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Le pays du Tseu

Adages et expressions: Parlons de la pluie et du beau temps

17 Septembre 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Adages et expressions: Parlons de la pluie et du beau temps

Voici un sujet qui mérite que nous nous attardions un peu sur lui, au regard de l'attention toute particulière dont il fait l'objet dans le monde rural.

Pour commencer, parlons du beau temps : En été, « l'solé lut » (le soleil brille) et il fait chaud. Il fait même parfois trop chaud... Alors « nous san mòyi d'tsaud » (on transpire) ; on dit encore, de façon plus familière autant qu'imagée : « y cole p'la piau » (mot à mot : « ça coule par la peau ») ou même « y cole p'la gueule ». Toutefois, il ne faut pas que le beau temps se transforme en « seûts'resse » (en sécheresse), quand tout est « seû » (sec).

Mais bien souvent une forte chaleur n'est que le signe avant-coureur d'un orage, d'où ce dicton:

« Quand l'solé pique y va tounner ».

Alors le ciel se couvre de gros nuages menaçants : les « gôniaus » ; on remarquera qu' « y s’abeûraîche », qu’« y s'accoindre » ou encore qu’ « y s’accoinche » et même qu' « y s’akeurnaille » (ça se couvre). Puis on entend le « tounnâ » (le tonnerre) et on voit des « élides » (des éclairs). Il faut se méfier du « fu du ceû (ou du ciel) » (la foudre).

Un dicton se rapporte au tonnerre :

« S'y tounne en avri, étampe ton greni » (s'il tonne en avril, consolide ton grenier).

L'observation quotidienne de la nature permet en effet de prévoir le temps qu'il va faire: par exemple, on peut se douter qu'il va y avoir un orage lorsque les vaches se mettent à courir dans les prés en raison des mouches qui les tourmentent plus que d'habitude à ce moment-là. On dit alors qu'elles se mettent à « cori la moutse » (courir la mouche) ou encore à « dreûzi ».

D'autre part, quand « les polailles s'vanant » (quand les poules se vautrent dans la poussière), ou « s’ pouillant » (se lissent les plumes) on dit que c'est signe de pluie.

Lorsque la pluie est imminente, on dit :

« Y chimbye la pyou » (on dirait qu'il va « pyour », pleuvoir).

Plusieurs termes désignent l'averse :

- la « radée »,

- la « ragasse »,

- la « beurrée »,

- la « breûsée »,

- la « rouchie »

ou encore :

- le « garrau »

Mais quel que soit le mot que l'on choisisse d'employer, il faut se dépêcher de se mettre « au coutre » (à l'abri de la pluie).

Les "nuadzes" (nuages) aussi peuvent être annonciateurs de pluie; c'est le cas des "coues d'vatses", (littéralement "queues de vaches"; longs nuages, cirrus).

L'observation de certains phénomènes liés à la pluie permettent de prédire l'évolution du temps à court terme; ainsi cette remarque péremptoire:

« Quand y boteuille, y est la pyou p'la dzornée. » (Quand les gouttes de pluie forment des bulles à la surface de l'eau, c'est la pluie pour la journée.)

Souvent, la pluie apparaît sous une forme atténuée, mais persistante, dans ce cas « y beurdaiche » ou « y breûyesse » (il pleuvine). On appelle ce type de temps de la « feûmeusserie » ou du « brouyâ » (du crachin).

Lorsqu'il ne s'agit que d'une brume on dit que c'est du « tsanin » .

Enfin, le vent se lève et le ciel se dégage : « Y s'enleuve ».

Le vent ne doit pas être négligé, car de lui dépend en principe le temps à venir. Lorsque le vent souffle, « y tire », « y boffe » ou « y souçhye ». Cette fois encore il peut être question de se mettre à l'abri, mais comme il s'agit de se mettre à l'abri du vent, on utilise une expression différente : on se met « à l'eûvri » ... du moins si on ne veut pas se retrouver tout « éboraissi » (ébouriffé) par une « eurse » (une bourrasque).

On distingue plusieurs sortes de vent :

- la bise, le vent du nord, comme en français,

- la « traveurse », vent d'ouest porteur de pluie, (« le vent dla pyou »)

- le « grand vent » (un vent chaud qui vient du sud en soufflant violemment),

- le « vent bianc », vent du sud-est, sans conséquence sur le temps, et enfin:

- le « mat'nau », le vent d' est (littéralement: le "matinal".)

Le vent d' est donne d'ailleurs lieu à ce dicton :

« Y faut qu'y tire tra dzos d'mat'nau pe qu'y tsàye un bassin d'iau »

(Il faut que le vent d' est souffle pendant trois jours pour qu'il tombe une louche d'eau).

Il arrive aussi que le vent tourne, ce qui donne lieu à cette expression :

« La bise tant qu’à la ts’mise et l’mat’nau o moille tant qu’és os »

Nous en aurons complètement terminé avec le vent quand nous aurons mentionné le « follet » (ou plus rarement aujourd’hui, le « fol »), le tourbillon estival, qui soulève les « beutses » (les fétus de paille) dans les champs.

Enfin lorsqu'on craint la venue d'une tempête, si on redoute que les éléments ne se déchaînent, on dit : « Si l'temps tsé (tombe), y'aura bin des alouettes de prises ».

Avant d'en terminer avec cette question, il nous reste encore à parler de l'hiver et de ses frimas : Il fait alors « un freud d’tsin » (un froid de chien):

Lorsqu'il a « neudzi » (neigé), les enfants sont en général ravis : ils en profitent pour pratiquer toutes sortes de jeux : « se foutre des boles de neudze » (se lancer des boules de neige), ou, s'il a suffisamment gelé, s'amuser à « quilli su la yaice » (glisser sur la glace). Mais quelquefois, au désespoir des plus petits, la neige n'est pas très abondante et ne tient pas, il n'est tombé que quelques « papioules » (flocons), il a seulement « tsé un bòyau » (neigé un tout petit peu).

Les adultes, quant à eux, apprécient beaucoup moins la neige : il faut déblayer un sentier pour aller de la maison à l'écurie, par exemple, c'est ce qu'on appelle faire une « tsalée ».

Travailler dehors à mains nues donne la « gobe » (les doigts gourds) et même parfois des « crevesses » (des gerçures). Il est alors agréable de se « rétsindre au quart du fu » (de se réchauffer au coin du feu).

Et puis un jour on s'aperçoit qu' « y matole » (que la neige colle aux chaussures), ce qui annonce le dégel. Le printemps sera bientôt de retour, même si on est obligé, pour un temps, de « gadròyi » ou de « gabouyi » (de patauger) dans la « gadroye » (la boue de neige fondue).

Enfin c'est le « dédzeul » (le dégel), il n'y a plus de « dzeûvru » (de givre) nulle part, le paysage n’est plus « dzeûvruzi » (couvert de givre). On doit cependant s'attendre encore à quelques « dzambolées » (giboulées) au mois de mars, avec de la « greule » (grêle) ou du « greûzin » (grésil) alternant avec de fortes pluies — il faut alors éviter de « pyondzi dans les gòyats d'jau » (de se mouiller les pieds dans les flaques d'eau).

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Cardzot d'Seuvgnon 19/09/2013 14:34

Peur nos, un "bòyau d'neudze" y'est pas "un petit peu", c'est une couche de neige.

Olivier 22/09/2013 19:13

Faute d'informations suffisantes sur ces mots, notre orthographe ne peut que fluctuer. Peu importe, en nous penchant sur eux, en les employant, nous leur redonnons vie, c'est ça l'essentiel.

Eric 22/09/2013 17:32

C'est très compliqué, en effet. D'autant plus que dans la région de Matour les suffixes en "et" ou "ot" on tendance à disparaître.
Deux exemples parmi d'autres: le baudet devint le "baude" et le "subyot", que tu cites, se dit le "subye".
C'est pourquoi je ne sais pas trop comment écrire des mots comme "dayau" ou "bòyau".
S'agirait-il de diminutifs ayant échappé à la série parce que ces mots sont trop éloignés du français pour que le "au" final soit ressenti comme un suffixe?

Eric 22/09/2013 17:14

Je confirme.

le m'tse 22/09/2013 10:37

Dépréciatif le "aud", bin mon yeu, les Treuvijaudes van totes te cogni d'ssus sans causé des Brev'lindiaudes.

Olivier 22/09/2013 08:29

On se perd un peu dans les terminaisons en "au", "aud", "ô", "ôt". Dans le sens de ta proposition, à laquelle j'adhère d'ailleurs, j'ai relevé le subyot et le saillot. Dans ces trois cas j'ai un faible pour la graphie en "ot" ou en "ôt", calque du suffixe français "et", diminutif. Je réserve le suffixe "aud" à un usage dépréciatif (sordiaud). Plus délicates, les terminaisons en "au" : celles qui se substituent au "al" français, vont de soi (martsau) mais quid des mots tels que comiau (du latin comam), tchantchau (grosse tranche de pain).
Ce qui est certain, c'est que je recommencerai l'expérience de la lecture des articles du blog pendant l'atelier de patois et que le Cardzot d'Seuvgnon mettra son grain de sel dans nos textes.

Eric Condette 21/09/2013 23:09

Très cher Cardzot,

Réflexion faite, je crois quand même qu'un "bòyau" désigne bien, comme on me l'avait indiqué il y a un quart de siècle, une petite quantité. "Bòyau "est probablement un diminutif de "bôt" (un bout); donc un bòyau est un "petit bout", c'est à dire un petit peu de quelque chose.
On peut comparer avec le "dàyau", le dé à coudre qui est le diminutif de "dagt" (le doigt) donc littéralement "le petit doigt".

Eric Condette 19/09/2013 15:01

Merci de votre commentaire. J'ai simplement noté ce que j'ai entendu. Mais il est aussi vrai qu'une couche de neige peut être plus ou moins épaisse, d'où la subjectivité de l'expression...

Olivier 18/09/2013 11:53

Nos a pas idée d'tant causer du temps ! Y'est pas étonnant qu'ô sat tot détraqué, ô vout faire l'intéressant ! Faut pas en faire de cas, ô finira p'arréter ses caprices !

Eric 18/09/2013 19:14

Le temps qu'il fait est un sujet inépuisable lorsqu'on compte sur lui pour faire de bonnes récoltes et gagner de quoi vivre. C'était vrai autrefois, et cela l'est encore dans une large mesure aujourd'hui.

le m'tse 18/09/2013 11:29

Juste quelques petites différences entre Trivy et Trambly :
au (u?)coutre.....à la couée
la ragasse......la rabasse
la breûyesse.......la breûyasse
et une phrase pour dire que l'orage arrive : y s'matseûre damou (le ciel se noircit là-haut)

Eric 18/09/2013 19:09

Merci pour cette belle expression relative à l'arrivée de l'orage. Je tâcherai à l'occasion de vérifier si elle existe aussi à Trivy, ce qui est fort possible.
Avec un peu de chance, peut-être qu'un(e) météorologue treuvijaud(e) lira ces lignes et nous renseignera... (Merci d'avance!)
Pour le reste breûyesse n'est qu'une variante de breûyasse, qui s'entend aussi à Trivy.