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Le pays du Tseu

Les pronoms personnels

23 Septembre 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Grammaire

Les pronoms personnels

Nous distinguerons les pronoms personnels de conjugaison et les autres.

Examinons tout d'abord les pronoms personnels de conjugaison ; ils désignent une personne ou une chose et remplacent la (ou les) personne qui parle, la (ou les) personne à laquelle on parle, la (ou les) personne ou la chose dont on parle :

 

  • la personne qui parle (je) : dze. Exemple : dze tsante faux (je chante faux). Ce dze revêt très souvent une forme élidée : dz'. Contrairement à ce qui se passe en français cette élision n'est pas réservée aux cas où le dze précède une voyelle ou un h muet. Ainsi on écrira : dz'cras pas (je ne crois pas) et non dze cras pas. On peut même dire que l'élision est la règle et la non élision l'exception (avant ch, ts, dz).

 

  • ou les personnes qui parlent (nous) : nos. Exemple : nos ans bié mandzi (nous avons bien mangé). Le nos est encore assez souvent remplacé par le dze : dz'ans bié mandzi. Le choix du dze à la place du nos fait mieux ressortir l'importance du locuteur, il s'implique, se met en avant au lieu de se perdre dans l'anonymat du nos. En fait, le pronom personnel indéfini on du français n'existe pas en tseu, il est remplacé par le nos, d'où l'intérêt à redonner de la vigueur au dze à la 1ère personne du pluriel.

 

  • La personne à laquelle on parle (tu) : te. Exemple : te tsantes faux (tu chantes faux). Ce te suit les mêmes règles d'élision que le dze, on rencontrera beaucoup plus souvent des t' que des te.

 

  • Ou les personnes auxquelles on parle (vous) : vos. Exemple : vos ez bié tsanté (vous avez bien chanté).

 

  • La personne, la chose dont on parle (il, elle) : ôl, alle. Exemple : ôl a bié tsanté (il a bien chanté). Rappelons ici que ce pronom s'élide en ô lorsqu'il précède une consonne. Il est donc important de corriger la faute fréquente consistant à séparer le ô du l et à écrire "ô l'est" au lieu de "ôl est" ou "ô l'a" au lieu de "ôl a". Le choix de l'orthographe "alle" pour "elle", de préférence à "al" entre dans la démarche générale consistant à ne pas s'éloigner inutilement du français.

 

  • Ou les personnes, les choses dont on parle (ils, elles) : is. Exemple : is tsantant bié (ils - mais également elles - chantent bien). Pas de féminin, donc, on ne dira jamais "alles". A noter ici l'élision du s final lorsque le pronom is précède une voyelle ou un h muet : i'ant bié tsanté (ils ou elles ont bien chanté) ou encore i'habllant le ptchet (elles habillent le petit).

 

 

Voyons maintenant les autres pronoms personnels :

 

 

Me : me, identique au français, avec une fréquence de l'élision en m' plus grande : Ô m'va bié (il me va bien).

Moi : ma, à bien distinguer de ses homophones : Mas ô m'a dit qu'ma tseunne étôt pas à ma. Mais il m'a dit que ma chienne n'était pas à moi. Quatre MA dans cette phrase où l'on ne parle ni du mois (prononcé parfois mâs) ni du mât ni du mois de mars (mâs).

Te : te, identique au français, avec une fréquence de l'élision en t' plus grande : Dz'poux t'y dère (je peux te le dire). Ce t'y (te le) n'a rien à voir avec celui de "t'poux-t-y dère à ma sû de vni ?" (Peux-tu dire à ma soeur de venir ?). Cf. le § final de cet article.

Toi : ta, sans difficulté d'application : Dz'te pidre, mas ta arri ! Je t'espionne, mais toi aussi !

Le, la : le, la, identique au français, mais supplanté par les tournures de phrase intégrant un y : dz't'y dis ! Je te le dis !

Lui, elle : lu, li. Qui qu'y est qu'emboconne , y'est-ti lu ou y'est-ti li ? Qui est-ce qui sent mauvais, est-ce lui ou est-ce elle ? A noter ici que le patois du tseu est plus précis que le français puisqu'il fait la distinction, dans la phrase "Il ne lui veut pas de mal" selon que "lui" fait référence à un homme "Ô lu vout point d'mau" ou à une femme "Ô li vout point d'mau".

Se : sans changement hormis la fréquence de l'élision : s'. Y s'pourot bin. Ça se pourrait bien.

Soi : sa. D'un emploi peu courant. Quand nos a qu'des beurdineries à dère, nos les garde peur sa. Quand on n'a que des bêtises à dire, on les garde pour soi.

Eux : jeux. Y'est vés jeux qu'dz'ans dzué. C'est chez eux que nous avons joué.

Leur, leurs : leû, leûs, leûtés. Leu gârs apeu leûtés feuilles. Leur garçon et leurs filles. On trouve également un pluriel en leûs.

Y : y. Y'est-t-y eùn homme obin un sindze ? C'est-y un homme ou bien un singe ? Ne confondons pas le 1er y ayant valeur de ç et le second ayant valeur de il. Compte tenu de l'élargissement de l'emploi du "t-il" prononcé "ti" en tseu à un grand nombre de formules interrogatives il m'a paru plus judicieux de l'écrire -ti, en faisant ainsi une spécificité du tseu où son omniprésence tend à perdurer. Les formes exclamatives et les formes interrogatives auraient alors une seule graphie simplifiée.

Ainsi on écrirait avantageusement :

Dz'ai-ti éju des maux ! Comme j'ai peiné !

T'es-ti beurdin ! Que tu es donc bête !

T'es-ti vni ? Es-tu venu ?

Alle vout-ti tsanter l'Avé Maria ? Veut-elle chanter l'Avé Maria ?

Y va-ti ? Comment ça va ?

 

Mais en écrivant dz'ai-t-y, t'es-t-y, alle vout-t-y et y va-t-y on ne commettrait pas de faute, on adopterait l'orthographe française qui stigmatise le français populaire, qui fait ressortir - tout comme les apostrophes marquant les élisions ou les tirets qui coupent en deux nos mots imprononçables sans convention d'écriture spécifique - combien notre patois est un "mauvais français", un "français écorché". C'est contre cette tendance que je m'élève ; notre patois n'est ni plus ni moins que le français employé par la majorité de nos concitoyens jusqu'au début du XXème siècle, dans une région donnée. En ce qui nous concerne, au Pàys du Tseu, ce français se rattache aux langues d'oïl et plus spécialement au bourguignon tout en ayant conservé une forte imprégnation franco-provençale, dont la trace la plus spectaculaire réside dans le "tseu". Pour l'écrire, afin de mieux le transmettre, nous devons tout mettre en oeuvre de façon à ce qu'il affirme ses différences. La mise en place d'une grammaire stable et d'une graphie harmonisée me parait essentielle quand bien même elle apparaîtrait comme bien tardive aux yeux des derniers patoisants.

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le m'tse 24/09/2014 11:18

A propos du "on" et du "nos", j'ai toujours entendu ma grand-mère, dire : " quand nos parto en vendandze " en parlant du groupe de garçons et filles qui avaient l'habitude de partir en Beaujolais
chaque automne. "nos" = nous + on ??

Olivier de Vaux 24/09/2014 13:25

Quand dz'partos = quand je partais
Quand nos partot = quand on partait.
Quand nos partins = quand nous partions
Quand dz'partins = quand je partais (avec les autres)
Eh oui, c'est plus subtil qu'en français !