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Le pays du Tseu

Va don me qu'ri eune seuille d'éille...

2 Mai 2014 , Rédigé par michel lapalus Publié dans #Cardzîre

Va don me qu'ri eune seuille d'éille...

Il a une drôle de gueule , mon puits. En retraite, depuis longtemps, ô s'é r'lindzi ( il s'est acheté des vêtements neufs ) et ô s'é offri un noviau tsapiau ( il s'est offert un nouveau chapeau ). Il faut bien reconnaître que cela lui va comme un d'vanti à eune vatse ( un tablier à une vache ). Pas trop de critiques tout de même ; il a bien travaillé pendant 5 ou 6 siècles et peut-être plus... jusqu'à l'arrivée de l'eau au robinet.

Va don me qu'ri eune seuille d'éille

_Va don me qu'ri eune seuille d'éille....

_Qui qu'te vou ? Eune seuille d'éille o bin un siau d'iau ?

Pour une bonne réponse, voici l'avis de Mario Rossi, page 183 de son dictionnaire des parlers brionnais (et un peu charolais).

« èdge : mot de même origine que les autres termes pour l'eau, utilisé dans le canton de Chaufailles et attesté en Mâconnais. Cette forme est une évolution parallèle à celle de èye. Elles supposent toutes les deux un point de départ commun aïga, que l'on trouve encore en Lyonnais-Forez et dont un avatar est fossilisé dans Iguerande. On retrouve en Bresse et en Lyonnais-Forez des formes apparentées ou identiques à èdge.

èye, éille : ce mot, comme tous les mots qui désignent l'eau, dérivent du latin àquam, l'eau. Ce mot du Charolais du sud, semble être le terme le plus ancien, puisqu'on le trouve fossilisé en composition dans le verbe èyeuyi, boucher grossièrement, par exemple à St Julien de Jonzy qui utilise aujourd'hui le mot iau pour l'eau. La forme èye recouvre le Mâconnais et descend jusqu'à Montmelard.

iau : ce mot, le plus répandu pour désigner l'eau, dérive d'une forme de langue d'oïl. Il recouvre le Brionnais-Charolais, la rive gauche de la Loire, le Bourbonnais, le Morvan et la Saône et Loire. En Bourgogne et au nord du département, c'est la forme qui domine. »

Encore un petit mot de Mario Rossi sur le nom de la commune d'Aigueperse (en patois Agu'parse ) limitrophe de Matour : « Aigueperse désigne des eaux qui s'écoulent en s'étalant... » Il existe un autre Aigueperse dans le Puy de Dôme, sans oublier Aigues-Mortes près de la Méditerranée.

Entre l'éille et l'iau, la réponse est toute simple. C'est que les patois sont un peu différents. Celà ne doit gêner en rien la compréhension entre les patoisants. Le français a de nombreux synonymes, pourquoi pas le patois ! Chacun apporte sa pierre à la reconstruction des parlers charolais-brionnais.

_ Un ch'tit canon achteûre ! P'eubyi l'éille pi l'iau.... !!

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Olivier de Vaux 04/05/2014 20:10

Histoire d'eau, d'iau ou d'eille, quand on a bu 3 ou 4 verres on voit bien que c'est pareil.

le m'tse 04/05/2014 10:02

Ce serait bien pratique d'adopter la ligne de partage des eaux pour différencier les patois!!
A Trambly, il me semble avoir toujours entendu la "seuille d'éille". Sur le lexique du patois de Matour, il n'y a que l'éille, mais aussi le "siau d'éille". I san bin d'arrandz'ment!!

L'Eric 03/05/2014 12:29

Une bien belle histoire d'eau ! Mais où, justement, se situe la "ligne de partages des eaux" (sur le plan dialectal dans ce cas) ?
Trivy se situe à la limite entre iau (à Trivy on dit , ou disait: eune seuille d'iau) et "èye" qui a été noté au hameau de la Saule sur la commune de La Chapelle-du-Mont-de-France et à Meulin, (qui fait aujourd'hui partie de Dompierre-les-Ormes).
La forme de langue d'oïl "iau" s'est imposée dans la région en se substituant à "èye", qui est une forme plus ancienne. "Eye" ne survit plus aujourd'hui que dans les patois les plus conservateurs, qui ont un petit peu mieux résisté que les autres à l'influence irrésistible du français.