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Le pays du Tseu

La vatse qu’avot fait cinq bòyons / La vache qui avait fait cinq veaux

6 Juin 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

La vatse qu’avot fait cinq bòyons / La vache qui avait fait cinq veaux

Quand y fallot pàyer son dû à son propriétaire, un feurmi qu’sapplot l’Dzean-Piarre arrivot toudze vé son maître quand y étot l’heûre de goûter. Quand ol étot tot su, le propriétaire lu diot toudze d’se sitter à sa traublle pe mandzi ensin apeu tabailli un ption su les bêtes o bin les tsamps.

Mas ç’tu cop-là, quand l’Dzean-Piarre étot vni, le propriétaire étot dza après mandzi daveu tras gros Môssieurs qu’étint d’ses aimis. Alors putôt qu’lu dère de s’siter vé jeux, o lu a dit de prende eune tsire apeu de s’siter déli tant qu’is arint fini d’mandzi ; qu’o s’occuperot de lu après.

Les quat’ marandous n’étint pas pressis, is mettint bié du temps pe mandzi, apeu l’pou Dzean-Piarre, cminçot à s’pensi qu’y étot bié long, seurtôt qu’ol avot ren dans la beuille. Ol avot crésu qu’o mandzrot daveu son propriétaire c’ment qu' y étot la coutume, si bié qu’ol avot ren mandzi ç’tu matin-là, pramou qu’o voulot pouyâ meû marander à midi.

Mas à ch’theûre, ol en avot prou de tsomer sité et o c’minçot meiñme à avâ mau u dri.

O crazot les tsambes, d’un coûté, apeu d’l’aute en r’virant su sa tsire, quand tôt p’un cop son propriétaire a r’sondzi à lu : o lu a dit :

_Hé bin, l’Dzean-Piarre, qui qu’y a d’noviau à la feurme ?

_Oh ren du tôt ; ah que si, tins : dz ai eune vatse qu’ a fait cinq viaux.

_Cinq viaux ! qu’is ant dit toté quat’. Cinq viaux ! Yé pas sovent qu’nous vàyans çan. Yé pas ordinaire ! Y faudrot y mett’ dans l’dzournau.

Is ant encô continué à causer d’çte vatse pas ordinaire, mas u bot d’un moment, le propriétaire à d’mandé :

« Mas diez-don, l’Dzean-Piarre, combin don qu’alle a d' biaux t’tons vote vatse ? »

_Oh bin, c’ment totes les autes vatses. Alle en a quat’.

_ Alors, c’ment qu' is fant votés cinq viaux p’se partadzi quat’ t’tons ?

_Bin dz’vas vous y dère ; y en a quat’ qu’ ant tsacun l’seiñne, apeu l’derri, o fait c’ment ma àch’teûre : o r’vire su son dri quand les quat’autes sant après goûter.

Adapté des "Contes de Panurge".

Jacques Roy, 1949

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Quand il lui fallait payer son dû à son propriétaire, un fermier qui s'appelait Jean-Pierre arrivait toujours chez son maître quand il était l'heure de déjeuner. Quand il était tout seul, le propriétaire lui disait toujours de s'asseoir à sa table pour manger ensemble et bavarder un petit peu au sujet des animaux de la ferme ou bien des cultures.

Mais cette fois-ci, quand Jean-Pierre était venu, le propriétaire était déjà en train de manger avec trois autres "messieurs" qui étaient de ses amis. Alors, plutôt que de lui dire de s’asseoir avec eux, il lui a dit de prendre une chaise et de s'asseoir à l'écart jusqu'à ce qu'ils aient fini de manger, qu'il s'occuperait de lui plus tard.

les quatre convives n'étaient pas pressés; il mettaient beaucoup de temps à manger et le pauvre jean-Pierre commençait à se dire que c'était bien long, d'autant plus qu'il n'avait rien dans le ventre. Il avait cru qu'il mangerait avec son propriétaire, comme c'était l'usage, si bien qu'il n'avait rien mangé ce matin-là, parce qu'il voulait pouvoir mieux manger à midi.

Mais à ce moment-là, il en avait assez de rester assis et commençait même à avoir mal au derrière.

Il croisait les jambes, d'un côté, et puis de l'autre en se retournant sur sa chaise, quand tout d'un coup son propriétaire lui a dit:

"Hé bien, Jean-Pierre, qu'est-ce qu'il y a de neuf à la ferme?"

"oh, rien du tout, ah si, tiens; j'ai une vache qui a fait cinq veaux."

"Cinq veaux !", qu'ils ont dit tous les quatre. "Cinq veaux ! c'est pas souvent qu'on voit ça. C'est pas habituel. Il faut le mettre dans le journal."

Ils ont continué à parler de cette vache atypique, mais au bout d'un moment le propriétaire a demandé:

"Mais, dites-donc, Jean-Pierre, combien a-t-elle de trayons votre vache?"

"Eh bien, comme toutes les autres vaches, elle en a quatre."

"Alors, comment font vos cinq veaux pour se partager cinq trayons?"

"Eh bien, je vais vous le dire: il y en a quatre qui ont chacun le sien, et puis le dernier, il fait comme moi à présent: il tourne sur son derrière pendant que les quatre autres sont en train de manger."

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Olivier de Vaux 24/06/2014 10:14

Tant que l'on reste dans l'univers du paysan d'avant guerre, pas de problème pour le patois. Maintenant, pouvons-nous, devons-nous, sortir de cet univers pour que vive le patois ? Voilà un débat que je compte bien lancer à Varennes-le-Grand.

L'Eric 25/06/2014 10:17

Le débat mérite assurément d'être lancé.
Néanmoins, notre patois, à la différence peut-être du parler ch'ti, pour prendre cet exemple, est difficilement dissociable de la vie à la campagne autrefois. Si on s'éloigne trop de l'univers rural, on risque de se retrouver à "patoiser", c'est à dire à donner aux mots du français une phonétique basée sur celle du patois. Ça peut aussi consister à inventer des néologismes (le "tseuffe-peurtôt" pour le téléphone portable, ou --mon préféré-- "l'feuron du diâbe" pour la télé).
Bref, la démarche, louable s'il en est, consistant à rendre possible l'utilisation du patois dans la vie courante de notre époque, ne sera sûrement pas simple à mettre en œuvre (ni à faire admettre...) Mais "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer"; alors comme on dit en patois British: "Good luck !"