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Le pays du Tseu

Un cardzot en Brionnais

11 Novembre 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Ateliers

Un cardzot en Brionnais

Pour la troisième fois cette année, l'Atelier de Patois de Sivignon s'est déplacé. Nous étions sept à nous rendre à Marcigny, dans la maison de retraite, à la demande de l'animatrice de cet établissement.

Quarante pensionnaires nous attendaient et malgré quelques problèmes techniques nous avons pu mener à bien ce cardzot pas comme les autres. Parmi les spectateurs quelques patoisants du Brionnais nous ont régalé de leurs histoires, tantôt en patois, tantôt en français et bien souvent aussi dans un français mâtiné de patois.

Nous avons pu relever quelques récits et autres paroles de chansons, en voici quelques uns :

 

La bonne mère en rtâ

 

Y'avot eune bonne mère là-bas vés nos, alle s'ameune un sa, en rtâ. Dz'li ai dit : "cment don qu'y s'fait qu'vos ééites en rtâ, la mère ?"

- "Ah, dz'ai pas pouyu vni pllus tôt, y'avot un cotson qu'étot parti, dz'l'ai corri après, dz'ai tseu, dz'me sus tot écalé la gueule épi me vlà ! Mâs, en attendant, y'est ma qu'a pris, l'cotson ô corre bié, ôl a point d'mau épi y'est ma qu'a pris l'mau !"

 

La tsanson des treuffes

 

Voilà des paroles bien mystérieuses. Quelle est la part de l'oubli dans ces dialogues ? Nous ne le saurons sans doute jamais.

 

L'matin, l'propriétaire s'réveuille épi ô dit :

- Nos vans pllanter des treuffes !

- Ah, quoî don qu't'les mets ?

- Ah bah, dz'en mets là-bas, au Cardze,

pis dz'en vas mette un bout, un chti bout,

à côté là-bas, à côté d'Dzou là-bas,

p'en arratser des précoces, d'bonne heure !

- Ah bon.

Nos vlà partis. Tot par un cop, ô dit :

- Acoute don, bah, y'en avot pllus d'treuffes,

dz'ai pllus qu'trouwé des dzarnons ;

y'avot pllus qu'les dzarnons,

les treuffes étint totes parties.

Y'avot pllus qu'les dzarnons,

dz'en a bin emporté eune pognée,

mâs y fait pas pareil.

- Dz'les ans bin mis en terre

mâs y'en a pas sorti.

Y'a tot été foutu !

Y fait qu'ma dzornée a été foutue arri !

 

 

 

 

L'épantsou ou la découverte des mots d'ailleurs.

 

Mon patron m'a dit : "audzord'heu t'vas aller vés ma feuille, à Baugy, t'travailleras là-bas la dzornée épi te t'renvindras coutsi l'sa". Me vlà parti. Dz'arrive là-bas :

- Qui qu'i faut faire audzord'heu ?

Alle me rgarde, dz'dis :

Qui don qu'i faut faire ? Ah bin, alle sawot pas bié quoi dire. Qui don qu'vos volez ? Is m'ant parlé d'rouler du feumi.

Ah oui, y'en a bin un bon tas à rouler !

Oui, eh bin, où qu'est don la fourtse ?

Alle me rgarde, alle dit :

- La fourtse, mais dz'en ai point d'fourtse !

Vos ez point d'fourtse ? Cment...cment vos cueurez ?

Ah bin, dz'ai l'épantsou !

- L'épantsou ? Qui qu'y est don qu'l'épantsou ?

Ah bin, y'est un app...y'est bin cment eune fourtse, mais y'a sept-huit dents épi y'est...nos s'en sert p'les galets arri.

Ah (dz'ai dit), y'est çan l'épantsou !

Des mots d'là-bas, dz'en ai bin eu appris dans la smaine !

 

 

Ce souvenir ancien est un bon exemple pour illustrer la façon dont les mots ont voyagé autrefois. Ce terme d'épantsou, de facture franco-provençal, vient tout droit du verbe épandre. Pour l'instant je n'en ai pas trouvé trace ailleurs que dans le Forez (le verbe épantsa, épandre) et la mémoire de ce nonagénaire de Marcigny.

 

Un cardzot en Brionnais

Une petit enquête m'a permis de relever les différents termes servant à désigner cette fourche dotée de 7 à 9 dents. Je citerai : la trin, la triandine, la fortse triantine, la pelle à grille. Vous remarquerez sur la photo illustrant cet article que les dents "extérieures" de la fourche triandine (celle située tout à fait à gauche et celle située tout à fait à droite) sont décalées par rapport aux dents "intérieures" (les dents centrales) afin d'empêcher le contenu de la "fourchée" de tomber sur les côtés. Les 9 dents partent et arrivent parallèlement mais ont toutes, deux par deux, de part et d'autre de la dent centrale une courbure différente : y'étot d'la belle ôvrâdze de martsau !

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L'Eric 11/11/2014 16:57

Quelle bonne idée ce cardzot itinérant! J'espère que cette heureuse initiative ouvrira la voie à d'autres expéditions du même genre. Mais on se rend aussi compte, en voyant la photo de la réunion, qu'il devient urgent de recueillir les témoignages sur le vieux parler.

L'Eric 11/11/2014 20:40

Tu sais bien que je ne demanderais pas mieux si j'étais sur place...

Olivier de Vaux 11/11/2014 17:43

Je voudrais bien que d'autres s'y mettent, il y a beaucoup à faire, et vite !

le m'tse 11/11/2014 11:11

L'épantsou de la région de Matour s'appelle la "fortse à piârres" (comme pour les galets). Dans le petit texte, elle semble employée pour "fromodzi" (enlever le fumier), ce qui ne doit pas être très pratique. Il existait aussi la "fortse à treufes", la même que la "fortse à piârres". Mais avec les "pues" (les dents) bien arrondies à l'extrémité pour éviter de blesser les patates.

Olivier de Vaux 11/11/2014 12:22

Y'est vrai qu'y dvot pas ééite aiji d'fromodzi dave eùn épantsou, l'croc à fmî allot bin meux !