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Le pays du Tseu

Dz'enquille le cllou p'les mots qu'ant un doublle L obin un L mòilli

6 Janvier 2015 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Graphie

Dz'enquille le cllou p'les mots qu'ant un doublle L obin un L mòilli

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Bien des mots du Tseu contiennent la semi-consonne "ye", notée [j] dans l'alphabet phonétique international (API), et leur transcription a généralement pour effet de perturber le lecteur.

 

Je vous propose d'examiner successivement les cas-type dans lesquels un mot du Tseu contient un l mouillé.

Lorsque le l mouillé est doublé et suit les voyelles composées telles que ai, oui, eui, par simple référence au français on prononcera correctement : brailli, frouilli, feuille.

Lorsque le l mouillé est doublé et suit la voyelle diphtonguée ui, il convient de savoir si le u doit être prononcé ou non ; dans l'affirmative il faut le surmonter d'un accent grave comme dans agùille, sinon l'orthographe française classique s'impose (quilli).

Lorsque le l mouillé est doublé et suit la voyelle composée oi comme pour la moille [mɔj] on entre en terrain quasi inconnu car seuls deux mots figurant dans nos dictionnaires français se terminent par "oille" : le mot "oille" [ɔj] qui désigne l'ancêtre du pot-au-feu et le mot "boille" [bɔj], variante de "bouille" (visage), surtout employé par nos voisins suisses (nous partageons avec eux quelques mots francoprovençaux). Faut-il pour autant s'abstenir de mettre un tréma sur le i ou encore un accent grave sur le o pour obtenir le son recherché, à savoir [ɔj] ? Panòille ou panoïlle ou simplement panoille, il faudra bien se décider. Par crainte de la méconnaissance de la bonne prononciation des mots français oille et boille et par souci d'harmonisation j'opte pour panòille, je place un accent grave sur le o afin d'éviter une prononciation en "oaille".

Bien entendu les mots patois en "ill" sans voyelle avant le i se prononcent tous [j], comme en français (hormis les exceptions de mille et ville avec leurs dérivés).

De même les mots patois en "alle", "elle", "olle" et "ulle", se prononceront à la française, c'est-à-dire comme s'ils ne comportaient qu'un seul l.

 

Tout ce qui précède semble bien compliqué, mais ce n'est qu'une apparence : en fait, à l'usage, on s'aperçoit que l'on applique les règles sans même les connaître et que la seule chose à retenir de tout ce qui précède est la nécessité de placer un accent grave sur quelques o et de rares u pour inciter le lecteur à les prononcer séparément du "ill" qui les suit. Une simple phrase d'exemple devrait suffir à vous convaincre : Sa feuille a brailli "ôl a frouilli !", apeu alle a laichi tsère sòn agùille dans la mòille.

 

 

Lorsque le l mouillé suit une des consonnes b, c, f, g, ou p on rencontre souvent la transcription by, cy, fy, gy, py ou encore bi, ci, fi, gi, pi selon l'humeur de l'auteur. Quand le mot affligé d'un l mouillé se termine par un e muet, le lecteur peu au fait du patois et de sa prononciation va inévitablement mal interpréter et mal prononcer cette terminaison ; ce sera le cas de la "traubye" prononcée "traubie", de la "boukye d'orailles" prononcée "boukie d'orailles", du "trèfye" prononcé "trèfie", de la "règuye" prononcée "réguie" ou encore du "peupye" prononcé "peupie". Ne revenons pas sur les solutions consistant à charcuter les mots à l'aide d'un tiret, d'une apostrophe ou de tout autre signe diacritique et adoptons plutôt l'emploi d'un double l comme cela s'est déjà fait dans le passé. Ainsi nous resterons au plus près du mot français d'origine en marquant d'une façon claire notre différence.

La "traublle", la "bouclle d'orailles", le "trèflle", la "règlle" ou encore le "peuplle" seront immédiatement compris du lecteur qui, intuitivement, verra dans ce doublement du l une invitation à une prononciation spécifique, celle du "l mouillé du Tseu".

 

Lorsque le l mouillé est placé au début d'un mot, (Cf. l'article http://www.patois-charolais-brionnais.org/2014/10/les-mots-commencant-par-y-dans-les-lexiques-du-tseu.html) le seul fait, dans le lexique, de le placer dans l'ordre alphabétique sous les mots en L va interpeller le lecteur qui va nécessairement devoir prononcer [j] ce double l. Pour peu qu'un petit renvoi rappelle de temps à autre qu'un double l suivant une consonne se prononce "ye", en peu de temps tous les amoureux du Tseu auront adopté cette graphie simplissime.

 

 

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