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Le pays du Tseu

Les mouches à miel

14 Février 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Les mouches à miel

C'est ce terme ancien, que l'on trouve dans le titre d'une fable de Jean de La Fontaine ("Les frelons et les mouches à miel"), qui servait à désigner les abeilles dans notre région.

Traditionnellement le cycle d'activité des ruches commençait à la Chandeleur. C'est à ce moment qu'avait lieu une cérémonie dont seuls les plus anciens ont gardé le souvenir : le « fu noviau » (le feu nouveau). On allait en procession présenter des cierges bénits devant les « beunnes de moutses » (les ruches) afin de « reûv'yi les moutses à mi » (de réveiller les abeilles) à la fin de l'hiver. Ainsi espérait-on que la récolte de « mi » (de miel) serait bonne. L'origine de cette coutume semble se perdre dans la nuit des temps: peut-être faut-il y voir la trace d'une ancienne pratique païenne?

Plus tard, vers les mois de mai-juin, lorsqu'il a fait chaud et que les abeilles ont récolté une grande quantité de pollen, il n'est pas rare qu'une ruche ait une activité extrêmement intense. On voit alors parfois s'agglomérer une masse d'abeilles sous l'entrée de la ruche. Les propriétaires des ruches ne s'y trompent pas. Tout indique que les abeilles sont sur le point de « s'ter » (d'essaimer). C'est généralement en milieu de journée que « l'ensaim » (l'essaim) quitte la ruche surpeuplée pour se fixer ailleurs. Il est donc particulièrement important de se montrer très vigilant à ce moment-là.

Dès qu'on entendait crier : « les moutses ant s'té! », il fallait aussitôt se lancer à la poursuite de l'essaim, armé d'une « casse » (d'une poêle à frire) ou de tout autre ustensile similaire sur lequel on tapait pour faire du bruit. Cette méthode remonte, au dire des spécialistes, à l'époque romaine. On s'est beaucoup interrogé sur le sens de cette pratique fort répandue en Europe. Certains supposent que c'était-là une façon d'avertir les gens du voisinage qu'un essaim s'était sauvé, leur intimant la prudence. Peut-être s'agissait-il tout simplement de se proclamer propriétaire de l'essaim afin de pouvoir le poursuivre sur les terres d'autrui. Mais la théorie la plus fréquemment avancée suppose que les vibrations sonores provoquées de la sorte obligeraient, ou du moins inciteraient, l'essaim à se poser plus rapidement, facilitant ainsi sa récupération. Toutefois, cette technique est maintenant considérée comme inefficace par la plupart des apiculteurs.

Quoi qu'il en soit, l'essaim finit toujours par se poser, s'accrochant quelquefois à la branche d'un arbre. Pour le récupérer, il était nécessaire de le décrocher à l'aide d'un bâton suffisamment long en tâchant de le faire tomber dans une « yeûsse » (capuchon de paille couvrant les anciennes ruches). Cette délicate opération une fois menée à bien, il devenait possible de replacer "l'ensaim" dans une "beunne de moutses".

Enfin, l'été se terminant, on pouvait « treûyi » (procéder à la récolte du miel). Les ruches à cadres de bois, bien qu'inventées en 1856, ont mis longtemps à se généraliser. Il arrivait donc, jusqu'à une époque relativement récente, qu'on soit encore obligé de provoquer la mort des abeilles pour pouvoir effectuer la récolte du miel. On faisait brûler une mèche de soufre placée à l'entrée de la ruche, ce qui détruisait l'essaim.

Rien ne se perdait. Le miel resté dans les alvéoles se mangeait tel quel : c'était ce qu'on appelait le « mi u cutiau » (le miel au couteau). Le résidu de rinçage de la ruche se consommait également : c'était le « p'tiet mi » (le"petit miel", par analogie avec le "petit lait").

Pour finir, notons encore que certaines croyances étaient associées aux abeilles : par exemple, on considérait que que cela portait malheur de vendre un essaim; il était préférable de le donner.

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Olivier de Vaux 15/02/2014 14:02

Vla eùn artiklle que manque pas d'piquant. Si vos ainmez les avettes vos trouwrez itié d'qua vos rlatsi les babines : http://www.encyclopedie-universelle.com/abeille1/abeille-histoire-hommes-civilisations-ruchers1c.html

L'Eric 15/02/2014 13:25

Je confirme. Les abeilles meurent en grands nombres en raison des pesticides répandus sur les champs un peu partout. C'est pourquoi on voit maintenant se développer des ruchers à l'intérieur des villes et même à Paris, où la pollution de ces agents toxiques est bien moins importante que dans la campagnes francilienne. Les régions d'élevage comme le Charolais-Brionnais sont heureusement encore loin de connaître le degré de pollution chimique des grands plaines céréalières.

le m'tse 15/02/2014 10:29

Il n'est pas surprenant de voir dans les cierges bénits devant la ruche, une survivance d'une pratique païenne. La plupart des fêtes et coutumes religieuses, pour ne pas dire 100%, sont la reprise de très anciens cultes des débuts de l'agriculture ( 10000 ans et plus ). Les abeilles n'étaient guère à la noce le jour de la récolte du miel. Elles ne sont guère mieux loties aujourd'hui avec les insecticides, c'est peut-être pire!!