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Le pays du Tseu

LA GRANDE LESSIVE 

7 Mars 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

LA GRANDE LESSIVE 

Faire la « beuille » (la lessive) était naguère une tâche ni simple ni banale, à une époque où il fallait encore tirer l'eau du puits. Cet événement, car c'est bien là le terme le plus approprié, ne se produisait qu'une ou deux fois l'an et s'étalait sur plusieurs jours. Les moments que l'on choisissait pour cette occasion étaient le début du printemps et, en automne, la période qui faisait suite aux travaux des champs. On lavait alors tout le linge sale qui s'était accumulé pendant les six mois précédents.

Tout d'abord, les femmes (car tout ce qui concernait la maison était leur domaine réservé) remplissaient de cendre une sorte de drap grossier, le « tsérri », que l'on nouait de façon à ce que la cendre ne s'en échappe pas. Ensuite, on plaçait le drap à cendre au fond d'un grand cuvier de bois cerclé de fer, le « beûillou », avant d'ajouter le « butin » (le linge de la lessive). Alors on versait de l'eau, d'abord tiède, puis de plus en plus chaude, que l'on chauffait dans une « coqueulle » (marmite) en fonte ou une « tsaudire » (un chaudron). Tout en versant l'eau, il fallait remuer le tout avec de longs "mangues" (manches) en bois.

L'eau de la lessive, le « lissu », était récupérée au moyen d'un « quillon », une bonde située à la base du cuvier, et réutilisée plusieurs fois, ce qui lui donnait une couleur de plus en plus soutenue.

Le « lissu » traversait le « tsérri », ce qui lui apportait les vertus nettoyantes de la cendre sans que le linge n'entre directement en contact avec elle. La qualité de la cendre n'était pas indifférente ; par exemple, on ne devait jamais employer de cendre de « tsâgne » (chêne), à cause du tanin qu'elle contenait.

Pour finir, on rinçait, en ajoutant parfois un peu de vinaigre à l'eau de rinçage. Cette dernière opération une fois terminée, il ne restait plus qu'à faire « seutsi l'butin» (sécher le linge.) On dit encore que pour le blanchir davantage, il était recommandé de le laisser étendu toute une nuit sur un pré, car la « rousée » (rosée) du matin avait la réputation de faire disparaître les taches de rouille,

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Olivier de Vaux 10/03/2014 18:04

Bonne idée que d'avoir choisi Millet, l'année du bi-centenaire de sa naissance, pour illustrer cet article. Les descriptions de la beûille varient peu d'un endroit à l'autre ; j'ai relevé je ne sais plus trop où que l'on posait le tserri non pas sur le fond du beuillou mais sur une mâchoire de porc réservée à cet usage. Toujours est-il que cette corvée nécessitait pas mal de bras vigoureux et que c'était le branle-bas de combat à la maison, un peu comme pour le grand nettoyage de Pâques où les hommes étaient réquisitionnés pour déplacer armoires et cuisinières à bois.

L'Eric 11/03/2014 20:06

Tout ça m'a convaincu: je revends ma machine à laver (soyons éco-responsables !)

Olivier de Vaux 10/03/2014 21:18

Encore un lien tout à fait exceptionnel : http://vezy.sud-gresivaudan.org/SIT_MINI_CODEENTREE/SIT_MINI_URL/7245-la-buye.htm

Olivier de Vaux 10/03/2014 21:10

Va voir là : http://www.citedesarts.com/fr/Aff.php?select_nom=92

L'Eric 10/03/2014 19:32

Jean-François Millet était un grand peintre des petites gens de la campagne. Ses œuvres trouvent naturellement leur place dans les illustrations de notre blog. Gageons que nous continueront à le redécouvrir de temps à autres.
Pour ce qui est de faire la lessive sur une mâchoire de porc, je serais curieux de savoir où cette pratique était en usage et jusqu'à quand !

le m'tse 10/03/2014 10:22

Aprés la beuille, fallo rinci le lindze, les feunes allin u ria (ruisseau), u crot ( trou d'eau ou petite mare ), u lavou u bord de la r'vire (lavoir, construit à la fin des années 1800, soit par la commune ou directement par les habitants du hameau )

L'Eric 10/03/2014 10:55

Tot çan est bié vrai, mas dz'voulos ari te laissi prou d'tsouzes à dère pe tòn artic" de d'main...