Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le pays du Tseu

A force d'osciller entre les é longs et les é courts, j'ai la nausée.

4 Novembre 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Graphie

A force d'osciller entre les é longs et les é courts, j'ai la nausée.

Le Professeur Mario Rossi explique dans son dictionnaire étymologique que

la voyelle é est allongée (sauf bien entendu dans les articles et les possessifs), on dit que é est une voyelle longue. Cet allongement provoque ce qu'on appelle une diphtongaison, ce qui signifie que é est composée en fait de deux voyelles qu'on entend très nettement, comme si on avait é suivie de i (cette deuxième voyelle est en fait à peine esquissée) : déblâtré est en réalité prononcé déblâtréi, la féte est prononcé la féite. Cette prononciation diphtonguée est très archaïque, on la rencontre encore fréquemment en Brionnais et avec une grande régularité...en français canadien.

 

Cette notation de la voyelle diphtonguée éi par un simple é s'avère problématique à un double titre :

- d'abord, elle exige du lecteur une connaissance préalable de la prononciation de ce é du Tseu,

- ensuite, elle oblige à utiliser le è à la place du é pour les é courts qui ne sont pas rares, ce qui nécessite également un apprentissage,

- enfin, elle s'avère, à l'usage, impossible à maintenir, le naturel revenant au galop. D'ailleurs tous les lexiques, y compris celui de Mario Rossi sont truffés de é qui sont courts, ne serait-ce que pour les mots commençant par la lettre e.

 

Il me semble donc nécessaire de revoir ma copie et d'abandonner la solution graphique retenue jusqu'à présent, source de trop nombreuses confusions pour les non initiés. (Merci aux comédiens de Yéyette de m'avoir mis le nez sur ces é longs).

 

Voyons maintenant quelle solution de rechange pourrait être envisagée.

 

On peut noter le é long et diphtongué de différentes manières, en plaçant le i en exposant ou en réduisant sa taille par rapport au é le précédant. L'exposant est techniquement peu évident à mettre en application, il faut l'abandonner, reste alors la réduction de taille. Ainsi pour inciter le lecteur à prononcer correctement le mot bête on peut l'écrireite, voire éite, ce qui n'est pas très rapide sur un clavier.

On peut aussi envisager de conserver la même taille de police pour les deux ou trois voyelles : béite ou bééite.

Il reste encore une solution, qui n'a pas le mérite de l'évidence mais qui peut se justifier par l'originalité de cette diphtongaison : la création d'une voyelle spécifique. Il se trouve qu'une solution simple est à notre disposition, le ë. En effet le tréma ne surmonte le e que dans deux ou trois mots (ambiguë, aiguë, poële*, plus quelques noms propres comme Noël). Rien ne s'opposerait à ce que le Tseu s'enorgueillisse d'une nouvelle voyelle, bien à lui. On écrirait alors déblâtrë, la fëte, la bëte. En attendant une éventuelle prise de position de l'Académie du Tseu, je vais sagement me contenter d'écrire fééite, bééite, carrément avec deux é et ne pas toucher au é final dans des mots tels que déblâtré. Qu'en pensez-vous ?

* et encore, depuis 1990 on écrit ambigüe, aigüe ; quant à poële, il est remplacé par poêle, la place est donc libre pour un ë tseu.

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

le m'tse 08/11/2014 10:09

Je ne veux plus commenter les commentaires sur l'orthographe. Trop compliqué pour moi. Je laisse ce travail sans doute utile et nécessaire aux connaisseurs de la linguistique.

L'Eric 08/11/2014 11:49

Nous sommes bien d'accord. Quand Émile Violet recueillait les parlers du Mâconnais dans les années 30, il utilisait une graphie particulière pour chacun des patois, alors...

Olivier de Vaux 08/11/2014 10:55

T'a bin raijon, i vaut maîs écri des histoères obin encô des tsanchons !

L'Eric 07/11/2014 20:11

Tu as tout à fait raison de vouloir mettre en place une graphie qui rende compte de la prononciation et je crois qu'il faut continuer à travailler en ce sens.
Les amis du canton de Matour (en particulier treuvijauds) qui m'ont aidé, il y a une trentaine d' années, à collecter le vocabulaire de ces patois diphtonguaient les "é" longs, non seulement au milieu de certains mots mais aussi très régulièrement en finale (par exemple dans un mot comme la "breûsée). Mais il me semble qu'il existe, au moins localement, une petite différence entre les sons "é" de ces deux mots (l'un tendant vers un son "a" diphtongué et l'autre vers "ê" diphtongué.)
Alors, pourquoi ne pas accepter (au moins occasionnellement) une graphie qui distinguerait le son "é" de ces mots; ce qui donnerait par exemple: la "breûsaîe" et la "têîte" (pour la "tête")?
(Je crois malheureusement que le tréma, bien qu'il soit astucieux, risque d'être mal interprété.)

Olivier de Vaux 07/11/2014 21:30

Pour éviter la multiplication des graphies cherchant à reproduire les voyelles diphtonguées je crois qu'il faut distinguer les diphtongaisons fortes et les autres, parfois à peine esquissées. Seules les premières devraient faire l'objet d'une graphie spécifique afin d'inviter le lecteur à bien prononcer, pour les autres, ne soyons pas plus royalistes que le roi et laissons à chacun sa prononciation, plus ou moins correcte.
En ce qui concerne le tréma, je ne l'envisage pas en dehors de l'hypothèse bien improbable d'une "réunion au sommet des écrivants du Tseu" décidés à mettre au point une grammaire commune à notre zone linguistique.