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Le pays du Tseu

Remèdes de bonne femme

31 Janvier 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Remèdes de bonne femme

L'origine de l'expression qui sert de titre à cet article est depuis quelques décennies devenue un sujet de polémique entre linguistes et herboristes. Il s'agirait pour certains de ces derniers de l' interprétation populaire d'une locution ancienne dans laquelle il était question de « fame », mot dérivé du latin « fama » qui signifiait « la réputation » ou « la renommée », terme dont on trouve la trace en français moderne dans des expressions comme « mal famé » ou encore « infâme » (cf. aussi l'anglais « fame » [feim], la gloire, la célébrité.) Un remède de bonne femme serait donc, si l'on adhère à cette thèse, un remède de bonne réputation (au moins étymologiquement).

Jusqu'à la première moitié du siècle dernier, le monde rural connaissait un mode de vie dans lequel on avait rarement recours au médecin. Un adage populaire déclarait même que : »La langue d'un tsin (d'un chien) vaut la main du médecin ».

On allait encore plus facilement voir le « r'gognou » (le rebouteux) quand il s'agissait de se faire « r'gogni » (remettre) un membre. Mais chaque fois que cela était possible, on essayait de se « seûgni » (soigner) soi-même lorsqu'on était « malède » (malade).

Voici quelques façons de se soigner:

Lorsqu'en hiver on avait des « crevesses » (des gerçures) sur les mains, on faisait « ramolli » de la « peudze » (de la poix) à la flamme d'une bougie et on s'en servait pour boucher les gerçures et en même temps cautériser les plaies.

Quand on avait l'estomac encombré et que l'on souhaitait favoriser le vomissement, une recette simple pour y parvenir (en guise d' émétique) consistait à avaler un « tsamporeau », mélange de café noir et de vin rouge (!)

On ne s'étonnera pas que la grande majorité des remèdes utilisés étaient à base de plantes:

Pour faire tomber la « fivre » (la fièvre), on prenait une infusion de « sòyé » (sureau). Ce remède, qui se présentait aussi sous forme de liqueur, était également recommandé contre les rhumatismes.

Une infusion de feuilles de « nòyé » (noyer) à l'automne, ou de pensées sauvages au printemps constituait un excellent dépuratif.

Les graines de « keurde » (courge) étaient préconisées contre le ver solitaire.

Des feuilles de « crôpe » (pissenlit) ajoutées dans la soupe étaient elles aussi censées agir comme dépuratif.

Une tisane de serpolet aidait à combattre la fatigue.

La gelée de coing était conseillée en cas de « dreuille » (diarrhée).

On prenait des feuilles de « ronze » (ronce) en infusion pour s'adoucir la gorge quand on avait la « ròyesse » ou le « reûtson » (quand on était enroué) et qu'on n'arrêtait pas de « teûraler » (de tousser).

Le mal de gorge se soignait aussi en enroulant une « tsausse » (un bas de laine) fourré de « ballou » ou de « boffe » (balle de blé ou de son) enroulé « autor du co » (autour du cou.)

L'armoise et la sauge étaient utilisées pour favoriser la circulation.

Enfin, certaines personnes peu douillettes se frictionnaient avec des « eûrties » (orties) pour soulager leurs rhumatismes.

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le m'tse 02/02/2014 11:23

Lire remédes de bonne femme à la dernière phrase. Les neurones sont un peu fatigués!!

le m'tse 02/02/2014 11:18

A part la goûte, on est arrivé 50 ou 100 ans trop tard pour se souvenir des vieilles recettes. Les remèdes de bonne femme sont comme le patois. Tous les deux accusés, moqués, méprisés, ils ont fini dans l'indifférence et l'oubli. Mais le sommeil n'est pas la mort. De jeunes productrices et producteurs s'installent pour cultiver des plantes médicinales. Il parait même qu'on trouve du patois sur les blogs. Peut-être bientôt de nouveaux remèdes de femme en patois... Y va v'ni; y va v'ni dachtot!

Andiamo 02/02/2014 10:25

La "dreuille" , en argot "la drisse" c'est du langage "courant" !

L'Eric 02/02/2014 12:13

Le mot "dreuille" utilisé en patois est, semble-t-il, de la même origine que le français populaire "trouille". Avoir la trouille voudrait en fait dire "chier dans son froc".

Le dzveux 01/02/2014 10:10

Parmi les remèdes de bonne fâme citons aussi l'écorce du jeune frêne et les rhizomes de bardane que l'on retrouve dans le dicton : Frâgne o pignolo rékeûre le tùyau.

Le dzveux 01/02/2014 17:43

Y'est seûr, sa feunne s'applot Jenny !

L'Eric 01/02/2014 17:00

Y'étot un r'mède de tsvau!

Le dzveux 01/02/2014 15:15

Dz'ai la rcette du pépé quand ôl avot la grippe : ô versot eune boteille de goutte dans un grand pyat davo un treizain d'suc, ôl y foutot l'fû deurant eune cosse apeu ô tuot vitement la fyamme apeu ô avalot tot c'qui reustot dans l'pyat dvant d'se carrer dans son yet, bié couvri davo des édeurdons d'pyeume. L'dzo d'aprés, fallot tsandzi les draps apeu la liquette du pépé qu'étint tot trempes mas lu ôl 'tot cment un sou neuf, gaillard cment si d'ren étot. Dz'ai cognu un docteur que s'appyiquot eune rcette du miñme tonniau : ô fayot réduire dans eune casseroûle un lite de vin rodze davot douze mochaux d'suc, quand y restot renque un bol de vin tsaud ôl y mélandzot 6 aspirines apeu, zou, coutsi tanque au lendemain !

L'Eric 01/02/2014 13:23

La seule ambition de ce petit article n'est pas, on s'en doute, de véhiculer des charlataneries mais bien d'encourager ses lecteurs à proposer les vieilles recettes de leurs grand-mères, en patois tant qu'à faire.

L'éthylo-modiste masqué 01/02/2014 10:04

Mes amis et moi-même pensons que les remèdes de bonne femme sont tous infemmes et que l'infemmie consiste à avoir maquillé tout ce vocabulaire sous une orthographe fallacieuse, il est temps de le crier haut et fort :
- le fusil d'assaut famas est en réalité un femme-as,
- la famennoise belge est en réalité une femme-aime-noise,
- la famille est en réalité une femme-aïe
- et la famine, n'en déplaise au Petit Père des Peuples, une femme-in.

L'Eric 01/02/2014 13:23

Pour ce qui est de la Russie actuelle on parle moins de la femme-in que des "Femen". Mais attention à ne pas s'égarer dans les questions de graphie et d'étymologie! Ce sont des sujets très sensibles au Pays du Tseu...

le m'tse 01/02/2014 09:38

Tentative indirecte d'exercice illégal de la médecine, çà peut coûter cher. Les amendes seront bien sûr versées sur le compte courant de l'association patoisante bien connue du Pays du Tseu. Un petit plus pour l'inauguration de son superbe centre culturel...!!

L'Eric 01/02/2014 13:23

Le premier qui me dénonce, je lui fait avaler un double "tsamporau" cul sec !