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Le pays du Tseu

Le loup et le renard (version en patois de Germolles)

4 Mars 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Textes

Le loup et le renard (version en patois de Germolles)

J'ai trouvé, dans un ouvrage de 1887, dirigé par Léon Clédat et consacré à l'étude des patois, une version du "Loup et le Renard" recueillie par M. Combier et écrite selon le système de transcription mis au point par M. Clédat à la fin du XIXe s. Voici tout d'abord les premières phrases de ce conte, que j'ai saisies sur mon clavier puis, en pièce jointe la reproduction de la page sur laquelle figure la fin du conte.

Le Lou é le Rena                                               Le loup et le renard

Enne vòe le Lou é le Rena s'antandron             Une fois le loup et le renard s'entendirent

pe fére on viar de mòeti.                                    Pour faire un écobuage de moitié.

K'man su viar étô lwèn de...                               Comme cet écobuage était loin de...

 

Vous constaterez à quel point ce système de transcription éloigne inutilement ce patois du français et le rend difficilement compréhensible au commun des mortels alors qu'en adoptant une graphie plus familière aux français que nous sommes il serait facilement accessible à tous les gens du Tseu moyennant quelques renvois de bas de page pour expliquer quelques mots. Il faut bien se rendre à l'évidence, jamais au grand jamais l'écrit ne pourra rendre compte parfaitement de la prononciation propre à chaque région, chaque village, chaque individu ; soyons modestes, utilisons une orthographe accessible à tous, celle de notre langue, le français !

 

Enne vòe le Lou é le Rena s'antandron pe fére on viar de mòeti.

Eune foîs le Loup et le Renâ s'entendront pe faire un viar* de moèti. Voilà qui est plus lisible non ?

K'ment su viar étô lwèn de... 

Cment çu viar étot loin de...  Là encore, le k est inutile, de même que la virgule, le ç évoque mieux le démonstratif que le s pour écrire çu ; la conjugaison du verbe être peut conserver ses terminaisons françaises sans déchoir et lwèn me semble ridicule pour écrire loin autrement qu'avec l'orthographe du français.

*viar est traduit par écobuage, on devrait plutôt parler de jachère. Vous noterez l'emploi systématique du passé simple dans le récit et des termes qui semblent plus résulter d'une mise en patois que d'un patois authentique,(acutzi : accoucher ; dobledzi : obligé)  qui est inévitable dès lors que l'on veut raconter une histoire, aussi courte soit-elle avec un minimum de vocabulaire. 

Nous aurons l'occasion d'en reparler, la littérature a besoin de mots pour s'épanouir ; lorsqu'ils n'existent pas, il faut les forger en s'inspirant de ce que l'on connait déjà et le résultat n'est pas toujours heureux. Dès lors que nous voulons faire du Tseu une langue écrite nous acceptons qu'il ait sa littérature, donc nous acceptons d'élargir le champ lexical de nos patois ; ce choix est loin d'être accepté par tous les patoisants, or il est fondamental dans l'optique d'une transmission d'un patois vivant.

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le m'tse 05/03/2014 10:25

C'est vrai, ce patois, dit de Germolles me semble un peu bizarre. Il faudrait aller bien plus au sud pour trouver le passé simple.
"viar" pourrait ne pas signifier écobuage ou jachère, mais plutôt le nom d'un travail spécifique à une culture(piocher la vigne, butter les pommes de terre par exemple). Ce n'est qu'un avis.

L'Eric 05/03/2014 13:53

Peut-être ne devrions-nous pas seulement nous montrer attentifs à la géographie mais aussi à la chronologie.Ce document date de 1887 et c'est peut-être ce qui le rend plus particulièrement intéressant. Le patois a sans aucun doute évolué depuis cette époque, sous l'influence du français.
Les traces écrites d'un état de langue ancien du patois sont très rares. Qui se douterait aujourd'hui que les parlers mâconnais, qui présentent aujourd'hui toutes les caractéristiques de la langue d'oïl, étaient autrefois clairement francoprovençaux si François Fertiault n'avait pas réédité (en 1858) dans le même ouvrage les "Noëls Bourguignons" du dijonnais Bernard de La Lamonoye suivis des "Noëls Mâconnais" recueillis par l'Abbé Lhuillier (de Fuissé) et publiés pour la première fois par ses soins en 1720 (ce qui ne nous rajeunit pas) ?

Olivier de Vaux 05/03/2014 11:58

viar était un terme de patois "vivant" à Villefranche sur Saône à la fin du XIXe siècle ayant le sens général d'écobuage. Il viendrait d'un mot franco-provençal : le viairi,terrain mis en jachère.

Andiamo 04/03/2014 10:12

Toujours époustouflé par ton travail de recherche !

Olivier de Vaux 04/03/2014 11:32

Un peu trop maigre, hélas ! Je ne laboure pas en tant qu'adepte de la grelinette !

Andiamo 04/03/2014 11:13

Alors tu laboures ? Veinard j'espère qu'elle est belle ];-D

Olivier de Vaux 04/03/2014 10:47

Il va falloir que je me calme de ce côté là, le printemps arrive et le jardin m'appelle ! :-)