront les mauvaises langues), il y en avait même en bois, recouvertes d'un genre de linoléum goudronné, tout noir, tenu par des liteaux de bois, du plus bel effet, mais si monseigneur !

Pas de jolis murs en "claustra" genre "moucharabieh" ou encore faux style Provençal, comme si les vieux paysans provençaux s'échinaient à ériger des murs "super-classe", ils avaient autre chose à foutre !

Les clôtures, c'étaient des haies, des haies à la con, pas taillées du tout, genre coupe de cheveux à la Gainsbourg, il y poussait des petites baies rouges, qu'il ne fallait surtout pas manger "passque" c'était du poison !

Ah la vache ! Hyper dangereuses les haies ! On en a bouffé bien sûr, amers, dégueux, toujours pour ne pas se déballonner ! Et surtout, truffées d'araignées, des balèzes, de l'épeire, grises et blanches, TERRIFIANTES ! On les prenait au bout d'un bâton, puis on coursait les filles, elles détalaient en courant !

Mais dès que les bestioles remontaient le long de la trique, on lâchait le tout, et PAN, un coup de talon et les monstres s'éclataient contre un caillou, ils étaient courageux les Tarzans de banlieue !

L' pàysan d'Paris

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Marie de Cabardouche 10/10/2013 16:56

Qué brave p'tiot chenaillot ce Andiamo pêrigot!
Quel jeune enfant espiègle ce petit parigot d'Andiamo!
Chu nôs pou " les briques", an cause de "carrons". An fê dê majons d'aveu ma atout an lê enforne din la cusniére, ape le sê, chêquion lê n'empoutche din l'pucie pou avouère lê pis au chaudot!
Chez nous pour les briques, on parle de "carrons". On en fait des maisons mais aussi on les enfourne dans la cuisinière et le soir chacun emporte la sienne dans son lit pour avoir les pieds bien au chaud!

Olivier 11/10/2013 22:03

Je ne connais pas d'équivalent à chenaillot hormis galipiot. Votés "carrons" m'fayant apensi és "caïroux" des Catalans. Çhti-là qu'nos sort du fô apeu qu'nos gyisse dans les draps tot raides de freud du grand yet quoî faut s'élarder tot d'un cop et apprende à détende son corps transi pe point gueurdaler, voui çhti-là, dz'la cognais bin, veurnissée ou pas, y'étot eune gâterie d'la mémé. Y nous a pas avaurienné p'autant, çt'excès d'confort. Vos "carrons" me font penser aux "caïroux" des Catalans. Celle qu'on sort du four et qu'on glisse dans les draps tout raides de froid du grand lit où il faut s'allonger tout d'un coup et apprendre à détendre son corps transi pour ne pas grelotter, oui celle-là je la connais bien, vernissée ou pas, c'était une gâterie de la mémé. Cela ne nous a pas ramollis pour autant, cet excès de confort.

Eric 08/10/2013 13:56

Bravo Olivier pour cette belle traduction/ transposition du parler Tseu dans un contexte banlieusard d'autrefois (aujourd'hui, le "patois" de la banlieue appartient à un autre monde).

Bravo, Andiamo, que je n'ai malheureusement pas l'honneur de connaître, pour ce beau texte et les beaux dessins qui l'accompagnent.

PS: Une simple petite remarque linguistique: à quelques kilomètres seulement au sud de Sivignon, l'araignée se dit "iragne" et on a même le verbe "iragni" pour dire "enlever les toiles d'araignées".

Olivier 08/10/2013 14:34

La tâche était aisée, le texte d'Andiamo étant porteur d'une ambiance, d'une émotion qui ne pouvaient que se communiquer à la traduction. Si tu veux le connaître, clique sur son nom et tu arriveras sur le blog qu'il tient depuis plus de 8 années avec quelques compères.
Pour les arâgnes, irâgnes et autres irègnes, je te suis, tout comme pour arâgni, irâgni ou irègni, toutes ces nuances font notre richesse et les bestioles auront tout de même en commun huit pattes plus ou moins velues.

Andiamo 08/10/2013 10:54

Merci Olivier et quel honneur ! Me retrouver dans ton blog, pfiuuu c'est pô rien...
J'ai tout lu le parler du Tseu, et bien sûr je ne touche pas un cuir !
Je te fais confiance, tu as su transposer l'atmosphère, qui elle est bien réelle. Ces banlieues qui n'étaient plus la campagne et pas encore la ville, et qui aujourd'hui ne vivent plus que dans la mémoire de vieux gamins qui ne veulent pas vieillir....