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Le pays du Tseu

Nous n'en sommes pas loin, à vol d'oiseau !

18 Mars 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Textes

Nous  n'en sommes pas loin, à vol d'oiseau !

A l'Ouest du Pàys du Tseu nous pénétrons en territoire bourbonnais mais nous sommes bien loin d'être dépaysés par le patois de certains cantons tels que celui de Varennes, entre Saint-Pourçain et La Palisse ou encore celui de Lurcy-Lévis, si loin déjà, tout près de Nevers.

Examinons de plus près le patois du Canton de Varennes. Oh, surprise ! Comme il est proche des nôtres ! De la batsasse au vrepi en passant par la courgnoule, le dédzau, entremi, la feune, grouer, la nedze, l'onlle, le pertu, se rentourner, le sanhié, la trace, le tsin, la vatse...

Pour vous donner une idée de ce patois tel qu'il a été transcrit il y a un peu plus de 100 ans par Paul Duchon j'ai reproduit ci-après un texte, tiré de sa grammaire et dictionnaire du patois bourbonnais, et j'en ai fait la transcription en Tseu.

            L'Oïasse de Gayette

 

 

              L'Oyesse de Gayette

Vé le bourg de Montoudre, su un teurau qu'y a des boés d'un coutâ et des pra de l'aute, fôrts-tarrains et fôrts-tarrines, veïez-vous l'hôpital de Gayette ? Ou é bin-n-aisant a vère dret-là : lon que l'é, a semble un villadze. Ou é unhne retirance pre les vieux strôpias. Mais faudrun pas crère qu'al é étâ bâti à l'esqueprê pre deveni unhne boète à varmine. San unhne oïasse, a serun pas é pouvres. Ou essô un beau tsâquiau qu'unhne dâme bin ritse habitô.

Dans les vaissiyés, les sarvantes pouziant tous les dzours des pitsiés, des fourtsettes et des quillés en ardzent ; la dâme avô tzôzi les filles les pu hounêtes dou pays, et dzamais presoune les ère acorpées de voul.

Unhne de ieux z'aute enlevô unhne oïasse qu'un cheti gâ avô dégniâ dans les brantses dou tsâgne, lon qu'ou embredzô les maufesans. "Têh ! li avô dit cou gâ bin fûtâ, ou te pourterâ bounheûr". Et le li douni.

La sarvante enleva que l'oïasse ; li apprenô à causer. Le lendemain d'un appôrt, la dâme avisa ce que l'avô d'ardzentriun ; li manquô un quillé.

Le tretzi la gate qu'avô randzâ les vaissiyés : ou essô mêmement la sarvante à l'oïasse. Le la fait empougner et le la questioune : l'a beau dire qu'ou é pas se, le la condanhne et l'embredze au tsâgne des maufesans.

Le disi, en mourant, la paure sarvante : "Vela ce que m'a coutâ mon oïasse que devô me pourter bounheûr !".

Un an après, en répârant la couvârture dou tsâquiau, sou unhne tuile, le couvreû trouve le quillé predu. A cou moument, l'oïasse empourtô au même endrêt unhne pièce de mounaie que le venô de prendre. Le couvreû y dit à la dâme qui agour se tsagrine : "Paure sarvante qu'i ai fait meuri !", que le disi.

Deux anhnées pu tard, alle douni son tsâquiau et ses appartenances é pouvres de Varennes, de Montoudre, de Boucé, de Montaigu, de Rondzères, de Landzy, de Saint-Dserand, de Crétsy, de Sanssat et des alentours.

Velà ce que me disi Dzôzé, le vieu ancien meneû de loups qu'é môrt y a mais de soixante ans, et que le monde cause inquère.

 

Vés le borg de Montoudre, su un teûrau quoî y'a des bôs d'un coûté apeu des prés d'l'aute, fôrts-tarrains et fôrts-tarrines, vos wòyiz-ti l'hôpitau de Gayette ? Y'est bin aiji à woî drot-là : d'lavou qu' nos sans, y chimbe un vlâdze. Y'est eune "retirance" p'les vieux strôpias. Mas faudrot pas crâre qu'ôl a été bâti exeuprés pe devni eune boîte à varmine. Sans eune oyesse, ô srot pas és pauvres. Y'étot un biau tsâtiau qu'eune dame bié ritse habitot.

Dans les vaissllîs, les seurvantes posint tos les dzos des pitsets, des fortsettes apeu des cuillers en ardzent ; la dame avot tsoisi les feuilles les pllus honnêtes du pàys, apeu dzamais peurson les arot accusées de voul.

Y'en avot eune qu'attraudot eune oyesse qu'un chti gârs avot dénitsé dans les brintses du tsâgne quoî qu'nos embrintsot les maufesants. "Tins ! Lu avot dit ce gârs bié fûté, y t'portera boñnheûr". Apeu ô lu avot doñné.

La seurvante attrauda l'oyesse ; alle lu apprenot à causer. Le dzo d'aprés eune féte, la dame avisa c'qu'alle avot d'ardzentrie ; y lu manquot un cuilli.

Alle a treutsi la feuille qu'avot randzi les vaissllîs : y'étot la seurvante à l'oyesse. A l'a fait empogni apeu a l'a quechioñnée : alle avot biau dère qu'y étot pas li, a l'a condañnée apeu a l'a fait embrintsi au tsâgne des maufesants.

Alle djot, en meurant, la pourre seurvante : "Woilà c'qu'alle m'a coûté mòn oyesse que dvot m'porter boñnheur !"

L'añnée d'aprés, en rapsaudant l' couvert du tsâtiau, sos eune tcheule, le couvreû troue le cuilli peurdu. A ce moment l'oyesse emportot u méme endrot eune piéce de moñnaie qu'alle vnot d'prende. Le couvreû y dit à la dame que d'achtôt se tsagrine : "Pourre seurvante que dz'ai fait meuri !" qu'alle djot.

Deux añnées pllus târd, alle dounôt so tsâtiau apeu ses appartenances és poûres de Varennes, de Montoudre, de Boucé, de Montaigu, de Rondzères, de Landzy, de Saint-Dserand, de Crétsy, de Sanssat apeu d'alentôr.

Vlà c'que m'djot l'Dzouzé, l'vieux mneû d'loups qu'est mô y a maîs de soixante ans mas que l'monde cause enco.

 

 

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le m'tse 19/03/2014 10:25

Si on remonte dans le temps du patois, l'emploi du verbe avoir est bien supérieur à celui du verbe être( ôl a tsé, ôl a monté su le peurni, ôl a r'veni vés lu.....). Ce n'est pas un hasard; le paysan ou l'artisan n'existe que par ce qu'il fait. Faisant partie du clan familial, du hameau, du village, lui tout seul n'est finalement pas grand chose. La vie, la mort, sont des choses ordinaires; ce qui bien sûr n'est pas sans répercussion sur leur parler, donc sur noton patois. C'était juste la demi seconde philosophique....!!

Olivier de Vaux 19/03/2014 10:45

Question de point de vue ! On peut être sans avoir, mais on ne peut pas avoir sans être. Je me demande bien ce que penseraient les anciens de nos réflexions.

le m'tse 18/03/2014 21:01

Il me semble(je n'en suis pas très sûr)que "il est mort" pourrait mieux s'écrire "ôl a meûrri". Qu'en pensez-vous les spécialistes?

Olivier de Vaux 19/03/2014 08:35

Tout à fait d'accord avec ton analyse : ôl est mô exprime un état, ôl a meuri une "action". Le prénom de ton grand père, chez nous c'était Tochaint, je l'écrirai Toçhaint pour élargir la gamme des prononciations possibles.

L'Eric 18/03/2014 23:12

Pour ma part, étant plus amateur que spécialiste, je serais tenté d'accepter les deux formulations: "ol est mô" et "ol a meûri". A ceci près que "ol est mô" exprimerait à mon sens un fait coupé du contexte présent (on constate qu'il est mort, on relate plutôt le fait déjà avéré de son décès, alors que "ol a meûri" serait peut-être davantage associé à une référence temporelle ou ponctuelle: il est mort de telle maladie en telle année, par exemple.)
Bien sûr, ce ne sont qu'hypothèses et suppositions. Quel dommage de ne pas avoir une machine à remonter le temps. Je suis sûr que l' Père Tossaint Larotsette", mon grand père, aurait eu des tas de choses à nous apprendre.

Olivier de Vaux 18/03/2014 21:22

Il faudrait demander au trépassé ce qu'il en pense ; j'ai entendu et j'entends encore les deux formules : "ôl est mô(rt) d'un coup d'cosse". Ou "ôl a meuri sans faire de breut". Dans les deux cas ôl a pas rvivu aprés ! En cas de doute on peut toujours clamser, clanchi, peutefeuner, j'en passe et des meilleures.

L'Eric 18/03/2014 20:36

Une troisième version en français aurait sans doute été bienvenue pour inciter les non-patoisants à s'intéresser à ce que nous faisons...
A part ça le patois du canton de Varennes est globalement compréhensible par un locuteur du pays du tseu, au moins à la lecture.
Le Bourbonnais est situé à un carrefour linguistique entre la langue d'oïl, l'occitan( et sa variante du "Croissant") et le francoprovençal. Un certain nombre de ces patois sont des parlers de transition plus ou moins teintés de telle ou telle influence (ici on trouve les pra(t)s pour les prés ainsi que des participes passés se terminant en "a", sans parler de ts et dz en lieu et place de ch et j).
Ce mélange d'influences nord-sud ne rappelle-t-il pas un peu le pays du tseu?

Autre question: pour "l'òyesse", j'avais aussi relevé la variante "dzàyasse"; ça te dit quelque chose?

L'Eric 21/03/2014 19:59

Après avoir fait quelques recherches rapides dans différents lexiques et enquêtes, il semble que 2 formes coexistent dans nos contrées: "dzâ" et "dzàyâ" (ma vieille maman ex-treuvijaude de 89 printemps pense même avoir entendu "dzauyâ".) Ça pourrait peut-être faire l'objet d'un petit article sur les variantes pour un même mot, car ce qui reste du patois aujourd'hui est beaucoup plus hésitant qu'à l'époque où tout le monde le pratiquait quotidiennement. J'y travaille dès que je trouve le temps.
A suivre...

Auboeuf François de Treuvy 19/03/2014 21:19

Au bourg de Treuvy, y'étot ben aussi un dzaya
y'en en ptète peurdu un bout en allan au Ratset.

L'Eric 18/03/2014 20:54

C'est juste.
Pour le geai, à Trivy, j'ai noté le "dzâ" (Treuvijauds, copous d'mots...)

Olivier de Vaux 18/03/2014 20:44

Oui, c'est bien pour montrer la grande proximité entre ce patois et le Tseu que j'ai mis les deux versions côte à côte. Maintenant, le Canton de Varennes est tout à fait exceptionnel en Bourbonnais, partout ailleurs les orientations vers la langue d'oc ou la langue d'oïl sont nettement plus tranchées.
Le dzàya, c'est le geai à Sivignon. La pie porte parfois le nom de dzacasse, d'où la confusion possible.