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Le pays du Tseu

L'enfance

3 Janvier 2014 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

L'enfance

Bien entendu, il n'est pas question ici d'entrer dans le détail de tous les aspects de la vie des enfants vivant à la campagne au début du siècle dernier.

Contentons-nous d'évoquer quelques thèmes marquants, quelques souvenirs qui reviennent spontanément à l'esprit de ceux qui ont connu cette époque :

Le poupon :

Tout d'abord l'enfant « v'not u monde » (naissait) en principe à la maison, avec l'aide de la « bonne-mère » (terme dont on affublait la sage-femme). Le marmot se retrouvait vite dans un « greû » (berceau) emmailloté dans des « drapiaus » (des langes) et « s'endreumot » (s'endormait) bien vite en se faisant « vanler » ou « greûssi » (bercer). Pour le protéger du froid, on l'enveloppait parfois dans un « coutron » (sorte de petite couette).

La Mère Engueule :

II s'agit d'un monstre féminin qui se cache (un peu partout en Saône-et-Loire) dans les endroits dont les enfants ne doivent pas s'approcher (puits, étangs, etc,...) et qui se tient prête à les « engueuler » c'est à dire à les dévorer, s'ils désobéissent :

« Y faut pas t'approtsi d'la serve, te pourros tsère ... la Mère Engueule va t'ratsaper! »

(Il ne faut pas t'approcher de la mare, tu pourrais tomber ... la Mère Engueule va t'attraper!)

Les caprices :

Évidemment les enfants ne sont pas toujours d'accord avec ce que leurs parents leur demandent de faire, et il arrive que cela se termine par un caprice et des larmes. S'ils refusaient de se « coiji » (de se taire), on les menaçaient parfois ainsi :

« Yé pas d'ach'tôt fini tôt ç'tu breût? Couje-te don sinon nous van t'mett' uit dzos so eune beunne d'ave des creûzes de c'la ; c'ment çan nous arans la paix! »

(C'est pas bientôt fini tout ce bruit? Tais-toi donc sinon nous allons te mettre huit jours sous une benne —à vendange— avec des coquilles de noix; comme ça nous aurons la paix!).

Si un enfant était bavard au point d'être insupportable, surtout s'il coupait la parole aux grandes personnes, on lui clouait le bec avec cette expression qui se voulait péremptoire :

« Ta, te caus'ras quand les polailles piss'rant! » (Tu auras la parole quand les poules pisseront).

Se plaignait-il d'avoir faim? Le problème était vite résolu :

« T'as faim? mandze eune main, t'gard'ras l'aut' pe d'main ! » (Tu as faim? mange une main, tu garderas l’autre pour demain!)

D’un enfant qui ne tenait pas en place, on disait :

«Ol a des grondes dans l’d’ri» (il a des guêpes dans le derrière) ; ou encore : « o n'a point d'paix ni apaise »

Lorsqu'un enfant s'était fait un petit "bobo", voilà ce qu'on lui disait pour le consoler (en le faisant rire) :

« T'as pas encô vu p'ter l'loup su la piarre de bos! »

(Mot à mot : "tu n'as pas encore vu péter le loup sur la pierre de bois!" c'est à dire : tu n'as encore rien vu, tu en verras d'autres).

On disait aussi :

« Y est ren, y s'ra guéri quand tu t'marieras » (c'est rien, ce sera guéri quand tu te marieras).

Toutefois, si les parents étaient excédés, il y avait également cette variante un peu méchante :

« Un pou ch'ti mau! que l'Bon Dieu l'crètse! » (voilà un pauvre petit bobo, que le Bon Dieu

le fasse grandir).

Et si tout cela ne suffisait pas à calmer un caprice, il ne restait plus d'autre solution que de menacer le garnement de l'attraper par le « pani d'culotte » (le fond de culotte) ou encore de le « sater » ou le « fouayi » (de le fouetter avec une « sate » ou une « fouaye » —une badine).

... Mais il faut bien que jeunesse se passe, et lorsqu'un adolescent, garçon ou fille, avait fini sa croissance, on lui disait :

«Ç'tu cop, la tseûvre a mandzi l'boton! »(ou : le « pousson »). (la chèvre a mangé le bouton : l'individu est comparé a une fleur dont la croissance est arrêtée).

Enfin,pour clore cet article, voici une petite comptine :

« Yé midi,

Qui qu' y dit?

Les p'tiètes souris.

Qui qu' is fant?

D' la dentelle.

Peur qui?

P' les d'moiselles.

P' lesquelles?

P' les pu belles.

Quoi qu'is sant?

A la Tsapelle, »

_____________

II est midi,

Qui le dit?

Les petites souris.

Que font-elles?

De la dentelle.

Pour qui?

Pour les demoiselles.

Pour lesquelles?

Pour les plus belles.

Où sont-elles?

A la Chapelle.

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Jean Brietat 23/01/2014 10:11

Eune ben jouli imaige por illustrer ct'article. Le pé Olivier y'é t'un aimins du biau, un esthète !
Vé no en côte chalonnaise, j'avons ato la Mare engueule por que lai drôles n'approchent point des serves ou des pouets.

Olivier de Vaux 23/01/2014 10:47

Y'est mòn aimi l'Eric qu'est l'auteû de çht'artiklle apeu qu'a tsoisi l'imâdze. Dz'me doutos bin atsoptchon qu'la Mère Engueule s'contentot pas du Tsarolâs-Brionnâs, mas qu'alle s'intéreussot arri és ptiets bottaculs du tsalonnâs !

Le dzveux 05/01/2014 10:57

Se taire : s'couji, couje-te don me semble préférable à s'coiji, couje-te don ; si on devait adopter s'coiji il faudrait dire coije-te don. Bon, dz'me couje à présent !

Le dzveux 05/01/2014 16:28

J'étais à l'instant avec un de mes conscrits de Trivy dont je ne connais pas le nom (il est marié à une fille Devif), il me disait : nos patois sont tous différents mais nous nous comprenons fort bien jusqu'à Matour.

L'Eric 05/01/2014 14:41

C'est vrai que d'une commune à l'autre la prononciation peut varier un peu (nous / nos; pomme / poumme).
Quand à s'coiji / s'couji, j'ai entendu dire les deux pour le même patois, alors...

Le dzveux 05/01/2014 10:52

Nous, vous sont généralement prononcés nos, vos mais il arrive que dans la même phrase on rencontre les deux prononciations, alors...

le m'tse 05/01/2014 10:42

"c'ment çan nous arans la paix"....pourquoi le "nous" plutôt que le "nos"?

Auboeuf François de Treuvy 03/01/2014 21:24

« T'as pas encô vu p'ter l'loup su la piarre de bos! »
Cette expression était souvent utiliser par un copain d'enfance "qu'habitot Tsalenfordze".
y m'chimbe que vos étot pas loin quand vos étot à Treuvy.
Dzé entendu dire qu'vous connaissot l'Pierre Lapalus?

auboeuf françois 05/01/2014 16:51

Mon père est bien sur cette photo.
Je pense que nous ne sommes pas de la même génération.
Moi je suis le"keula" de la famille:1966
par contre mes frères sont de 1954 et 1956.

Eric Condette 05/01/2014 14:55

Ma mère est de 25; elle va sur 89 ans cette année. Je suppose donc que nous sommes de la même génération.
Sûrement que votre père se trouve sur la photo de classe de cette époque, qui sert d'illustration à mon lexique de Trivy (sous l'onglet "pages".)
Je serai très heureux de venir voir la "Yéyette" et faire à cette occasion votre connaissance, malheureusement, mes obligations professionnelles me maintiennent actuellement trop éloigné du Pays du Tseû (vivement la retraite!)

Auboeuf François 04/01/2014 17:58

Maurice AUBOEUF était bien mon père,il est décédé en 1988 et était né en 1924.

Donc vous veniez au Rachet dans la maison ou se trouve actuellement Christian BORDET.

Merci pour tous ces échanges.
Pour info, j'ai quelques relations avec Olivier Chambosse puisque cette année je fais parti de la troupe de Sivignon(qui joue Yéyette).
Quel plaisir de jouer en patois sur scène.

Eric Condette 04/01/2014 14:07

Il n'y a que trois maisons au Rachet, dont deux sont mitoyennes. Quand on se trouve sur le chemin face à ces deux dernières, c'est la maison qui est sur la gauche (voisine de celle où habitaient Pierre et Claire Lapalus.)

Ma mère se rappelle bien de Jean Vouillon de Beaumont et aussi d'un Maurice Auboeuf ,qui habitait le bourg. Ces deux garçons fréquentaient l'école communale à la même époque qu'elle, mais pas dans la même classe puisqu'il n'y avait pas de mixité en ce temps-là (le début des années 30.) Maurice Auboeuf est-il votre père? Est-il encore de ce monde?
Le nom de jeune fille de ma mère est Hélène (Georgette) Larochette.

En ce qui concerne mon petit ouvrage sur Trivy, il a été publié à 300 exemplaires il y a environ un quart de siècle. Je ne crois pas qu'il soit encore possible de se le procurer aujourd'hui sinon, par chance, chez un bouquiniste. De toute façon, beaucoup des articles que je publie dans ce blog en sont inspirés; vous pouvez donc quand même en avoir un large aperçu.

Auboeuf François 04/01/2014 11:58

Bonjour
Dans quelle maison du rachet habitait votre mêre?
En ce qui me concerne, j'habitais au bourg, mon père était bien copain avec Dzean Vouillon de Bieaumont..
Vous avez édité un livre sur le patois de Trivy, comment peux t on se le procurer?

Eric Condette 03/01/2014 23:47

Yé vrai. Dz'ai bié cognu l' Piarre Lapalus, et je lui dois beaucoup pour la connaissance du patois de Trivy.
Bien qu'ayant passé toute mon enfance à Mâcon, je suis néanmoins originaire de cette commune par ma mère. Mes grands-parents habitaient autrefois le hameau du Rachet.