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Le pays du Tseu

La poure Dzermaine que n'vàyot pu çhé

27 Décembre 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

La poure Dzermaine que n'vàyot pu çhé

Y fayot dzà bié des añnées qu’la poure Dzermaiñne étot v'ni u monde. Ap' à ch’teure all’ tot totte bornòyie; y li fàyot faute de pôrter des leunettes.

Mas la Dzermaine étot encô bié coquette p’sòn grand âdze ap' arrimé un p’tion dzevouze: alle voulot pas qu’y sâ dit qu’alle vàyot pu çhé.

Y faut éto dère qu’alle étot eune coudrire, apeu qu’alle voulot encô travailli maugré tôt.

Quand la Dzermaiñne étot eune dzeune feuille alle travaillot vit’ment et bié . Alle pouyot fare un travau beuzon sans beurlicher, ni ékarkeuilli les eûx, ni aviser l’dyâb’ su l’peurni, ni s’piquer les dagts, ni faire des coutries d’ feignante.

Mas, dzord’heu, alle pouyot pu radfi son dàyau en n’gun lu, alle vàyot pu quoi qu’étint ses aigueuilles ni son fi, ni son ciziau, ap’y li fàyot meu d’temps p’fare eune ptiète dvantire qu’eune biaude de mariée quand alle étot mé dzeûne.

Alle pouyot p’tête encô brotsi des tsausses ou bié les rapatassonner d'av' un niô, mas y étot pu la meiñme tsouze que d’vant qu’alle ave ç’t âdze-là.

Un dzo qu’alle grémentot à cause-don qu’alle avot prou d’mau d'ave son eûvradze, l’ Yaudu, son homme, qu’étot l’marétsau du vladze, li a dit c’ment çan:

«Acoute-me don, la Dzermaiñne, te poux pas t’donner tant d’pouiñne à tòn âdze; si t’voux encô faire ç’tu travau, y faut qu’ t’ ailles à Çheûny vé l’oculiste*

«L’oculiste*!!! Mas, bon Diou, qu’y qu’yé-t-y qu’ ç’tés beurdineries qu’te m’tsantes-là?!» qu’alle lu a dit en se r’varpant, pramou qu’o l’avot mise en raveune. «Peurqua don qu'te voux m'envyi vé l'oculiste? Dz ai pas mau u dri ; dz' y vâ pu ren!»

*en français dans le texte

La pauvre Germaine qui ne voyait plus clair

Ça faisait déjà bien longtemps que le pauvre Germaine était née. Et puis maintenant elle avait la vue basse; elle avait besoin de porter des lunettes.

Mais Germaine était encore très coquette pour son âge et aussi un petit peu têtue: elle ne voulait pas qu’il soit dit qu’elle ne voyait plus clair.

Il faut ajouter qu’elle était couturière et qu’elle voulait continuer à travailler malgré tout.

Quand Germaine était une jeune fille, elle travaillait vite et bien. Elle pouvait faire un travail délicat sans battre des paupières ni écarquiller les yeux, ni loucher, ni se piquer les doigts, ni faire de longues aiguillées, comme une feignante.

Mais aujourd’hui, elle ne retrouvait son dé à coudre nulle part, elle ne voyait plus où étaient ses aiguilles, ni son fil, ni ses ciseaux; et puis il lui fallait plus de temps pour faire un petit tablier élégant qu’une robe de mariée quand elle était plus jeune.

Elle pouvait encore tricoter des chaussettes ou les rapiécer avec un œuf en plâtre, mais ce n’était plus comme avant qu’elle ait cet âge-là.

Un jour qu’elle se plaignait parce qu’elle avait trop de mal avec son ouvrage, Claudius, son mari, qui était le maréchal ferrant du village lui a dit comme ça:

«Écoute, Germaine, tu ne peux pas te donner autant de mal à ton âge; si tu veux encore faire ce travail, il faut que tu ailles à Cluny chez l’oculiste.»

«L’oculiste!!!, Mais, bon Dieu, quelles bêtises me chantes-tu là?!» lui a-t-elle répondu en se rebiffant parce qu’il l’avait énervée. «Pourquoi veux-tu m'envoyer chez l'oculiste?Je n’ai pas mal au cul ; je ne vois plus rien!»

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Le dzveux 29/12/2013 17:46

La Dzermaiñne, alle est cment la Thérèse, y'est pas qu'alle woit pas bié, y'est qu'l'air est troublle à cause d'la polluchon ! L'occulisse ô pout ren p'çan, y'est la miñme tsouze p'les martses d'escayiers que dvenant pyus haute au fî des añnées, y seurve de ren d'sen prende à çhtu qu'a vendu les piârres, y vint d'y'iau que tset du cié, alle est arri emboconnée.

L' Glaudius 29/12/2013 18:11

Yé à cause don qu'y a dla piou acide et du tsanin u diesel et u tserbon qu'nous ans quiqu'cops les zeux que dvenant tot rodzes apeu qu'nous arrêtans pas d' teûraler.

le m'tse 29/12/2013 17:14

Bin, la Dzermaîn-ne, i fau pas trop l'aneci, al a predu ses quinquets de 20 ans, ma al a pas predu sa langue. Gare à ta, le Glaudius!

L' Glaudius 29/12/2013 17:57

Yé bin vrai çan. Y a qu' la langue qu'a point d' mau.

l'Père Dzanvi 28/12/2013 20:52

Bien sûr cette petite histoire n'a d'autre ambition que de servir de prétexte pour présenter le champ lexical du travail de la couturière autrefois.
Il paraît, accessoirement, que la "chute" de ce récit est inspirée d'une anecdote réelle... (Quelque chose comme: "J' veux pas aller chez l'oculiste, j'ai pas mal au cul; il faut qu' j'aille chez l' zieutiste!")