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Le pays du Tseu

LA SERVE

16 Mai 2014 , Rédigé par Michel Lapalus Publié dans #Textes

LA SERVE

Il n’y a pas si longtemps encore (environ 100 ans) les petites sources guérisseuses étaient très fréquentées par la population locale. Sans doute aussi vieilles que l’humanité et après avoir supportées les différents propriétaires gaulois, romains, chrétiens, elles n’ont pu résister au déferlement du “progrès”. Il ne reste que les sources importantes où les malades vont en cures thermales. Mais même la simple eau de source de qualité sans nitrates et sans pesticides a plus que jamais la cote… ! Encore faut-il en trouver… ??

La sèrve

La source

Quéques piârres utor de l’éille ,eune ceupe d’alogni , yeune de p’lossi ; nos en aro pas donné quate sous de ste p’tiète sèrve. Pretan, quaziman teus les dzos , si y en avo du monde ! Epi que v’nin de louan ; des vious, des dzounes, des feunes, des hommes ; teus sté-là qu’vàyin pu guère chié.

Quelques pierres autour de l’eau, une touffe de noisetier et une autre de prunellier ; personne n’aurait eu l’idée d’acheter cette petite source. Pourtant presque tous les jours, les gens venaient de loin ; des vieux, des jeunes, des femmes, des hommes, tous ceux qui voulaient retrouver la vue.

Fallo s’adz’neuilli, s’pentsi su la sèrve, prende de l’éille davu les dous mains, apeu s’frotté les zieus sète cops. Al éto freude , freude c’man d’la yèsse. Cheur qu’y révio les quinquets ! Tot l’monde am’no sa boteuille p'en ren-m’né de st’éille guérissouze ; pe sa, p’la vazine, p’la cozine, p’tote la parenté.

Il fallait s’agenouiller, se pencher sur la source, prendre de l’eau avec les deux mains et se frotter sept fois les yeux. Cette eau glaciale ne manquait de secouer les paupières endormies. Chacun apportait sa bouteille pour emportait un peu de cette eau guérisseuse, pour lui bien sûr, mais aussi pour la voisine, la cousine et pour toute la famille.

Fallo pas s’renv’ni sans laissi tsère eune piârre biantse dans le ch’tit crot ! Pressone aro eubyi de dère atsi à la sèrve. Y é qu’y fallo pas l’a-n’ci la sèrve si nos volo r’vouâ chié un dzo !

Il ne fallait pas rentrer sans jeter une pierre blanche dans la petite mare. C’était le prix à payer pour remercier la source. Car on ne pouvait prendre le risque d’agacer la puissance mystérieuse cachée sous l’eau et perdre ainsi l’espoir de retrouver la vue.

Achteure , fini les piârres biantses, fini l’monde, fini la sèrve !! Un dzo, les beuldozeurs san v’ni apiani tot san. Eune fouère bié à l’acouée a pri sa pièce. Y é euvri teus les dzos, min-me des cops l’dimantse ! Nos y trove de tot, ma d’tot ! Min-me d’l’éille en boteuille o qu’y é marqué d’ssu : « Eau de source, la meilleure pour la santé » !

Maintenant, fini les pierres blanches, fini les gens qui venaient de loin, fini la petite source guérisseuse !! Un jour les bulldozers sont venus araser l’ensemble du terrain. Un hypermarché s’est construit en peu de temps. Il est ouvert tous les jours et même parfois le dimanche. On y trouve de tout, y compris de l’eau en bouteille avec une belle étiquette « Eau de source, la meilleure pour la santé »

Y s’en vend ; y s’en vend ! P’tète qu’y é l’éille de la sèrve !!! Nos diro qu’pu qu’y tsandze, pu qu’y é la min-me tsouze. Ma, audozdeu y é pas conte eune piârre biantse qu’te va ren-m’né ta boteuille !!!

La vente d’eau de source est en pleine expansion ; peut-être est-ce celle de la sèrve ! On dirait que plus ça change, plus c’est pareil. Mais, aujourd’hui ce n’est pas avec une pierre blanche que vous allez payer votre bouteille !!!

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le m'tse 18/05/2014 10:00

Réponse au 1er commentaire: je crois que tu vas demander bientôt la tenue des assemblées générales dans le Mâconnais. Dilé arri, i guérissan d'tot!

L'Eric 18/05/2014 11:20

Si tu veux mon avis, tout prétexte est bon pour aller faire un petit tour dans le Mâconnais...

Olivier de Vaux 17/05/2014 10:59

Çt'iau mirakeuleuse alle seurve bin à tot : dz'en cognais que s'lavant les dents dave li dans/un varre à pîd, dz'en cognais d'autes que dave la minme iau, se lavant les pîds dans/un varre à dents.

L'Eric 17/05/2014 08:23

A propos de source miraculeuse, y en arot don point eune que cratsrot du pinard, p'nous tsandzi un ption d'totes çtés boteuilles d'eille?