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Le pays du Tseu

Cardzot n° 58

28 Janvier 2014 , Rédigé par Olivier Chambosse Publié dans #Ateliers

Cardzot n° 58

Ce cardzot, 58ème du genre, a été le premier à se tenir en dehors de Sivignon, grâce à Alice Billoux qui nous a accueillis au hameau de Sermaize, sur la commune de Vendenesse-lès-Charolles.

Rappelons ici que Sermaize vient du mot Sarmatia, signifiant le pays habité par les Sarmates *, peuple d'origine scythique, c'est-à-dire apparenté aux Iraniens. Les cavaliers sarmates, réputés pour leur bravoure, avaient été installés en Gaule par les Romains au IVe siècle pour protéger les frontières et ils furent récompensés par l'attribution de terres. Mario Rossi précise qu'en Charolais-Brionnais il y avait quatre fondations de Sarmates dont celle qui occupait l'emplacement du lieu-dit, carrefour de deux anciennes voies stratégiques : Chalon-Iguerande et Mâcon-Digoin.

 

Voici quelques mots, qui, après examen, vont entrer dans notre lexique ou qui vont voir leur définition modifiée ou complétée. Certains d'entre eux ont été rappelés à notre bon souvenir par Bonaventure des Periers (1510-1543), contemporain de Clément Marot, valet de chambre de Marguerite de Navarre et auteur du Cymbalum mundi, recueil de contes et nouvelles.

 

 

accoutrer v. Habiller, avec une forte connotation négative. Alle 'tot accoutrée cment l'as de pique.

 

afner v. (du lat. pop. afannare, se donner du mal) Peiner, gagner son pain à la sueur de son front. Ce terme est en usage en Brionnais, alors qu'en Charolais c'est harner qui est employé, surtout sous la forme du participe passé adjectival harné, épuisé par l'effort au travail. A Lyon au XIXe s. on désignait le journalier agricole par le terme d'afaneur.

 

agourrer (s') , se gourer v. Se tromper. Ce verbe couramment utilisé au Pàys du Tseu n'est pas argotique, son emploi est attesté depuis le XIIIe siècle. A ne pas confondre avec le verbe agorer, étouffer (en parlant d'une machine) et s'agouer (s'étouffer, s'étrangler en avalant).

 

apôtre n.m. Employé dans le sens de drôle d'individu : En vla-ti un apôtre ! En voilà un drôle d'individu !

 

beujner v. Ne pas travailler rapidement, lambiner. Ce verbe qui pourrait aussi se prononcer beuzner serait à rapprocher du mot beuznot déjà connu. Voir ci-après. Mais plusieurs patoisants s'accordent pour lui donner un sens légèrement différent, faisant ressortir que la lenteur du travail est due au fait qu'il s'agit d'un travail particulièrement méticuleux, et ce serait alors un verbe correspondant à bedionner.

 

beûznot n.m. (du vieux verbe à l'or. inc. busier, penser, rêver). Demeuré, arriéré. Voir beurdin. L'pourre gârs, ôl a été enforné aprés l'tartoïllon. Seûr, ôl est resté derri la pôrte l'dzo d'la distribuchon.

 

dru adj. 1. Bien portant. 2. Gai. 3. Porté sur la chose.

 

entremé prép. adv. Entre. Utilisé non seulement en charolais brionnais et en pays matourin mais dans une vaste zone, cet adverbe se retrouve également chez nos voisins du Bourbonnais mais aussi à Trivy et du côté de Matour sous la forme entremi ou enteurmi par métathèse (inversion). Une paysanne qui accompagnait sa fille chez le médecin, questionnée sur la localisation des douleurs d'icelle, répondit au praticien : "Y la tint, la poure fumelle, entermi l'beurion apeu l'divartissoî..." .Ça la tient, la pauvre fille, entre le nombril et le "divertissoir".

 

faramine (la béte) (du bas lat. faramina, bêtes sauvages) Animal fantastique. Légende du XIVe s. connue en mâconnais au XVIIIe s., transcrite par l'Abbé Ducrost. En français nous avons conservé l'adjectif faramineux.

 

fin, fine adj. Malin, futé. Y'est fin ! C'est malin ! Alle est fine ! Elle est futée.

 

Huit dzos sos eune beunne... L'expression est bien connue, elle s'emploie lorsque l'on a affaire à une personne qui se montre difficile dans ses goûts alimentaires, traitée alors, au choix, de "déniaquée, dévidaire, déneurrie" mais le final varie généralement d'un village à l'autre. Ainsi à Saint-André-le-Désert, on ne dit pas "Huit dzos sos eune beunne dave un fagot d'feuillie (Sivignon) mais ... dave un live de messe". Chacun en tirera les conclusions qu'il voudra.

 

moyenner v. Offrir une juste mesure. Dz'vans tâtsi mòyen d'mòyenner. Nous allons essayer de transiger.

 

pensement n.m. Pensée, objet de préoccupation. Mon pensement va vés li. Mes pensées vont vers elle.

 

pidzeux n. et adj. Terme en usage au nord du Charolais, il serait l'équivalent du français tâtillon ou mieux encore, pinailleur. Je suis plutôt enclin à penser que ce terme est de la famille du verbe piger, rapporté par Fertiault dans son dictionnaire verduno-chalonnais. Piger v. tr. attraper, tromper et dérouter quelqu'un qui médite un projet mauvais. "l'aut' voulôt l'mét' dedans ; ma ô l'ia brament pigé."

 

poueiñne n.f. Peine, souci. Alle 'tot en poueiñne de l'sawoi arrivé.

 

quine n.f. Membre viril (offrant une belle rime à taquine, coquine, rouquine, etc.), en usage dans toute la Bourgogne et même au-delà ! Dans la famille nous relèverons le quinoux ou quinaud qui fait un usage intensif du dit membre. On nous a rapporté que les lapins qui se reproduisent vite sont traités de quinailloux dans le nord du Charolais.

 

 

Pour la bonne bouche, un court dialogue entre une femme et son mari qui rentre tard :

Lu :Peurqua te m'défigueures cment çan ?

Li : Un tsin agade bin eun évêque !

 

Lui : Pourquoi tu me dévisages comme ça ?

Elle : Un chien regarde bien un évêque !

 

* Une question récemment soulevée : le Roi Arthur était-il un cavalier sarmate ? Eléments de réponse ici :

http://newsoftomorrow.org/histoire/humanite/le-roi-arthur-etait-il-un-cavalier-sarmate-et-les-mythes-arthuriens-ont-ils-une-origine-dans-le-caucase

 

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L'Eric 29/01/2014 10:36

Un beau cardzot délocalisé!
Toutefois le nombre de communes et lieux-dits s'appelant Sermaize, Sermaise ou Sermesse un peu partout en France et pas seulement en Bourgogne (Maine-et-Loire, Essonne, Loiret, Oise, Marne, etc...) peut nous faire douter de l'origine sarmate de ces noms. Comment ces cavaliers relativement peu nombreux, disséminés dans une grande partie de la Gaule,auraient-ils pu laisser autant de traces dans la toponymie?
Gérard Taverdet a publié il y a déjà quelques années un petit ouvrage intitulé "Les Coteaux des Sarmates" dans lequel il réfute cette étymologie (sans pour autant nier la présence de Sarmates dans la région).

Olivier de Vaux 29/01/2014 17:56

C'est vrai, tes réserves ne sont pas inutiles, d'ailleurs il faudrait toujours utiliser le conditionnel lorsque l'on aborde l'étymologie.
Hou, hou ! Il y a quelqu'un ?