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Le pays du Tseu

Cardzot d'Seuvgnon n° 54

15 Octobre 2013 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Ateliers

Cardzot d'Seuvgnon n° 54

Le Cardzot n° 54 du 20 septembre 2013 a accueilli une nouvelle patoisante, native et résidente de Saint-Quentin, hameau de la commune du Rousset (canton de La Guiche).

 

Grâce à elle, et à sa profonde connaissance du patois de son village, nous avons pu faire un peu de vocabulaire comparé. Il est important de noter que la commune du Rousset se situe tout à fait au Nord du Pàys du Tseu et qu'à ce titre elle est, comme toutes les communes limitrophes, riche d'enseignements. Je ne reproduis ci-dessous qu'une petite partie des trésors exhumés lors de l'atelier, particulièrement riche ce mois ci.

 

amoreux n.m. Nom donné au chardon comme c'était déjà le cas à la cour de Philippe le Hardi au XIVe siècle. Le chardon était le symbole du respect et de la fidélité.

apercevu p.p. d'apercevoir. Dz'l'ai apercevue dave eun homme qu'étot pas l'siñne !

baume n.m. Menthe sauvage. La Mélanie avot du faire gauvoiñne dans l'baume ; quand alle est rentrée dans l'auberdze, tote éborréchie, les nâsiaux des gârs arrétint pas d'palpiter! Alle les a toisés, alle a rajusté sa biaude apeu alle a cmenchi à seurvi les pyats qu'arrivint d'la cujine. Mélanie avait du faire des galipettes dans la menthe sauvage ; quand elle est entrée dans l'auberge, toute ébouriffée, les narines des hommes se sont mises à palpiter Elle les a toisés, elle a rajusté sa robe et elle a commencé à servir les plats qui arrivaient de la cuisine.

bòyau n.m. Couche, épaisseur, bourrelet. I'a tseu un bòyau d'neudze.

campner v. Travailler sans efficacité : Qui qu'ô fait ? Ô campeune dans l'soli ! Il s'agit peut-être d'une déformation de clampiner (fainéanter, paresser) clampin (fainéant, paresseux) qui vient de l'ancien français clopin (boiteux). A noter le verbe ayant la même signification, beujner, utilisé au Rousset. D'autres verbes, plus fréquemment utilisés, ont pour racine un "beuz" et font référence à une personne ou une activité délicate donc lente, ennuyeuse. Parmi eux citons beûzon (Trivy), bezeûgne (St Laurent), bezuni (Oyé), bzin (Sivignon), qui tous viennent du francique bisùnnia contenant les notions de soin et de souci. Cf. Mario Rossi.

cheuron n.m. Boisson chaude obtenue en faisant longuement bouillir du marc de café dans une casserole d'eau. On parle aussi du "câfé reutné" mais il s'agit plutôt dans ce cas de café réchauffé plusieurs fois. Dz'sais pas qui qu'dze crains l'mais, l'vin du Toine obin l'cheuron d'sa feunne. Je ne sais pas ce que je redoute le plus, le vin d'Antoine ou le café bouilli et rebouilli de sa femme.

coqmelle n.f. Nom donné à la coulemelle. Il est à noter qu'à Beaubery tous les champignons autres que les girolles, seuls champignons réputés pour être vraiment sûrs, sont appelés coqmelles. Au Rousset la coulemelle a pour nom keuqmalle.

coûtre (au) n.m. Variante de au coûte, utilisée au Rousset.

enfeurdze n.m. Ce mot désigne une personne dont on n'arrive pas à se dépêtrer, un emplâtre, un gêneur. Te parles d'eun enfeurdze, dz'arrivos pas à m'en désempyâtrer, i'a fallu qu'le Fernand lu dise d'se rentourner vés lu.Tu parles d'un pot de colle, je n'arrivais pas à m'en débarrasser, il a fallu que Fernand lui dise de rentrer chez lui.

fnèche n.f. Agrostis. Cette longue graminée dépasse les blés ou les foins de plusieurs centimètres ; douce au toucher, elle est appelée foiñnèche au Rousset. Sa poussière (lors du battage du blé) était toxique. P'faire le dzaillot, la fnèche a pas son pareil, dans les oraîlles, les trous d'nez obin sos l'golaillon, y'est radical ! Pour faire des chatouilles, l'agrostis n'a pas son pareil, dans les oreilles, les narines, sous le cou, c'est radical !

frise n.f. Toupie qui ne se déplace pas, contrairement à la fiarde.

frisi v. Friser, dans le sens d'agiter, remuer. L'tsin frise la quoue, y dat éte la Marie qu's'ameune ! - Si y'est la Marie, ô sra pas tot su !

rapeutret n.m. Roitelet. Au Nord du Charolais (Le Rousset) on parle du ra peutra. Dans les deux cas on retrouve, avec les variantes de prononciation habituelles le roi péteux (prétentieux). Rappelons qu'au sens figuré, on qualifie de "chtit rapeutret" un gamin plutôt menu et vif.

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Eric 15/10/2013 13:41

La dernière récolte de mots du Cardzot d'Seuvgnon me donne encore un exemple intéressant de la chute de certaines syllabes vocaliques à la fin des mots masculins dans l'aire dialectale de Matour: à Trivy on dit le "dzeuil" pour le "dzaillot" que tu mentionnes à l'article "fnèche".
J'avais aussi noté la "frise" et le "rapeutret" dans mon lexique; quand à "bòyau" je l'avais recueilli avec le sens de "petite quantité" (Y a tsé un bòyau".)

Andiamo 15/10/2013 10:05

Quelle richesse ! Dommage que l'argot tel que je l'ai connu soit bien mort, au profit d'un langage de cité qui n'a plus la verve, ni la drôlerie de mon bon vieux "jar"