Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Le pays du Tseu

LE PAIN

7 Février 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

LE PAIN

Base de notre alimentation pendant des siècles, au point d'acquérir une valeur hautement symbolique, le pain était naguère l'affaire de tous. Tout paysan était en mesure de faire son propre pain et même d'en faire profiter ses voisins, en particulier dans certains hameaux isolés où chaque maison se chargeait à tour de rôle de sa fabrication.


Tout d'abord il était nécessaire de se procurer de la « fareune » (farine), en apportant son grain «u molin » (au moulin), «vé l' meuni »(chez le meunier). A Trivy, il y avait au début du siècle trois moulins, alimentés par les plans d'eau de Chandon et de la Vernée.

Il existe différentes sortes de « bié » (blé), qui incluent le « bié nâ » (sarrasin), et le « bié d'mar » (le blé de printemps),


Une fois qu'on avait la farine, il fallait « r'si » (pétrir) la pâte dans la « pâtire » (le pétrin), meuble qui servait fréquemment de garde-manger et faisait même parfois office de table.


Pour faire lever la pâte, on la mettait dans un « b'non » (paneton) que l'on déposait à côté de la « tseuvnée » (cheminée) ou même quelquefois, le matin, dans un lit encore chaud!. Mais quelle que soit la façon dont on s'y prenait, il importait que la pâte ne soit pas « taquie »(ou « taquée »), c'est à dire mal levée, ni qu'elle soit catonnée (en grumeaux), c'est à dire qu'elle fasse des « catons »(grumeaux.)


Le pain était ensuite cuit dans le « forni » (fournil). Il était « enforné » (enfourné) avec une « paule de fô » (une pelle à pain). Une fois « keût » (cuit), on plaçait le pain sur un « torti », sorte d'échelle suspendue qui servait à l'entreposer de façon à ce que les miches soient à la verticale et tiennent moins de place. Lorsqu'il restait un peu de pâte on avait coutume de cuire un « p'tiet pognon », petit pain rond que l'on réservait généralement aux enfants.


L'entretien du « fô »(four) demandait beaucoup de soin : on retirait les braises au moyen d'un « raubye » (tire-braises) et une « feurte » (un chiffon mouillé) servait à le « tortsi » (à l'essuyer).La cendre était récupérée et déposée dans la « cheurtire » (la cuve à cendre). Comme rien ne se perdait on s'en servait pour laver le linge.

Le vocabulaire concernant le pain ne se limite pas à sa fabrication : le « molon » désigne la mie, le « croutson » le croûton, et les « braises » les miettes.

Enfin nous remarquerons en guise de conclusion que la place du pain dans la vie quotidienne est soulignée par quelques usages s'y rapportant : Par exemple, on devait toujours tracer sur la miche de pain une croix avec son couteau avant de « faire l'entôme » (de l'entamer). Il fallait aussi prendre garde à ne pas retourner celle-ci: on avait coutume de dire que « le pain ne se gagne pas sur le dos ».

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

emile zona 12/02/2014 18:46

Toujours enrichissant d'apprendre de nouveaux mots. Le partage du pain est ancestral, un bon petit pain sorti du four, quel délice.

L'Eric 14/02/2014 15:08

Merci pour ces encouragements. Il est vrai que le pain tient une place à part non seulement dans l'alimentation mais aussi dans ce qui symbolise le vivre-ensemble.

Andiamo 08/02/2014 19:54

J'ai travaillé durant 12 ans dans une entreprise de mécanique de précision; Je fabriquais, puis montais des appareils de laboratoire destinés à l'étalonnage des pâtes et farines. ;Moulins, pétrins, alvéographes etc... Le côté intéressant, je faisais tout de "A" à "Z" , ensuite les méthodes ont changées et la sous-traitance est arrivée. Finis les professionnels, mais la retraite est arrivée aussi !
Et le pâton ? Le pain avant d'être enfourné ?
Billet très intéressant, merci ! Je suis comme Olivier : ton brignolet je le renifle jusqu'à Pantruche !

L'Eric 08/02/2014 23:45

Je te remercie de ton commentaire, Andiamo; malheureusement je suis davantage un dialectologue amateur qu'un artisan boulanger. Je n'ai pas pensé à poser la question du pâton, mais je tâcherai de le faire dès que j'en aurai le loisir. A suivre.

le m'tse 08/02/2014 10:20

Il y avait aussi trois moulins à Trambly. Il me semble que le " bié" c'est plutôt le nom du seigle( qu'on appelle "sèye" quelquefois). Le "bié" serait plus ancien que "sèye". Pour le blé, je n'ai aucun doute, tout le monde l'appelait le "froment".

Olivier de Vaux 08/02/2014 13:34

Ah, ok, alors nous sommes d'accord ! J'ajouterai que nous devons essayer de trouver des équivalents patois aux mots français non "patoisables" qui nous envahissent et ce n'est pas toujours évident ! Pour ce qui est de la proche disparition du patois, je crois que le seul moyen de l'enrayer consiste à en fixer l'écriture pour pouvoir ainsi le transmettre.

L'Eric 08/02/2014 13:20

Ton point de vue est tout à fait recevable d'un point de vue linguistique; tracteur, télé, ordinateur sont des mots patois dès lors qu'ils sont utilisés par des patoisants dans une phrase patoise. (La langue anglaise, qu'on accuse injustement de polluer le français, est elle-même envahie de mots étrangers du monde entier, y compris de mots français.)
Il n'empêche que pour moi, un mot patois, quelle que soit son origine, se caractérise par une forme, une prononciation, qui le différencie au moins un tout petit peu du français de Paris. Sinon, il s'agit seulement d'un emprunt à notre langue nationale.
Il est vrai, qu'aujourd'hui le patois se transforme de plus en plus vite en français régional et aura de toute façon bientôt disparu (20 ans? 30 ans?)

Olivier de Vaux 08/02/2014 12:21

Mais qu'entends-tu par mot patois ? Tous les mots du Tseu sont patois, qu'ils viennent d'un mot français encore en usage, d'un mot français obsolète, d'un mot ancien disparu quelle qu'en soit l'origine car tout mot a une origine.

L'Eric 08/02/2014 11:55

"Bié" est à mon avis un nom générique qui recouvre plusieurs sortes de céréales (bié nâ, bié d'mar, sèye...), alors que "froment" désigne le blé tendre qui sert en effet à la fabrication du pain. Mais s'agit-il d'un mot patois?

Olivier de Vaux 07/02/2014 21:38

On sent l'odeur du pain d'ici. Un régal ce billet ! Une question : l'étymologie de "r'si" ? Je suppose que ce verbe vient de harasser. Deux autres verbes existent pour pétrir : preuti et msi (masser) mais j'avoue que rsi a de la gueule. (Dans le Valromey "rssi" a le sens de roussir).

L'Eric 08/02/2014 11:55

Je dois avouer que je n'ai pour l'instant aucune étymologie à proposer pour "r'si".