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Le pays du Tseu

La vache dans tous ses états. Cardzot n° 61

15 Avril 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Ateliers

La vache dans tous ses états. Cardzot n° 61

Nos amis éleveurs sont tellement occupés par leurs bêtes qu'ils en oublient leur patois. Nous avons dû nous passer de leurs connaissances, mais peut-être interviendront-ils a posteriori, dans les commentaires ?

 

Voici une première liste, sans doute très incomplète, des mots relatifs à la vache, dans tous ses états. 

 

Le petit de la vache est un viau (veau ou velle) ou encore une vialle en Brionnais lorsqu'il s'agit d'une petite femelle. Le viau bardeau est un veau à la robe bicolore.

La dzeûnesse appelée également tourie, turie ou taurie (génisse ou taure) et le tsâtron (châtron) sont des bêtes déjà grandes. Le culâ (culard) qui va faire le régal des amateurs de viande de boeuf est également appelé mulot (mulotte pour une femelle).

Le teuriau (taureau) va s'occuper de la perpétuation de l'espèce et son infortuné camarade, le (le boeuf), va tirer les derniers attelages que l'on trouve encore ça et là grâce à l'action de quelques passionnés. Je vous invite à rendre visite au blog de Michel Nioulou et Laurent Billoux http://attelage.bovins.en.charollais.over-blog.fr/

 

La cabette est une vache dont les cornes sont orientées vers l'avant du museau ; on dit souvent que les cabettes sont les meilleures bêtes du troupeau. Il y a également des taureaux cabets.

La carcelle ou carçalle est une vieille vache qu'il est grand temps de réformer ; ce sera également le sort de la ribaude (vache stérile). En cas de naissance double avec mâle et femelle, la femelle est fréquemment stérile. Il ne semble pas qu'il y ait de rapport entre ce terme et le lait ribot des bretons (le babeurre).

Lorsqu'une vache est particulièrement maigre on la traite parfois d'héridelle en Brionnais, ce qui correspond au mauvais cheval efflanqué, l'haridelle, qui tire son nom du mot français du XVIe s. aridelle, squelette. C'est le terme d'ételle qui désigne une vache maigre en Charolais.

Lorsqu'elle est très vieille ou bien malade et qu'elle a des difficultés pour marcher on la traite de biganzine en Brionnais. Ce terme, au masculin ou au féminin qualifie également un vieil homme ou un vieille femme. En pays charolais on a le nom et l'adjectif bigandin, bigandine pour désigner un bovin qui boite, généralement en raison de sabots mal formés. Le verbe bigander, boiter est employé également : Ta vatse bigande d'la patte, faudrot lu râper les sabots.

 

Nous n'avons pas trouvé beaucoup de termes patois relatifs à l'anatomie de la vache, faute de spécialistes. Citons néanmoins :

  • les nasiaux, les naseaux,

  • les oraîlles, les oreilles,

  • les côrnes, les cornes,

  • le bafeûgnon ou meûgnon, le museau,

  • la corniaule et ses variantes corniaulon, cornioule, courniôle, la gorge, le cou, l'oesophage, le fanon,

  • le gueurmiau ou greûmiau ou grômiau, le fanon,

  • la posse ou le, le pis,

  • les ttons ou titis, les tétines,

  • la quoue, la queue,

  • la bourre, le poil d'hiver,

  • le pîd, le bas de la patte avec le sabot.

 

Mais que fait donc la vache lorsqu'elle ne broute pas ?

 

 

Âgni v. Donner son lait. Parfois elle est réticente et retient son lait, on lui donne alors un âgnon c'est-à-dire une gâterie, eune plleine main de grain ou une pastonade. En Brionnais c'est le mot loyon qui désigne cette gâterie.

Amoïlli v. Amouiller.

Bondner v. S'agiter, manifester un vif énervement, en parlant notamment d'un taureau. Ce verbe a plusieurs emplois, toujours pour signaler un bruit sourd (moteur, essaim d'abeilles).

Cavaler v. Chevaucher une autre bête. La vache chevauchante n'est pas en chaleur, contrairement à la vache chevauchée.

Convyi v. Passer le terme.

Côrnaïlli v. 1. Donner des coups de corne. 2. Regarder en coin en baissant la tête, pour une vache ou un taureau. A noter, dans la famille des côrnes, le côrnailleux, nom et adjectif qualifiant un individu sournois.

Corre la moutse loc. Courir, harcelée par les mouches. beutter, Drujner v. Courir, affolée, s'enfuir.

Cueurer les vatses loc. Cela consiste à nettoyer leur litière

Faire la ltîre loc. Cela consiste à étaler une litière propre sur le sol préalablement curé. On dit aussi, tout simplement : pailli.

Fromodzi  v. Sortir le fumier de l'écurie.

Lâtsi v. Lâcher, faire sortir de l'étable.

Pansi v. Nourrir.

Paquer  v. Contrôler le déplacement des vaches que l'on change de pré.

Peutefener l'hârbe v. Gaspiller l'herbe. Employé seul le verbe peutefener signifie crever, mourir.

Pitodzi v. Piétiner, ne pas tenir en place.

Rassarrer v. Regrouper. Ce verbe n'est plus guère employé que pour désigner l'action consistant à mettre le foin en endains.

Rdzimbi v. Regimber. On dit aussi qu'elle se rvarpe.

Rétraublli v. Rentrer à l'étable.

S'câssi v. S'apprêter à vèler. Lorsqu'une vache n'est plus qu'à quelques heures de la mise bas les deux tendons situés de part et d'autre de la base de la queue se relâchent complètement.

Tiri les vatses loc. Traire.

Tsoutner, choutner v. Renifler. Aga-don, l'Napoléion que tsoutne l'cul d'la Zézette, ô va la crôper d'ici çhtu sa !

Woulà les bûs, mner les bûs loc. Manifester le désir d'accouplement. La vache qui veut le taureau se laisse complaisamment chevaucher par ses congénères.

 

Les maladies, les parasites, les accidents

 

La llampote, ou loup d'bôs ou piou d'bôs désigne la tique ; on la retrouve avec les variantes kyampeute au Rousset ou yambote dans le Brionnais où l'on n'hésite pas à traiter de yambote un homme ventru.

Le tavin ou tavan (le taon) est un autre agresseur de la vache, tout à fait capable de la rendre folle lorsque le temps est orageux.

La moutse pllate, moutse catharine, moutse bezaiñne, n'est pas non plus une présence souhaitable dans les élevages. voir l'article du blog ci-après : http://www.patois-charolais-brionnais.org/2013/12/cardzot-d-seuvgnon-n-57.html

La cocotte : c'était le nom communément donné à la fièvre aphteuse, aujourd'hui éradiquée.

Pépré, ée : cet adjectif s'applique à un animal tuberculeux, et plus généralement à une bête qu'il faut abattre pour raisons sanitaires.

S'écailli  v. S'étaler par terre à la suite d'une glissade, d'un dérapage. Ce terme est en concurrence avec le verbe s'écartevaller, ayant le sens de s'écarteler, se retrouver avec les quatre pattes complètement écartées.

 

Proverbes et locutions où l'on se réfère à la vache :

 

Ôl a pris la vatse apeu l'viau. Il a épousé une femme qui avait déjà un enfant.

Y'est tot foutu, la vatse apeu l'viau. Tout va mal.

La vatse la peurmîre au pré leutse tote la roujée. Littéralement, elle lèche toute la rosée ; le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt.

Y t'va cment des beurtelles à eune vatse. Cela ne te va pas du tout.

Quand y toûne en mai les vatses ant du lait. Les pluies de printemps assurent une bonne pousse de l'herbe et par conséquent une bonne production de lait.

Alle est cment eune vatse au printemps ! Elle ne sait où donner de la tête, elle est très occupée.

Dz'boirai du lait le dzo qu'les vatses mandzrant du raijin. Je boirai du lait le jour où les vaches mangeront du raisin. (Phrase attribuée à Jean Gabin).

I faut flatter la vatse dvant que d'la tiri. Eh oui, la vache aussi est sensible à la flatterie.

Nos tire pas les vatses p'les côrnes ! Il ne faut pas s'y prendre n'importe comment.

 

Petite réflexion du Dzouzet d'la Brîre quant à l'évolution du statut de la vache et ses rapports avec l'éleveur.

 

Audzord'heu la vatse, y'est pllus eùn animau domestique, y'est miñme pllus eune béte, y'est eune eunité d'producchon !

Dz'en cognais qu'ant point de ptchet nom, ranque eun numéro. Nos leu doñne pllus d'la feûillie obin du foin en hivér, nos leu doñne d'l'hârbe ensilée, enrubannée, des tourteaux, des granulés, des farines quoî nos sait pas trop qui qu'y ddans. Y z'y ant miñme mis d'la viande, les pourres vatses sant dveni beurdines, y'a fallu en abatte plusieurs millons. Apeu, y'est qu'y est pas tot, nos leu cope les côrnes, nos cmenche à leu coper la quoue en Amérique, y sra d'achtôt l'tor des orailles... Un dzo vindra qu'la vatse y sra pllus qu'eune énôrme posse à lait ! Ah, pllus d'cop d'téte, d'cop d'quoue, d'cop d'pîd...mas alô... gare aux esplôjons !

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la nanou 10/05/2014 11:17

merci pour tout ce vocabulaire se rapportant à la vache.
un petit coup de blues malgré tout en lisant la réflexion du Dzouzet qui est si vraie.

le m'tse 15/04/2014 18:32

I fau pas eubyi dous mots : "fromodzi".... sortir le fumier de l'écurie et "paqué les vatses"....empêcher les vaches de prendre une mauvaise direction quand on les mène au pré.

Le Dsveux 15/04/2014 21:12

Y'est vrai ! Dz'vas compllèter, atsi bié !

Andiamo 15/04/2014 12:54

Ah la vache ! Quel bel article. Merci onc' Olivier.

jill bill 15/04/2014 08:33

Ah si même les agriculteurs, merci sieur Oliver, bonne semaine... JB

Olivier de Vaux 16/04/2014 07:49

Oh Jill le lien vers jill bill ne fonctionne plus !

L'Eric 15/04/2014 08:26

Ce bel article illustre bien la richesse du vocabulaire du Tseu dans les domaines relatifs à la vie des gens de la campagne autrefois. Le patois du Tseu est une langue avant tout rurale, en adéquation avec le mode de vie de ceux qui le parlaient.
Au fait, pour le fanon de la vache j'avais noté le "grômiau" (la "cornioule" désignant plutôt le gosier).

Olivier de Vaux 15/04/2014 09:10

Tu avais bien noté, le gueurmiau ou greumiau ou grômiau désigne bien le fanon, plus spécifiquement que la cornioûle qui désigne aussi bien le fanon que le cou, la gorge ou l'oesophage, bref un mot très "généraliste". Je corrige mon texte en ce sens.