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Le pays du Tseu

La beûille

11 Mars 2014 , Rédigé par michel lapalus Publié dans #Textes

La beûille

Ce jour-là, il n'y avait pas d'eau au bord de la pierre du vieux lavoir, depuis longtemps inutilisé. Voici un petit texte de B, Hartmann, une patoisante qui raconte un de ses souvenirs. La parité dans le patois??

J'ai laissé un peu d'écriture phonétique ( és tsantin, s'n'homme, etc...). Il est très difficile de rendre audible le patois sans en passer par là.

De la beûille u lavou

Man tos les lundis, les feunes van à la r’vire. Yè l’dzo d’la beûille. L’bian a beûilli tot l’matin su l’poêle, l’reste és y an frotté, mochiau pe mochiau, y cratso na ! ma-ême si bagno dans l’éye dépi l’sa davant.

Fau tsardzi ! la beuille, pi l’baquet, pi l’sellon pe s’mète à dz’neus.

Conte les dous houres nos acueute les s'vires o les ch’tits barreûs su les piârres du ts’min ; y a des dzounes que tsantant. Ranqu’ des feunes , y an pas pou ! pressone pou dère qu’a san faignantes… !

Es tapin ! és tsantin !

« « la Maria qu’vin davu son Dzan-Yaude ! Couési-vos ! » »

La Maria al é pas malède, ma al é ch’tite, al teurale tot l’hiver ; y é s’n’homme que meune la s'vire, pi que r’vin la qu'ri quand y é fini. O donn’ro pas sa pièce ! Totes sté feunes davu l’cotillon r’trossi !! y l’ébreuluto ! ol avise eune dzoune que l’avise pas ; al a un bonami, a s’fou bin de stu Dzan-Yaude que fa l’bredin ! l’dri cop qu’ol é v'ni, o seubio, o seubio ; ol a ripé su eune grousse piârre dans l’grapion qu’va tant qu’u ria. La s'vire, la beûille, le baquet pi l’Dzan-Yaude dav’tot, y a tot tsé à la r’vire !

Les feunes en rian toudze ; la Maria arri.

Du baquet de lessive au lavoir

Comme tous les lundis, les femmes vont à la rivière. C'est le jour de la lessive. Le blanc a bouilli tout le matin sur le poêle ; le reste, elles l'ont frotté, morceau par morceau. Un jus noir sortait du linge qui baignait dans l'eau depuis la veille/

Il faut charger la lessiveuse, le baquet et le petit banc pour se mettre à genoux devant la pierre du lavoir.

Vers les deux heures de l'après-midi, on entend les brouettes et les carrioles sur les pierres du chemin.Des jeunes chantent, il n'y a que des femmes. Elles n'ont pas peur ; personne ne peut dire qu'elles sont fainéantes.... !

Elles tapaient, elles chantaient !

« Voilà la Marie qui arrive avec son Jean-Claude ! Taisez-vous ! »

La Marie n'est pas malade, mais elle est petite et elle tousse tout l'hiver. C'est son mari qui pousse la brouette et qui revient la chercher quand tout est fini. Mais il n'est pas trop pressé de s'en aller. Il ne donnerait pas sa place ! Toutes ces femmes, avec le cotillon retroussé, lui

donne des couleurs ! Il regarde une jeune qui ne s'intéresse pas à lui. Elle a un petit ami et se moque bien de ce Jean-Claude qui fait l'imbécile. La dernière fois qu'il est venu, il sifflait, il sifflait. Il a glissé sur une grosse pierre dans le sentier qui va jusqu'à la rivière. La brouette, la lessiveuse, le baquet et le Jean-Claude en plus, tout a tombé dans l'eau.

Les femmes en rient encore ; la Marie aussi... !

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le m'tse 12/03/2014 09:47

J'ai confondu Eric et Olivier; peut-être vont-ils me faire un procès!!

L'Eric 12/03/2014 16:26

Dz'voux point cheurter.
Mais comme tu as cité son nom, je me demandais si c'était quelqu'un qui avait déjà publié quelque chose en patois et s'il s'agissait bien du patois de Trambly..

le m'tse 12/03/2014 09:42

Ôl é bin cheurou stu matin, l'Olivier! Bié cheur, qu'y é eune Trambyirone, bié louan de Trambyi, achteûre.
"cheurou" : curieux

L'Eric 11/03/2014 19:59

B. Hartmann ? Quoi qu'tsômot ç'te feunne patoisante qu' te cognaissos? Yé-t-y qu'alle'tot ari eune Trambyironne, c'ment tâ ?

L'avenir du patois (et de beaucoup d'autres choses) passe sans aucun doute par la parité. Vivent les femmes !
(Mais pour ce qui est de la politique, j'avoue que cette question ne m'intéresse pas énormément.)

Andiamo 11/03/2014 10:23

Je l'ai lu en français cette histoire ! Magnifique, merci;
Ma mère lavait "au baquet" le jeudi je m'en souviens encore.