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Le pays du Tseu

Cadzot d'Seuvgnon n° 53

10 Septembre 2013 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Ateliers

Cadzot d'Seuvgnon n° 53

Le cardzot de Seuvgnon est de plus en plus fréquenté par des "étrangers", des patoisants venant de villages voisins ou même de cantons plus ou moins éloignés. Ces apports de l'extérieur nous ont permis de constater que, loin d'être différents, nos patois sont très proches et ont des racines communes. Bien sûr la prononciation diffère souvent, certains mots, bien que connus "ici" sont plutôt utilisés "là-bas", mais tout le monde comprend tout le monde et c'est merveilleux.Voici quelques uns des mots qui ont retenu notre attention lors de ce 53ème cardzot.

akeurnailli (s') v S'assombrir, se couvrir, devenir menaçant, en parlant du ciel. L'cié s'akeurnaille, y vout pter d'achtôt !

arraper (s') v. S'accrocher, s'agripper. Alle s'arrape à sòn homme cment un piou d'bôs à un tsin !

avõyi v. Avoyer. On dit plutôt "doñner du tsmin", ce qui correspond précisément à la définition du verbe avoyer, donner de la voie.

bazigôle, bazigoule n.f. Talus abrupt, pente de fossé. Dans le Brionnais on dit "vazigole", faut-il chercher dans la vase l'origine du mot ?

bediat n. et adj. Qui dit n'importe quoi. Çhtu-là, y'est un djeux d'ren, un vrai bediat !

beurtsi v. Affûter dent après dent la "fauçeuille" , dont le fer n'était pas lisse et ne "s'entsapyiot pas".

bler étym. Ce verbe, que nous connaissons déjà, vient du bourguignon boiler, gober un oeuf.

bouliguer v. Contrarier, renverser, remuer, bouleverser, au sens propre comme au figuré. Y fayot vingt ans qu'alle l'avot pas rvu, te penses cment y l'a bouliguée, la Simone !

cheuranter v. Chercher, fouiller, fouiner. Ô défayot les andâs, ô les écartot, nos s'sans dmandé qui qu'ô cheurantot au gré du solei !

doñner v. ajouter Donner du tsmin : avoyer. L'Dzeannot donnot du tsmin à so passe-peurtot.

dzonc n.m. Jonc. Cette plante aux tiges tubulaires qui a l'insigne avantage de permettre de fabriquer des scoubidous écolos ne doit pas être confondue avec "la marais", nom donné localement au scirpe des marais (eleocharis palustris) qui ne vit pas en touffe mais a tendance à s'étaler. Il serait utile de se pencher d'un peu plus près (surveillez les enfants) sur ce fameux ou cette fameuse marais qui semble désigner n'importe quelle plante aimant les crôs, les gornaudîres et autres lieux de vie des moustiques qu'ils soient chics ou n'gougnas.

épeuraiji v. Epouvanter. Lu, p'l'épeuraiji, y'est pas bié aiji !

épeuraijon n.f. Epouvante, frayeur. Prise d'épeuraijon, alle avot maîs pou qu'de raijon.

étende v. Etendre, étaler. Dz'sus rapyapyat, y'est temps d'étende la corée.(de se reposer).

fautseu n.m. Faucheur. Notons ici que cette terminaison mute en "ou" : fautsou, dès le village voisin ; on peut se poser la question de savoir s'il serait bon de distinguer les noms en "eu" qui correspondent à des mots français en "eur" : fautseu, tsècheu, correu en ne leur ajoutant pas de x final et les adjectifs en "eux", tels que coradzeux, rdzimbeux, rgretteux qui pourraient conserver le x terminal du français. La même question se pose pour les terminaisons en "ou" qui comme nous le savons ont un pluriel en s en français à l'exception des fameux "bijou, caillou, chou, genou, hibou, joujou et pou" auxquels on pourrait ajouter "chouchou, ripou et tripou" pour arriver à dix. Voilà de quoi alimenter les querelleurs, querelloux, querellous, querelleux et autres querelleus. Comme le disait mon institutrice dans la cour de récréation : "Battez-vous, tuez-vous, mais surtout, ne vous faites pas de mal !".

feurnailli v. Fouiller en éparpillant tout. Arréte de feurnailli peurtot, te trouera ren du tot !

feûziquer, fuziquer v. Fouiller, fouiner. Faut tot bocler si t'voux pas que l'commis veunne feûziquer dans tes affûtiaux.

fnailli v. Fainéanter. Ce verbe a-t-il un rapport avec la fenaison, le "fnau" ? Probablement, le fenil était l'endroit de prédilection pour la sieste et plus si affinités.

n.m. Le four se retrouve dans nombre d'expressions aujourd'hui plus ou moins obscures. A noter celle-ci, qui ne l'est pas, trouvée à Suin, et relative à une dame très portée sur la chose : L'fô étot tsaud dvant qu'd'éte allmé.

fortsu adj. Fourchu. Faire le tsâgne fortsu : faire le poirier, jambes écartées. On dit aussi Faire l'ârbe de fortsi ou tout simplement faire fortsi.

friquet, -ette adj. Pimpant, élégant. Aga-don cment alle est friquette, la Zette !

grippe-gueurzi n.m. Mot plaisant du brionnais : Imperméable. Ce néologisme n'est pas tout jeune, il semble avoir été employé dès les années soixante. Davo ses bottes apeu son grippe-gueurzi ôl 'tot paré p'la pyou.

picornier n.m. Piquet de bornage d'une coupe de bois ; on trouve aussi la variante "bicornier".

tseuyi v. Apprécier, choyer. Ce verbe, compris en Charolais, est plus fréquemment employé en Brionnais. Alle l'a bin trop tseuyi çhtu-là, y l'a avaurienné !

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le m'tse 10/09/2013 10:09

Du coûté de Trambyi-Matô, tseuyi serait plutôt économiser, ne pas gaspiller ou encore choisir, trier " je n'ai pas encre trié ma salade"
Mais qui donc fait peur aux jeunes femmes à Sivignon??

Olivier 10/09/2013 14:12

Va pour "crôt" avec un t final. Je crois qu'en ce qui concerne le vocabulaire que nous allons recueillir maintenant, nous aurons trois cas de figure principaux :
- le plus rare : un mot tout à fait inconnu dans les lexiques existants
- le plus normal : un mot qui constitue la variante locale d'un mot déjà répertorié
- le plus fréquent : un mot de la famille d'un mot déjà répertorié

Eric 10/09/2013 13:30

Y est bin vrai qu'nous dirins qu'la ptiète feuille v'not d'vâ la Mère Engueule!

Pour ce qui est du vocabulaire, à Trivy, j'avais trouvé "churter", avec un sens voisin et peut-être bien de la même famille que "cheuranter"?

Pour l'opposition "fautseu"/ "fautsou", c'est peut-être encore un peu plus compliqué, puisqu'on entend aussi "fautsu" (un peu partout dans le canton de Matour).

Je ne connaissais pas "feurnailli" dans le sens que tu indiques, mais j'ai noté "fornailli" dans le sens de "passer au four". Comme quoi le patois comporte sans doute aussi des "faux amis" d'une commune à l'autre (comme entre le français et l'anglais)...
A part ça pour les "crôs"(synonyme de "gornaudires") je suggèrerais la graphie "crôts" avec un "t" car on a le verbe "encrôter" qui signifie enterrer, mettre (un animal mort, par exemple) dans un trou creusé dans la terre. Donc un terme très probablement de la même famille.

J'avoue que beaucoup de mots de cette liste me sont inconnus.

Olivier de Vaux 10/09/2013 11:24

Tseuyi (choyer) c'est prendre soin de quelqu'un, alors pourquoi pas de quelque chose, ses sous, sa salade ! :-)
Pe ç'qu'y'est d'savoî qui qu'y fait pou aux feuilles à Seuvgnon, dz'diros, l'père Tsâtifou obin la galipote !