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Le pays du Tseu

Défauts masculins

25 Octobre 2013 , Rédigé par Eric Condette Publié dans #Textes

Défauts masculins

Certains travers ont la réputation d'être plus particulièrement représentés par l'un ou l'autre sexe :

Un reproche que l'on fait plus spécialement en parlant d'un homme, c'est d'être un « teurlat » (une forte-tête, un être borné). Parfois c'est simplement le fait d' être un (grand) « tsarpagnâ » (un braillard). Chez certains, ce défaut prend de telles proportions que l'on peut dire : (il gueule tellement fort qu') « o s'en farot p'ter les coneuilles du cou » : il s'en ferait péter les tendons du cou!

Le reproche inverse existe aussi quand on a affaire à un individu qui manque d'énergie ; si cela se traduit par une démarche traînante, on dira que c'est un (grand) « traçha », parce qu'il « traçhe » ou « traçhonne » (traîne les pieds). Si de surcroît quelqu'un se tient trop voûté, il n'est pas exclu qu'il s'entende dire : « te t'agrômes don bin, nous dirin qu'te vou tsi dan eune fioule » (tu fais bien le dos rond, on dirait que tu veux ch... dans une bouteille).

Il peut arriver que le manque de caractère amène notre homme à être douillet, à se plaindre pour un rien, on dira alors : « ol est bin meûgnat ».

Un autre imperfection liée au caractère peut être simplement une tendance à se montrer indécis, en particulier à ne pas savoir si on souhaite une chose ou son contraire; une expression décrit cette attitude : « ol est c'ment un tsin tsatré; ren faire et ren laissi faire ».

Les imperfections physiques fournissent elles aussi nombre de termes intéressants :

Un individu trop maigre se verra qualifié d' « écrignole », un homme ventru sera «beûyou» et se doutera qu'on dit de lui qu'il a une grosse « beûyasse » (un gros ventre).

Quelqu'un de chétif et de petite taille sera un « p'tiet keûlat » ou encore un "bottacul" (le « keûlat » désigne d'abord le petit dernier d'une nichée, et par suite d'une famille).

D'un bègue on dira: "ol aqueune".

Pour décrire l'action de loucher nous avons cette image pittoresque : « ol avisot l'dyâbe su l'peurni » (il regarde le diable sur le prunier).

Un boiteux, qui "bancale" en marchant, sera un « bancalou »; d'un homme affligé par ce handicap épousé par intérêt on a déjà entendu dire : « ol est p'têt' bancalou, ma ol a la bôsse (bourse) meû pyeñne que ta » (mieux remplie que toi).

II reste encore bien des défauts à citer, qui eux aussi donnent lieu à des expressions pittoresques.

De quelqu'un qui passe son temps à « veurder » ou à « « meûder" (à se promener), on dira que c'est un « veurdingaud », qu' "ol a la gratte so les pids". Tout en « veurdant », il est bien sûr possible de « pidrer »(regarder avec insistance) chez les autres ou de « churter » (de s'intéresser à ce qui ne vous regarde pas) quand on est « cheûrou » (curieux).

En parlant d'une personne qui ne se lave pas assez souvent, nous avons cette comparaison : « ol est sòyi c'm eune heuppe » (il est sale comme une huppe) car cet oiseau a la réputation de nicher dans ses déjections.

Quant aux qualités, vous direz-vous... Eh bien nous nous apercevons très vite que le vocabulaire qui les désigne est beaucoup plus réduit. On peut bien sûr trouver quelques termes s'y rapportant, mais ceux-ci sont en principe calqués sur le français (ainsi « courageux » se dit « coradzou », "travailleur": « travaillou » etc...). En fait les gens de la campagne ne sont guère enclins à révéler trop facilement leurs sentiments car cela ne leur est pas toujours aisé. Nous n'aurons donc pas de mots particuliers pour dire que telle personne est généreuse, modeste, intelligente etc... au lieu de cela le patois préfère recourir à des formulations en forme de litotes. On dira par conséquent :

« Ol est pas sarré d'ia creûpire »

« Ol est pas un peutreûyat »

« Ol est pas enfeurdzi »

etc...

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Andiamo 26/10/2013 11:50

J'ajoute les bègues : double tchatche !

Andiamo 26/10/2013 11:48

Pour Un type voûté on disait : " col de cygne" ou : il a un compteur à gaz dans l'dos
Un boiteux c'était quatre et trois ou vilebrequin.
Une patte à la traîne immanquablement "jambe de laine"
Un petit c'était "quart de bock"
Un maigre : la volige ou tige de frein.

Olivier de Vaux 25/10/2013 12:10

Il est amusant de rapprocher le verbe tseu haquener du verbe français bégueter, signifiant crier comme une chèvre. Dans le premier verbe, l'homme fait référence à l'animal, dans le second c'est un peu l'inverse, amusant, non ?

Eric 25/10/2013 15:32

Merci pour cette belle étymologie que je n'avais pas su percevoir .
Toujours dans le même esprit des notions interchangeables entre l'homme et l'animal, j'ai noté que hennir se dit "r'caner" dans certains de nos patois du grand est brionnais. Il arrive que l'homme "haqueune" et que le cheval ricane (peut-être en se moquant de lui quand il bégaye, sait-on jamais?)

Olivier de Vaux 25/10/2013 11:57

Si le bègue haqueune, c'est parce qu'il parle par saccades, comme hennit le cheval ou la jument, notre regrettée haquenée. Encore un beau mot de notre langue médiévale conservé dans notre parler Tseu.