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Le pays du Tseu

Noton / voton

24 Janvier 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Grammaire

Noton / voton

Il ne s'agit pas, bien sûr, de prendre des notes avant de se rendre aux urnes, mais de se pencher sur une particularité grammaticale de notre région.

Le système des adjectifs possessifs « noton » et « voton » au masculin singulier, « nota » et « vota », au féminin singulier, et « notés / votés » au pluriel des deux genres, (correspondant au français « notre/ votre » et « nos / vos ») est, selon les linguistes qui se sont penchés sur ce phénomène, une caractéristique du francoprovençal lyonnais.

Les formes du pluriel « notés » et « votés », encore bien vivantes, se rencontrent dans quasiment tout le sud de la Saône-et-Loire. « Noton » et « voton » sont par contre en recul et ne se rencontrent encore que dans une aire plus réduite : la Bresse au sud de la Seille et une grande partie du Mâconnais, qui inclut le sud du canton de Matour (cf. Gérard Taverdet, Les Patois de Saône-et-Loire, 1980.)

Pour ma part, j’ai trouvé la trace de ce possessif dans un village où je ne m’attendais pas à le rencontrer: La doyenne de Brandon, qui avait 90 ans en 1986, ainsi que sa fille (toutes deux décédées depuis) se souvenaient que « noton » était utilisé autrefois par une habitante de Montagny-sur-Grosne (elle aussi depuis longtemps décédée.) Selon elles, cette dame était originaire de Buffières, donc d’une commune située un peu plus au nord, dans ce qui fait aujourd’hui partie de la communauté de communes du Clunisois.

A Trivy, les personnes que j’avais interrogées dans la deuxième moitié des années 80 se souvenaient encore de « noton » comme une forme ancienne, mais n’étaient pas certaines qu’elle ait jamais été utilisée à Trivy même. Il leur semblait qu’il s’agissait plutôt d’un mot propre aux environs immédiats de Matour.

Quoi qu’il en soit, il est intéressant de constater que ce possessif n’est pas inconnu dans le domaine du Tseû, et qu’il est encore parfois compris, même quand il n’est plus utilisé.

Une autre remarque s’impose cependant, qui pourrait peut-être nous éclairer un peu sur le processus de disparition des anciens parlers. Si « noton » est encore attesté dans certains points du canton de Matour (et ailleurs), la forme « nota », pour le féminin, est en revanche totalement inconnue dans notre région. Ainsi avons-nous une forme unique pour le masculin et le féminin. Il semblerait ainsi que l'on dit (ou disait) « noton Dzean » (notre Jean), et parallèlement , si on avait une fille, « noton Amélie » (c'est juste un exemple).

Cette bivalence de « noton » a probablement succédé à la disparition de « nota », entraînant alors un stade intermédiaire dans lequel un système à trois formes a été remplacé par un système à deux formes (noton / notés), plus proche du français d’oïl.

On peut supposer que le stade suivant de cette évolution aura finalement été la perte de la finale « on » dans la plus grande partie de notre domaine à partir du moment où elle ne remplissait plus aucune fonction grammaticale ni sémantique.

Avez-vous entendu "noton" dans d'autres endroits que ceux que j'ai cités? Alors n'hésitez pas à vous manifester afin d'enrichir de vos commentaires la connaissances de "notés" patois!

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le m'tse 25/01/2014 17:10

Dans les cantons Matour, Tramayes, La Clayette,Chaufailles, c'est bien noton,note, notés.Pour le Brionnais ouest, il serait bien qu'un patoisant du coin nous informe. Ce n'est pas facile, car peu à peu le patois a été colonisé par le français, comme un vieux mur qui s'écroule pierre à pierre. On croit que le mot recherché n'est pas de la région alors qu'il a simplement été oublié. Exemple de l'article au : je suis allé jusqu'au bourg.....dz'é été tant qu'u borg . Ce u patois est souvent oublié, mais il existe bel et bien.

Olivier de Vaux 25/01/2014 17:52

Le M'tse a raijon d'l'utiliser ; y'est cment çan qu'nos vans pouya faire revive quéques vieux mots oubyis.
Bien sûr, il faut rappeler leur sens à nos lecteurs en note de bas de page. Dz'ai été tanque u borg, dz'ai été tanque és peurmîres maijons du borg.

L'Eric 25/01/2014 17:28

C'est vrai que l'article contracté "u" (pour à + le) existe bel et bien. Malheureusement on ne l'entend plus guère de nos jours sinon dans la bouche des plus anciens. Il en va de même pour "noton".

Olivier de Vaux 24/01/2014 21:28

J'avais relevé dans le Dictionnaire du patois des environs de Grenoble d'Albert Ravanat, 1911 les lignes qui suivent :

Noûtro, noûtra, neutron. — Nôtre.
Noûtrou, noûtre, nos.
Ço noûtrou, ço siènno, ce qui nous appartient,
ce qui est à lui.

A Sivignon, pas de doute à avoir, les deux séries sont claires et sans ambiguïté :


mo, ma, to, ta, so,sa, noute, voute, leu
mes, tes, ses, noutés, voutés, leutés

Olivier de Vaux 25/01/2014 20:20

Dz'me rlis : dz'ai fait deux fautes à compyiqué apeu à qu'te satses, mas y va pas m'empêtsi d'dreumi çhte neit !

Olivier de Vaux 25/01/2014 20:17

Pépé, te poux renque écri davo les lettes que t'cognais apeu les quéques rèyes de grañmaire que t'as appris à l'école. Si te cognaissos ni les eunes ni les autes te pourros pas écri du tot sauf à inventer des novelles lettes, des novelles rèyes. Apeu, y'est qu'y'est pas tot, i faut arri que t'les faye apprende à tos çhtés que vant t'lire, vu qu'is cognaissant que les lettes apeu les rèyes du français. Alô, cras-me, y'est ben prou compyiquz d'écri noton patois davo les lettes apeu les rèyes que nos cognaissans d'autant qu'i faut en adzouter doux-quate qui nos fayant bié défaut. Apeu, i faut arri qu'te satse qu'en patois enco pyus qu'en français te fras des fautes, y'est bié normau, t'es pas un instruisoux, ta !

le m'tse 25/01/2014 19:28

Toujours mes,,tes, ses: je n'arrive pas à comprendre ce mélange de patois et de français quand on peut faire autrement. Sommes-nous vraiment à la remorque du français? Imagines par exemple : ton arrière grand-père t'a demandé de l'aider à écrire le patois. Il parle un peu, lit un peu et écrit un peu le français (il a été à l'école, mais pas tous les jours). Il va faire quelques remarques : ma san yé du français, y é pas du patois, prequa don qu'te vou me fère écri c'man en classe?Je te laisse lui répondre!

Olivier de Vaux 25/01/2014 17:48

On retrouve "çan meiñne et çan teiñne " à Sivignon.

Olivier de Vaux 25/01/2014 17:45

Bien sûr, més, tés, sés serait plus cohérent, seulement qui fera l'effort d'apprendre une graphie originale alors que les possessifs mes, tes, ses sont là, avec exactement la même prononciation et le même sens.

L'Eric 25/01/2014 17:34

A Trivy, j'avais aussi relevé l'expression "çan meiñne" (çan min-ne) pour dire "ce qui est à moi, ce qui m'appartient".

le m'tse 25/01/2014 17:16

mes, tes, ses sans accent et notés, votés, leutés sans accent. Très étrange!!