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Le pays du Tseu

Les principales spécificités orthographiques du Tseu

3 Juin 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Graphie, #bourguignon

 

Dans un peu moins d'un mois se tiendront à Varennes-le-Grand, les 2èmes Rencontres des Patois et Langues de Bourgogne. Des ateliers de patois de toute la Bourgogne participeront à cette journée, dont le Cardzot de Seuvgnon qui se présentera en force avec une dizaine de participants.

 

Il est important que notre petite zone linguistique, Charolais-Brionnais et alentours dès lors que le "tse" s'y retrouve, puisse exposer ses spécificités orthographiques. Le texte qui suit est le fruit d'un long travail de réflexion sur la graphie, conduit pendant plusieurs années au sein de l'Atelier de Patois de Sivignon et sur le blog du Pàys du Tseu. Notre démarche n'est pas une démarche de linguistes ni de spécialistes de la langue, c'est celle d'auteurs soucieux d'employer la graphie qui, tout en restant au plus près de celle du français, respecte à la fois la prononciation des mots patois et leur étymologie. Ne nous leurrons pas, peu de patoisants se lanceront dans l'écriture mais nous espérons que beaucoup se mettront à lire des textes en patois, c'est pourquoi il s'avère essentiel que les auteurs fassent un réel effort afin de rendre leur graphie accessible à tous. La transmission du patois était essentiellement orale jusqu'à présent, mais les "patoisants première langue" sont de plus en plus rares, il faut que l'écrit prenne le relais afin que les jeunes générations puissent disposer, en plus de quelques documents sonores irremplaçables, de textes où les règles élémentaires de la grammaire soient respectées ; une écriture essentiellement phonétique est destructrice de la structure d'une langue et aboutit inévitablement à une bouillie absconse et intransmissible.

 

 

Il est évident que les deux piliers du Tseu que sont le tse et le dze ne peuvent et ne doivent pas être remis en question. Le chemin se dit tsmin et s'écrit de même, le jardin se dit dzardin et s'écrit de même. Ce sont donc les autres spécificités orthographiques du Tseu que nous allons examiner.


La nasalisation provençale

 

Pourquoi ennui et année en français ? On n'écrit pas en-nui en français, il n'y a pas de raison que l'on écrive an-née en tseu !

Le non "charcutage" des mots du Tseu est essentiel pour qu'il quitte son statut de patois : il faut éradiquer ces traits d'union qui dévalorisent notre langue.

Osons le tilde, comme les Bretons, une "boñne" fois pour toute. Un tilde placé sur un n aura pour effet, par convention, de créer une voyelle phonétique añ, iñ, oñ, aiñ, eiñ...qui permettra de prononcer correctement des mots tels que añnée, miñme, boñne aimie, Dzermaiñne, poueiñne...sans que l'on ait besoin de scinder ces mots en utilisant un tiret ou tout autre caractère venant dénaturer le mot et perturber l'ordre alphabétique.

 

Les élisions multiples : si l'on veut pouvoir écrire des poèmes en tseu (et même un simple texte en prose) sans qu'il y ait une bonne demie douzaine d'apostrophes par vers, il est indispensable de les supprimer à l'intérieur des mots. Que, dans le français populaire, on marque par une apostrophe les élisions pour bien faire ressortir qu'il s'agit d'un français écorché, je n'y vois pas d'inconvénient mais que l'on applique cette "règle typographique" au tseu me semble désobligeant. La BONNE prononciation du tseu n'a pas à être stigmatisée comme si elle était une MAUVAISE prononciation du français. Et lorsque le pàysan-bolandzi va rsi sa fareune, quand bien même le verbe tseu rsi viendrait tout droit du verbe français harasser, il est préférable de ne pas le doter de deux ou même d'une seule apostrophe (h'r'si, r'si) ; tout au plus pourrait-on l'orthographier avec un h initial (hrsi) si l'on avait la certitude de l'étymologie supposée ci-dessus.

 

L'écriture des différents "e" et la fixation de la valeur des accents. Les prises de position de Mario Rossi sur ce point sont assez claires, notamment sur le fait que le é du tseu doit être réservé aux é longs et diphtongués : ééi. Ainsi les "bêtes", prononcé bééites s'écrira bétes. Il en découle un emploi des autres accents légèrement différent, à savoir l'accent circonflexe doit correspondre à un é grave et long (peu courant) et l'accent grave doit se placer sur les é courts, en principe graves. Par ailleurs, toutes les fois où l'orthographe normale du son é permet une prononciation qui n'est pas totalement fautive, et dieu sait qu'il y a des nuances dans cette prononciation, il n'est pas souhaitable de dénaturer notre tseu : on verra donc cohabiter toutes les graphies possibles et on écrira : dz'ai (et non dz'é), y'est (et non y'é), tsanter (et non tsanté), la neit (et non la né), la vieile (et non la viéle), le mèpllî (et non le méplli), le feuneret (et non le feuneré)...

 

Les consonnes finales et l'absence de liaison : il faut bien faire ressortir le fait que l'on n'écrit pas certaines consonnes finales du tseu non pas parce qu'elles n'existent pas mais parce qu'elles ne doivent pas être prononcées dans la plupart des cas. Dès lors que l'on fait de l'absence de liaison la règle et des liaisons l'exception, il n'est pas nécessaire de systématiser la suppression de ces consonnes finales (traumatisante) ; on est obligé d'en supprimer quelques unes car elles seraient inévitablement prononcées (c'est le cas de la conjonction donc qui se prononce don et qu'il faut impérativement écrire ainsi). Dès lors il devient assez simple de prononcer correctement le tseu et on peut toujours, pour interdire certaines liaisons "contre nature", utiliser la barre oblique "/" en lieu et place d'espace entre les deux mots à bien séparer.

 

L'accent circonflexe sur le a, le i, le o et le u allonge la voyelle et "l'alourdit" ; d'une manière générale sa présence est le signe de la suppression d'une ou plusieurs lettres finales (finales en -ard : -â, finales en -ier : -î, finales en -ort : -ô, finales en -oeuf : û).

 

L'emploi du k : vaut-il mieux écrire "keuré" plutôt que "cueuré" (curé), "keure" plutôt que "cueure" (cuire), la "keurde" plutôt que la "cueurde" (courge), etc. Si l'on doit écrire "kîgni" (couiner) on apprécie cette consonne qui a le mérite d'éviter une graphie telle que "quigni", peu satisfaisante. En résumé, le k présente l'avantage de la simplification orthographique.

 

L'emploi du w : cette consonne s'avère bien moins dénaturante pour le mot que le "ou" de ouate pour écrire woiture ou woisin.

 

L'emploi de l'accent grave sur les voyelles : on sait qu'en français le tréma a pour but de forcer la prononciation distincte de deux voyelles placées côte à côte, que le positionnement du tréma sur la deuxième voyelle constitue le cas général et que des préconisations en sens contraire ont vu le jour pour faciliter la prononciation de mots tels qu'ambigüe (ambiguë jusqu'en 1990). Le tréma aurait fort bien pu, en Tseu, se placer sur des a, ou des y pour inciter à prononcer des mots tels que pàys : paÿs ; fòyer : foÿer. La solution de l'accent grave, placé sur la première voyelle à bien articuler séparément présente l'avantage de pouvoir être étendue aux voyelles isolées précédant une consonne dont on veut les désolidariser : ainsi on écrira mòn aiñmi (en français mon ami) sans mettre de e terminal à mon et en plaçant un accent grave sur le o. Ici on se trouve dans le cas d'une consonne finale (le n) qui appelle ou non la liaison : mon tsin, mòn aiñmi. Précisons toutefois que "mon", placé avant un mot commençant par une consonne est parfois prononcé "mo" (mo père). Les adjectifs possessifs mon, ton, son font partie de ces mots à géométrie variable dont la consonne finale disparaît (ou non) lorsqu'ils sont placés avant un mot commençant par une consonne et réapparaît mais en conservant l'indépendance de la voyelle "o" lorsqu'ils sont placés avant un mot commençant par une voyelle. On voit dans l'exemple ci-dessous tout l'intérêt de l'accent grave sur le o qui va inciter à pratiquer la liaison avec le mot suivant :

  • mo père, to père, so père,

  • mon tsin, ton tsin, son tsin,

  • mòn outil, tòn endzin, sòn ûjeau.

 

Le l mouillé : c'est assurément l'obstacle le plus fréquemment rencontré par celles et ceux qui écrivent en tseu. Etant donné que le double l n'existe pas en français il a été décrété qu'il n'existerait pas en tseu comme il peut exister dans d'autres langues. Pour le remplacer, que de contorsions :

Voici un tableau dans lequel figurent des mots du tseu dotés du double l suivis des orthographes adoptées ça et là.

 

On le rencontre en début de mot, précédé ou non d'une consonne.

Lliéve : iéve, yéve, yiéve

Glland : ian, iand, yan, yand

Llit ou llet : yit, yet

Bllanc : bian, bianc, byan, byanc

Cllou : kiou, kyou, quiou, çhou, çhiou

Gllaude : Guiaude, Yaude

Llien : ien, yen, yien

 

On le rencontre dans le corps d'un mot, précédé ou non d'une consonne.

Agllancî : àyancî

Déplleumé : dépieumé, dépyeumé

 

On le rencontre à la fin d'un mot, précédé ou non d'une consonne.

Sangllî : san-î, sanhî, sañyî

Traublle : traubye, traubieu

Soullier : souier, souyer, souyier

Peuplle : peupye

Coublli : coubi, coubyi, coubilli

 

Toutes ces graphies pourraient avantageusement être remplacées par la seule qui soit à la fois logique et non traumatisante pour le mot : celle dans laquelle on double le l lorsqu'il est mouillé (caractères gras ci-avant). Il resterait à donner à ce double l, par convention, valeur de y même en l'absence d'un i le précédant. Evidemment le lecteur reconnaîtrait immédiatement la plupart de ces mots qui perdraient de leur mystère, mais est-ce un mal si l'on veut que notre langue perdure ?  

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le m'tse 19/06/2014 09:54

Je viens au secours de Marie-Jeanne. Un exemple : si j'écris Tramblli au lieu de Trambyi, tout le monde va se demander, c'est qui, c'est quoi et me rire au nez. Pour la table, le mieux est d'écrire traubye, c'est vrai. Mais le problème est qu'il sera lu traubi La seule solution est le tiret en écrivant traub-ye, solution comprise par tout le monde; C'est ce qu'on cherche, il me semble.

L'Eric 19/06/2014 17:40

La question ne se pose pas de la même façon pour Trambyi, car cette graphie représente la prononciation de façon satisfaisante; ce n'est que pour les mots en -ble ou -ple (terminés par un e muet que le double l peut être une alternative à l'utilisation du tiret. Après, c'est plus une question de goût ou d'esthétique. L'essentiel, c'est qu'on se comprenne.
Marie-Jeanne ne doit pas se faire de souci, on ne l'enverra pas au coin avec le "bone de baude" si elle préfère écrire "traubye". !

L'Eric 04/06/2014 20:00

D'accord sur tout, ou presque.
Le double l me semble surtout justifié en fin de mot: "traublle" est plus proche de la prononciation de ce mot que "traubye" ou "traubieu", dès lors qu'on lui donne la valeur d'un "i mouillé". Dans le cas où le "i mouillé" se rencontre à l'intérieur d'un mot, voire en position initiale, je ne suis pas sûr que le double l soit aussi satisfaisant. Exemple "Yaude" ou "Llaude" ? "Souyé" ou soullé" ?
Ce sont les utilisateurs de la langue qui en décideront. La graphie d'une langue peut mettre assez longtemps avant de se stabiliser...
Alors, merci de ce bel effort de normalisation de la graphie, qui nous fait sans nul doute avancer dans le bon sens, tout en sachant rester ouvert aux solutions alternatives.

L'Eric 18/06/2014 16:55

Bien sûr, Marie-Jeanne, tu peux écrire "traubye"; cette graphie sera comprise et sa prononciation ne posera aucun problème à ceux qui connaissent déjà le patois. Mais qu'en est-il des gens qui pourraient s'intéresser à notre parler sans l'avoir jamais pratiqué? Et comment cette graphie pourrait-elle faire connaître la prononciation de ce mot lorsque plus personne ne parlera patois (d'ici quelques décennies au plus)?
"Traubye" pourrait alors être interprété comme la graphie d'un mot qui se serait jadis prononcé "traubi" ou "traubille". Alors, il n'y a que deux solution si nous voulons transmettre la prononciation correcte:
-charcuter le mot en séparant la finale "ye"du reste par un trait d'union; "traub-ye"
-ou convenir d'une graphie qui donne la valeur d'un i mouillé au double l dans les finales correspondant aux finales françaises ble ou ple: "traublle"
L'avantage de la 2ème solution est de maintenir le mot à sa place naturelle dans l'ordre alphabétique d'un lexique.

Marie-Jeanne 08/06/2014 16:22

Les pôvres utilisateurs s'en bié embarrassis avé tôt ch'tés mots . m'a dze dis eune traubye na !!
n'empétse atsi p'le travail fourni p'alimenter ct'u blog !!

Olivier de Vaux 04/06/2014 20:43

Bien d'accord avec toi pour le Yaude, ce n'est qu'avec une graphie conservant le G initial que le double l prend tout son sens : Gllaude ;il reste alors à prononcer en avalant plus ou moins ce G qui selon les locuteurs s'entend ou non. Pour le soullier, ce n'est pas évident non plus : seule l'évidence du mot orthographié ainsi plaide en la faveur de cette graphie incorrecte (il faudrait normalement écrire souillier). Comme tu le soulignes, ce sont les utilisateurs qui décideront, souhaitons seulement qu'ils fassent autant d'efforts que nous pour adopter une orthographe raisonnée.