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Le pays du Tseu

Les tras Tsarolas ape l’pot d’motarde

9 Mai 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Les tras Tsarolas ape l’pot d’motarde

Ya bié des añnées d’çan, tras pàysans des environs étint allés à la fouère de Tsarolles p’y vende leu vatses et leu bòyons.

Leuz affaires avint bié martsi, is avint tot vendu. De cosse, is s’ sant dit qu’is pouyint bié aller cerner vé la « grande hôtel » çtu sâ-là.

La « grande hôtel » étot pyeiñne de môssieux qu’portint leuz habeuyments du dimantse ; notés pàysans se sitint bravement à couté d’eux.

Pendant qu’is mandzint leu goûter, is vàyint un d’ çtés môssieux que fàyot un ptiet breût dave son cutiau su eune fioule : « toc-toc-toc ».

« Voilà, j’arrive » a dit l’gâsson.

« Un pot de moutarde s’il vous plait » a d’mandé l’môssieu.

Notés tras pàysans n’avint ren perdu d’qui qu’s étot passi. Is savint point qui qu’y étot que dla motarde, mas c’ment qu’is vàyint qu’y étot seurvi dans un tot ptiet pot, is s’sant pensi qu’y étot seurment bié bon:

« Ma fi, nous en mandzrins bin étô. »

Alors, dach’tôt y en a un qu’a fait « toc-toc-toc » daveu son cutiau.

« Voilà, voilà. »

« Un pot de moutarde ! »

L’pot d’motarde étot vitment pousé su la traublle. Notés tras pàysans ant pris leu cutiau p’ coper l’pain ap ’fare des routies dave la motarde, qu’is ant mandzies sans ren dère.

Quand is s’étint envnis vé jeux, is étint c’ment des peutreuillats p' raconter la bônne marande qu’is avint ésu à la fouère de Tsarolles:

« Nous ans été dans la grande hôtel ; nous ans mandzi d’çan qu’les môssieux mandzant… Mon vioux, la geule en p’tot, les oreuilles en vioûnint, les zeux en creûssint. »

D’après Claude BRUN

Claude Brun, né à Uchizy le 13 décembre 1863, y est mort en janvier 1946. D’abord instituteur adjoint à Cluny, avant d’être titularisé, il fut par la suite nommé directeur d’école à Saint-Bonnet-de-Joux, où il prit sa retraite en 1923. Officier de l’Instruction Publique, grand chercheur d’archives, il a publié des ouvrages sur Les Blancs du Charolais et sur Les Prétendus Sarrazins d’Uchizy.

Traduction :

Les trois Charolais et le pot de moutarde

Il y a bien des années de ça, trois paysans des environs étaient allés à la foire de Charolles pour y vendre leurs vaches et leurs jeunes veaux. Leurs affaires avaient bien marché, ils avaient tout vendu. D’un coup, ils se sont dit qu’ils pouvaient bien aller dîner dans le grand hôtel ce soir-là.

Le grand hôtel était plein de messieurs qui portaient leurs habits du dimanche ; nos paysans se sont assis bravement à côté d’eux.

Pendant qu’ils mangeaient leur repas, ils voyaient l’un de ces messieurs qui faisait un petit bruit avec son couteau sur une bouteille : « toc-toc-toc .»

« Voilà, j’arrive » a dit le garçon.

« Un pot de moutarde, s’il vous plait », a demandé le monsieur.

Nos trois paysans n’avaient rien perdu de ce qui s’était passé. Ils ne savaient pas ce que c’était que de la moutarde, mais comme ils voyaient que c’était servi dans un tout petit pot, ils se sont dit que c’était sûrement très bon.

« Ma foi, on en mangerait bien aussi. »

Alors, aussitôt il y en a un qui a fait « toc-toc-toc » avec son couteau.

« Voilà, voilà. »

« Un pot de moutarde ! »

Le pot de moutarde était rapidement posé sur la table. Nos trois paysans ont pris leur couteau pour couper le pain et se faire des tartines avec la moutarde, qu’ils ont mangées sans rien dire.

Quand ils sont rentrés chez eux ils fanfaronnaient en racontant le bon repas qu’ils avaient fait à la foire de Charolles :

Nous sommes allés au grand hôtel ; nous avons mangé ce que mangent les bourgeois…

« Mon vieux, on en avait la gueule qui pétait, les oreilles qui bourdonnaient et les yeux qui craquaient. »

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le m'tse 11/05/2014 10:40

Je ne mets pas en doute cette histoire qui a bien dû arriver un jour ou l'autre. Si c'est une histoire que se raconte les gens du village, c'est bien. Mais l'histoire n'est jamais écrite par les paysans et artisans du coin, puisqu'ils ne savent pas écrire(surtout le patois!). Trop souvent, il y a derrière l'écrit le paysan inculte, ignorant, arriéré que les gens de bien souhaitent civiliser. Surtout Eric, ne prend pas cette critique pour toi!

L'Eric 11/05/2014 18:18

J'ai repris cette petite histoire sans prétention d'une anecdote relatée par un instituteur au tournant du 20ème siècle. C'est vrai qu'il se moque un peu des paysans de son temps. Néanmoins il a pris la peine d'écrire ce texte en patois charolais (alors même qu'il n'était pas vraiment originaire du coin). Cela montre au moins qu'il s'intéressait à leur parler, ce qui était loin d'être le cas de tous les "hussards noirs de la république"...

Olivier de Vaux 09/05/2014 18:36

Voilà qui aurait fait une belle séquence de cinoche : distribution : Villeret, Bourvil et Defunès.

L'Eric 10/05/2014 10:20

Ou encore Jean Carmet.... comme ça on aurait le générique de "La soupe aux choux".