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Le pays du Tseu

Les mots commençant par Y dans les lexiques du Tseu

7 Octobre 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Graphie

Les mots commençant par Y dans les lexiques du Tseu

L'examen du contenu des différents lexiques du Tseu relatif à la lettre Y fait ressortir trois catégories de mots : ceux qui, en français commencent par L, ceux qui, en français, commencent par GL et puis quelques autres pour lesquels rien n'est très évident. La liste qui suit est donc scindée en trois pour bien distinguer ces différentes catégories de mots.

Les "L"

 

Yambote, ou yampote n.m. (de lente de bois). Tique.

Yamonou adj. (de limonem, le limon) Gélatineux.

Yâme, yâmou, yâmont adv. Là-bas (en amont).

yâmònhaut adv. Là-bas en haut.

yâmònhaut-la-cheume loc. adv. Tout là-haut à la cîme.

Yande n.f. Lente de pou.

Yañne n.f. (du gaulois liga, qui a donné la lie). Moins employé que moille, ce mot désigne une étendue boueuse.

Yâtrer v. Corriger en frappant (avec une tige servant de lien, le llien ou yien).

yâvau loc.adv. Là-bas en bas (en aval).

Yer, yi v. Lier.

Yessi n.m. Eau de lessive, lessive.

Yet ou yit n.m. Lit.

Yétîre n.f. Litière.

Yeuse n.f. Lieuse.

Yeu pron. Le leur.

Yeu adj. poss. Leur.

Yeumèce ou yeumace n.f. Limace. Mario Rossi a relevé la forme yeum'ssoure à St.-Julien-de-Civry au XIXe s.

Yeumîre n.f. Lumière.

Yeumon n.m. Limon des eaux stagnantes.

Yèsse, yeusse n.f. Liasse, fagot.

Yèsson, yeusson n.m. Petite liasse, petit fagot.

Yève, yéve n.m. Lièvre.

Yin n.m. Lien.

Yissi v. Lisser. Ô s'yissot les tsveux davo eune pommade que chintot pas bon.

Yoñnais, -aise adj. Lyonnais, -aise. Dz'aiñme maîs licher à mòn aise qu'embrèchi la pyus belle yoñnaise..

Yoter v. Lutter, tordre, tuer.

Youre, lioure, làyoure n.f. Lanière servant à attacher le joug aux cornes des boeufs ou encore à relier les deux parties du fléau.

 

Il serait intéressant d'adopter le double L initial pour écrire ces mots afin de les rendre plus aisément compréhensibles. Cela donnerait :

 

Llambote, ou llampote n.m. (de lente de bois). Tique.

Llamonou adj. (de limonem, le limon) Gélatineux.

Llâme, llâmou, llâmont adv. Là-bas (en amont).

Llâmònhaut adv. Là-bas en haut.

Llâmònhaut-la-cheume loc. adv. Tout là-haut à la cîme.

Llande n.f. Lente de pou.

Llañne n.f. (du gaulois liga, qui a donné la lie). Moins employé que moille, ce mot désigne une étendue boueuse.

Llâtrer v. Corriger en frappant (avec une tige servant de lien, le llien ou yien).

Llâvau loc.adv. Là-bas en bas (en aval).

Ller, lli v. Lier.

Llessi n.m. Eau de lessive, lessive.

Llet ou llit n.m. Lit.

Lltîre n.f. Litière.

Llieuse n.f. Lieuse.

Lleu pron. Le leur.

Lleu adj. poss. Leur.

Lleumèce ou lleumace n.f. Limace. Mario Rossi a relevé la forme yeum'ssoure à St.-Julien-de-Civry au XIXe s.

Llmîre n.f. Lumière.

Lleumon n.m. Limon des eaux stagnantes.

Llièsse, llieusse n.f. Liasse, fagot.

Llièsson, llieusson n.m. Petite liasse, petit fagot.

Lliève, lliéve n.m. Lièvre.

Llien n.m. Lien.

Llissi v. Lisser. Ô s'llissot les tsveux davo eune pommade que chintot pas bon.

Lloñnais, -aise adj. Lyonnais, -aise. Dz'aiñme maîs licher à mòn aise qu'embrèchi la pllus belle lloñnaise..

Lloter v. Lutter, tordre, tuer.

Llioure, lioure, làyoure n.f. Lanière servant à attacher le joug aux cornes des boeufs ou encore à relier les deux parties du fléau.

 

Les "GL"

 

Yand n.m. Gland.

Yèce n.f. Glace.

Yècire n.f. Glacière.

Yèçon, yeuçon n.m. Glaçon.

Yeune, yène, yone n.f. Gerbe de céréales.

Yèneu, -euse n. 1. Glaneur, glaneuse. 2. Fig. Flâneur, promeneur.

Yeuner v. Glaner. (anc. fr. du XIIIe s. glener).

Yon n.m. Lien.

 

Pour ces mots, deux solutions sont envisageables : remplacer le "Y" initial par "gll" ou occulter le "G" qui ne s'entend quasiment pas et commencer le mot par "ll".

Ainsi nous aurions :

yand > glland ou lland

yèce > gllèce ou llèce

yècire > gllècire ou llècire

yèçon > gllèçon ou llèçon

yeune > glleune ou lleune

yèneu > gllèneu ou llèneu

yeuner > glleuner ou lleuner

yon > gllon ou llon

 

Le choix n'est pas évident pour tout le monde, d'autant plus qu'il devrait être en harmonie avec la graphie retenue pour les mots dans lesquels le "gl" n'est pas initial tels que égllise, sangllî, règlle, etc.

 

Les autres mots, pour lesquels la prononciation ou l'étymologie ne permettent pas d'effectuer un choix évident.

Tout d'abord, examinons les mots où le Y résulte d'une contraction de CL.

 

Yapet n. (de clapet) Personne qui n'arrête pas de parler. Ch'tu-là, y'est un yapet !

Yappe n.f. 1.Gifle. (Voir yapper). 2. Bardane, gratteron ou seulement leurs capitules, appelées aussi copiaux. Voir ce mot.

Yapper v. 1. Gifler. (de clapper : produire un bruit sec avec la langue, faire entendre un bruit sec. Au XIIIe s. ce verbe signifiait frapper). 2. Piaffer.

Yappi n.m. Variante brionnaise de yappe.

yaquer v. (de claquer) Lancer violemment. D'achtôt qu'sa tseunne a éju fait ses ptchets ô les a yaqués conte eune grosse piârre du meur.

Yaude, Glaude n. Claude. Idem pour Yaudus, Yaudine.

 

Là encore deux solutions sont envisageables, remplacer le Y initial par "cll" ou occulter le "C" qui s'entend un peu et commencer le mot par "ll". Mais on peut aussi conserver une graphie en "Y". On verra que certains mots en "cl" tels que le clou s'écrivent et se prononcent cllou ou kiou ou encore çhiou, le maintien du c initial serait peut-être une bonne chose, laissant au locuteur une bonne latitude de prononciation.

 

Restent quelques rares mots dont le "y" initial semble justifié.

 

Yeu n.m. Oeil (on dit eùn yeu ou un yeu et deux/yeux). Ôl a eùn yeu qu'est pus ptchet qu'l'aûte. Ses deux/yeux brillint cment les étoîles. Viri d'yeu loc. Tourner de l'oeil. T'vas pas viri d'yeu, nom de Dieu !

Yo, you n.m. Petit sureau, connu sous le nom de hièble ou de yèble.

Yeuquer v. Faire un hoquet après avoir bu quelque chose. Ce verbe, employé dans la zone nord du Tseu, est à rapprocher d'ayeuter et de yeutsi.

Yeûter v. (variante de àyeûter, du lat. ab-jectare)Vomir, roter, éructer.

yeutsi v. (p.ê. du bourg. leutot, luette, pomme d'Adam) Avoir des renvois, vomir. Voir ayeuter, débagouler, rnauder. Ce verbe est surtout employé dans le nord du Tseu.

 

 

Pour avoir un aperçu des avantages et des inconvénients des différentes graphies j'ai rédigé quelques phrases avec la graphie en "Y" et avec la graphie en "LL".

 

L'Yaude a tué un sañyî yamonhaut ; ôl 'tot pyein d'yambotes ! - L'Yaude ? - Non, l'sañyî !

L'Gllaude a tué un sangllî llamonhaut ; ôl 'tot pllein d'llambotes. - L'Gllaude ? -Non, l'sangllî !

 

Le chtit yapet d'la Guyaudine arrétot pas d'yeutsi, dz'l'ai yappé, y l'a rmis en pyèce.

Le chtit cllapet d'la Gllaudine arrétot pas d'yeutsi, dz'l'ai cllappé, y l'a rmis en pllèce.

 

Aprés doux-quate canons l'Mile vòyot doubye, troubye arri ; ô s'est coutsi sos la tabye.

Aprés doux-quate canons l'Mile vòyot doublle, troublle arri ; ô s'est coutsi sos la tablle.

 

Y a un peupyi qu'a tseu sus l'kiotsi d'l'éyise.

Y a un peuplli qu'a tseu sus l'cllotsi d'l'égllise.

 

Les cardzoteux présents ont tous préféré la seconde graphie. Or, dans ces phrases les L mouillés étaient placés non seulement au début mais à l'intérieur ou la fin des mots ce qui m'incite à dire que l'écriture naturelle du L mouillé consiste bien dans son simple doublement.

 

 

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L'Eric 12/10/2014 16:35

La graphie n'est pas le moindre problème que nous devons résoudre si nous voulons transmettre le souvenir du parler "Tseu" aux générations à venir.
Le double l pour marquer un i mouillé me semble surtout utile pour écrire les mots ayant une finale correspondant au français ble ou ple, par exemple "la traublle"(la table) ou "le peuplle" (le peuplier). On pourrait peut-être aussi s'inspirer d'autres graphies romanes et écrire respectivement "traublhe" ou "peuplhe"...
Dans une autre position le doublement du l peut être problématique si on lui assigne toujours cette prononciation. Ainsi le pronom "alle" (elle) devrait s'écrire "ale" pour être sûr d'éviter toute erreur de prononciation.

L'Eric 12/10/2014 22:59

D'accord, au moins comme ça c'est clair.

Olivier de Vaux 12/10/2014 20:28

D'une manière générale nous utilisons les codes d'écriture du français pour le patois sauf quelques rarissimes exceptions. Alle se prononce comme n'importe quel autre mot français en -alle. Il en va de même pour les mots en -olle et en -ulle. Pour que le double L soit prononcé, en tseu, comme un L mouillé il faut qu'il soit placé entre un i et une autre voyelle, comme en français (-aille, -eille, -euille, -ouille, etc.) ou qu'il soit initial (llambote, llien) ou encore qu'il soit placé entre une consonne et une voyelle (égllise, bllintse, doublle, etc.), ces deux règles étant spécifiques au tseu. Donc il s'agit d'une généralisation limitée à ces deux dernières situations. En résumé : principe général, en présence d'un double L on prononce le mot patois comme en français sauf lorsque ce double L est initial ou lorsqu'il suit une consonne.

L'Eric 12/10/2014 19:08

Très bien; mais alors quid d'un mot comme alle? Ce n'est pas un mot français et, par conséquent, il ne suit pas automatiquement les règles d'orthographe de notre langue nationale. Alors quelle orthographe suggères-tu pour respecter la généralisation de la prononciation [j] pour le double L ? A mon avis, la seule solution cohérente est de renoncer au double L pour ce mot et écrire "ale".
Qu'en penses-tu?

Olivier de Vaux 12/10/2014 17:17

Dans les mots français le L n'est doublé qu'entre des voyelles et jamais entre consonne et voyelle ou en début de mot. C'est le i qui le précède qui entraîne la prononciation [j]. En proposant d'utiliser un double L tseu se prononçant [j] en l'absence de i je propose une règle spécifique au tseu. Ce qui m'incite à continuer dans cette voie c'est l'immédiate compréhension que j'ai rencontrée chez mes lecteurs. Bien entendu, l'emploi du i ou du y est tout à fait possible, je lui reproche seulement de déguiser le mot. En outre en ne retenant qu'une seule graphie du L mouillé, on simplifierait l'orthographe.