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Le pays du Tseu

La brotse à la Maria

27 Juin 2014 , Rédigé par michel lapalus Publié dans #Textes

La brotse à la Maria

Une histoire vieille comme le monde….La photo vient du recueil d'histoires publié par le groupe de patoisants du Haut Beaujolais " Les Amis du Dzordzes ". Le Haut Beaujolais a un patois pas très différent de celui du sud de la Saône et loire.

La brotse à la Maria

L'aiguille à tricoter de Marie

C’man tos les dzos, la Maria meune ses tseuves en tsan su les ts’mins. Y è pas dans son ch’tit sagné, d’rri la méjon qu’al pou les neûrri. Al a bin arri tras-quate polailles épi dous méres lapines, ma vé leuille, y é pas la vie des mocheûs !

Pe gagni quéques sous, la Maria brotse des tsausses p’les feunes du borg en gardant ses tseuvres.

Comme tous les jours, la Marie conduit ses chèvres à pâturer le long des chemins. Ce n’est pas dans son tout petit pré, derrière la maison, qu’elle peut les nourrir. Elle possède aussi quelques poules et deux lapines, mais chez elle, ce n’est pas le grand luxe !

Pour gagner un peu d’argent, la Marie tricote des bas et des chaussons pour les femmes des notables du bourg, tout en gardant ses chèvres.

« Aga don ! en v’là yun qu’faro meû de tsomé vé lu ». Y é l’martsan d’tseuves que s’ameune…

« Bié l’bondzo, la Maria, t’aro pas des cops un cabri à vende »

« Y a ni cabri, ni tseuve à vende, pi la bredzire enco mouan qu’le reste »

« Dz’t’en aro donné un bon prix, t’sé »

« Te r’ssimb-ye un gueuriaud, va don te r’lindzi ! »

« T’é bin c’man totes les feunes, te cratse pas su les hommes, habyis o pas habyis »

« Approtse pas viôu botse ! »

« Dze va bin t’aponde ; vin don que dz’t’apeuniaude… »

« Regarde ! en voilà un qui ferait mieux de rester chez lui ». C’est le marchand de chèvres qui arrive…

« Bonjour la Marie, est-ce que par hasard, tu n’aurais pas un chevreau à vendre »

« Il n’y a ni chevreau, ni chèvre à vendre et la bergère encore moins que le reste »

« Je vais t’en donner un bon prix, tu sais »

« Tu ressembles à un va nu-pied, vas donc t’habiller un peu mieux ! »

« Tu es bien comme toutes les femmes, tu ne craches pas sur les hommes, habillés ou non »

« N’approches pas vieux bouc ! »

« Je vais bien t’attraper ; viens là, que je te cajole….»

Le martsan d’tseuvre a fini p’se crampé à la biaude d'la Maria. Al cognésso pas meu la boxe qu’le judo, ma, y éto pas eune feune à tsomé les dous pids dans l’mîn-me sabot. Al a r’tiri eune des quate brotses de sa tsausse, pi al l’y a pianté dans la corgnoule !

L’homme a corri, corri… La Maria qu’avo pas latsi sa brotse, a r’pri les mailles de sa tsausse ; apeu al a tseufé ses tseuves « b’line…b’line »

Al a ran di à pressone…L’martsand d’tseuvres éto, vu qu’ol a dzamé pu r’cauzé… !!

La Maria a fé eune cotse à sa brotse…Al y tin à sa brotse…Nos en a pas yeune c’man san tos les dzos !!!

Le marchand de chèvres a fini par s'agripper aux vêtements de la Marie. Elle ne connaissait ni la boxe, ni le judo, mais ce n’était pas une femme à rester les deux pieds dans le même sabot. Elle a retiré une des quatre aiguilles à tricoter de son chausson et lui a planté dans la gorge !

L’homme a couru…couru…La Marie, qui n’avait pas lâché son aiguille, a repris les mailles de son chausson et elle a appelé ses chèvres : « b’line…b’line »

Elle n’a rien dit à personne…Le marchand de chèvres aussi, car lui, est resté muet pour la vie… !! La Marie a fait un repère sur son aiguille de bois ; elle y tient beaucoup…C’est sûr, qu’une histoire pareille ne s’oublie pas… !!

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le m'tse 29/06/2014 18:23

Y s'ro ti qu't'aro pou des feunes achteûre! T'y sé bin qu'y a pu guère de brotsouses! Ma arri, y a des feunes que brotsan pas épi qu'an eune brotse dans leu tsignon! Attenchon!!

Olivier de Vaux 29/06/2014 19:18

Dz'ai seurtot pou qu'y en aye pllus, des feunes ! Un monde sans feunes ! Renque des gârs, peurtot, peurtot ! Bon diou, y deurerot pas bié d'temps, un monde sans feunes !

Olivier de Vaux 29/06/2014 17:17

Dz'y savos bin qu'i fallot s'méfyi des brotseuses, is cmenchant p'te lanci des piques apeu is pòyant arri t'piqui des lances...dans la courgnôle !